DEVELOPPEMENT-BURKINA FASO: Le business des mangues séchées offre d'emplois aux femmes

OUAGADOUGOU, 12 nov (IPS) – Tenant soigneusement son salaire du mois d'octobre, Mamou Ouattara, 38 ans, s'apprête à aller alimenter son compte ouvert, depuis l'année dernière, à la Caisse d'épargne populaire départementale de Orodara, dans l'ouest du Burkina Faso.

Ce salaire de 52 dollars environ, elle l'a obtenu en étant employée dans un groupement de séchage de mangues. Elle y travaille depuis bientôt cinq ans et cette activité lui a permis de scolariser ses deux enfants à l'école primaire. Comme à une vingtaine d'autres voisines, le travail des mangues séchées procure à Ouattara un moyen de subsistance.

Avec 80 pour cent de la population qui tirent leurs revenus de l'agriculture, le Burkina Faso dispose d'un secteur agricole contribuant pour près de 40 pour cent au produit intérieur brut (PIB). Il assure également 80 pour cent des exportations totales et emploie environ 86 pour cent de la population active, selon le ministère de l'Economie et du Développement.

Ce pays d'Afrique de l'ouest, selon le ministère de l'Agriculture, a une production totale annuelle de près de 150.000 tonnes de mangues, mais n'arrive à exploiter qu'un peu plus de la moitié, le reste pourrissant sur place, faute d'industries de transformation de fruits.

Au nombre des initiatives pour valoriser cette production, le projet des mangues séchées occupe une place importante. Il s'agit de sécher sur place les fruits grâce à des techniques simples pour les écouler sur le marché local, mais également en Europe.

Par leur dynamisme, les femmes sont en première ligne dans la production des mangues séchées. Beaucoup d'entre elles y ont trouvé un moyen de subvenir à leurs besoins. "C'est un moyen de lutte contre la pauvreté en milieu rural, car les mangues y sont collectées", explique à IPS Mariam Sidibé, consultante en développement rural.

Selon le ministère du Commerce, de neuf tonnes de mangues séchées exportées en 1993 pour environ 38.000 dollars, le volume des exportations est passé à 200 tonnes en 2002 pour 1,3 million de dollars de revenus, 300 tonnes en 2003 pour 1,7 million de dollars, et à 150 tonnes en 2004 pour environ un million de dollars.

Vendue à sept dollars environ le kilogramme, la mangue séchée du Burkina Faso se retrouve dans une dizaine de pays européens. Distribuées dans le réseau du commerce équitable européen, ces mangues séchées constituent un modèle de développement durable et de partenariat Nord-Sud, selon Sidibé.

La filière "mangues séchées" du Burkina Faso pour l'exportation a été initiée en 1988 par une organisation non gouvernementale (ONG) suisse, le Centre écologique Albert Schweitzer (CEAS), installée à Ouagadougou. Cette ONG a vu, dans le séchage, un moyen de valoriser efficacement la mangue et d'offrir une occupation aux femmes en milieu rural.

"Evidemment avec une telle activité, il y a en amont une activité qui génère des revenus pour les femmes dans le milieu rural et en aval, une valorisation de la production", affirme à IPS, Hamid Diallo du CEAS.

"Avec un tel travail, j'arrive à assurer la scolarité de mes deux enfants", renchérit Mariam Koné du groupement 'Naam Baasnéré' (qui signifie en Mooré : la bonne fin est meilleure), à Ouahigouya, dans le nord du pays. Les femmes gagnent entre 75 et 100 dollars par mois, pour les plus anciennes.

Pour mieux organiser la filière et tirer de multiples avantages, les acteurs ont créé, en 1992, un Groupement d'intérêt économique dénommé le Cercle des sécheurs (CDS). Si le projet initial du CDS est de produire et de commercialiser des mangues séchées, son objectif vise également à encourager les producteurs à la conservation de denrées alimentaires afin de constituer une alimentation de substitution en période de sécheresse.

Cette initiative a permis de créer une source de revenus pour plus de 600 personnes travaillant aussi bien dans le secteur des fruits frais que dans les unités de séchage, dont 80 pour cent sont des femmes. En 45 jours de travail, elles gagnent environ 75 dollars. Ce qui dépasse le revenu annuel de quelqu'un qui se situe juste en dessous du seuil de pauvreté.

Selon le Programme des Nations unies pour le développement, 45,5 pour cent des 12 millions de Burkinabé vivent en dessous du seuil de pauvreté, en 2005, avec moins d'un dollar par jour.

Composés en majorité de femmes, les groupements ont dynamisé l'activité. En 1987, le groupement 'Naam Baasnéré' s'est lancé dans la production et l'exportation de mangues séchées, avec le soutien de l'organisation suisse du commerce équitable 'OS3', une autre ONG basée en Suisse.

Premier producteur de mangues séchées, ce groupement composé de 40 femmes et deux animatrices, a été un précurseur. Après lui, est arrivé le groupement de femmes de la Société coopérative agricole de Bérégadougou, dans l'ouest du Burkina, qui participe au projet mangue depuis 1988 avec 30 femmes. Le groupe de femmes 'Naam dogori' à Bobo-Dioulasso, dans le sud-ouest, est venu en 1994, avec 45 femmes.

"Cette activité dans le milieu rural a un fort taux de réussite, car c'est une occupation qui laisse du temps aux femmes pour les travaux ménagers.

Cela n'a donc aucune incidence sur la vie au foyer. En plus, ce qu'elles gagnent leur donne une relative indépendance financière", souligne à IPS la sociologue Irène Kaboré.

Membre du CDS, Azétou Sodré était en France en février dernier pour parler de l'importance vitale de la mangue au Burkina Faso et faire la promotion des mangues séchées. "Les sources de revenu sont rares pour les femmes au Burkina, alors que l'accès à ceux-ci a une influence très positive, notamment sur l'éducation et d'autres progrès".

Séraphin Traoré, qui encadre depuis sept ans les acteurs du séchage des mangues, explique le processus à IPS. "Les mangues proviennent des vergers situés dans le sud-ouest et l'ouest du pays. Après les récoltes, les mangues sont acheminées vers les différentes unités de séchage. Les fruits sont triés en fonction de leur qualité, puis pesés, soigneusement lavés et découpés".

"Les morceaux obtenus sont déposés sur des claies qu'on introduit ensuite dans un séchoir à énergie durant 24 heures. Grâce à l'action combinée de la chaleur et de la ventilation, l'eau contenue dans les fruits y est éliminée", ajoute-t-il.

Après le séchage, les fruits triés sont enlevés des claies, pesés encore, mis en sachets et emballés dans des cartons. Les mangues séchées sont soumises à un contrôle visuel, micro-biologique et chimique. A Ouagadougou, la capitale burkinabé, deux ingénieurs suivent ces opérations.

Pendant que le CDS ambitionne de diversifier ses débouchés à l'exportation en cherchant à conquérir notamment le marché britannique, d'autres perspectives s'ouvrent pour les femmes à travers les tomates séchées et les confitures de fruits. Cette année, l'ONG suisse OS3 a proposé au CDS d'exporter également une certaine quantité de tomates séchées.