POLITIQUE-SOUDAN: Le secteur pétrolier se révèle être un problèmedifficile à résoudre

KHARTOUM, 22 oct (IPS) – Farouq Kam, ingénieur géologue, estime que la guerre civile de 21 ans au Soudan n'a pas réellement pris fin en janvier quand le gouvernement islamique du pays a signé un accord de paix avec des rebelles du sud chrétien et animiste. Elle a juste pris une coloration beaucoup plus subtile.

"La guerre n'est pas finie…Elle ne va plus nécessairement être menée dans la brousse du Sud-Soudan. Mais une autre guerre vient juste de commencer, avec d'autres instruments. Et ça, c'est la guerre des ruses", a-t-il déclaré à IPS. Au cœur de ce conflit, se trouvent les ressources pétrolières convoitées du Soudan.

L'accord de paix de janvier stipule que la richesse pétrolière doit être partagée par les autorités gouvernementales et les anciens rebelles du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) du sud. Cette région jouira maintenant d'une autonomie sous la direction d'un gouvernement régional; les rebelles font également partie d'un gouvernement national de transition.

Toutefois, le contrôle du ministère clé de l'Energie et des Mines, qui traite de la production et des recettes pétrolières, a été attribué au 'National Congress Party' (NCP) du président Omar Hassan Ahmad el-Béchir..

Cette décision a mis hors d'eux bon nombre de gens au Sud-Soudan, où la plupart des ressources pétrolières se trouvent; ils ont perçu la mesure comme un signe avant-coureur du fait qu'on leur refusera leur part des revenus pétroliers.

Kam, qui est originaire de l'Etat sudiste producteur de pétrole – Bentiu – est un membre du groupe ethnique Nuer — qui a publié un communiqué de presse récemment pour faire connaître au public ses inquiétudes au sujet de la répartition des revenus pétroliers. Aux termes de l'accord de paix, le gouvernement régional dans le sud recevra 50 pour cent des recettes pétrolières, le gouvernement central 48 pour cent — et les régions productrices de pétrole les deux pour cent restants.

Certains disent que la décision de renoncer au contrôle du ministère de l'Energie était motivée par le désir du leader du SPLM et nouveau vice-président nouvellement nommé, Salva Kiir Mayardit, d'obtenir que le gouvernement intérimaire soit opérationnel. L'administration a été investie vers la fin du mois dernier, après des retards provoqués par des désaccords sur le groupe qui devrait diriger des ministères critiques comme le portefeuille de l'Energie. "C'est réellement une preuve de bonne foi", affirme Abendego Akok, chef du 'Juba University Centre of Peace and Justice Studies' (Centre d'études sur la paix et la justice de l'Université de Juba), basé dans la capitale — Khartoum. "Le gouvernement a été formé. Nous regardons maintenant vers l'avenir".

Mais même les plus optimistes reconnaissent que le secret entourant l'industrie pétrolière est problématique. Les chiffres sur la production pétrolière ne sont pas divulgués.

"Ce n'est pas transparent, ainsi ils font ce qu'ils veulent. Ils ne font pas ce que les populations veulent", déclare Edriss Yousif Ahmad, un ancien député qui est actuellement vice-président d'un groupe d'activistes dans la province du Darfour, déchirée par la guerre — dans l'ouest du Soudan.

Akok est de cet avis.

"Aucun universitaire au Soudan ne vous dira qu'il a lu quelque chose sur le pétrole, les recettes pétrolières, comment les contrats sont signés, là où il est vendu", a-t-il dit à IPS. "Nous ignorons tout des structures du ministère du Pétrole. Si vous croyez que vous le savez, c'est un gros mensonge".

Kam allègue que les populations du Sud-Soudan peuvent également trouver d'autres aspects du secteur pétrolier difficiles à saisir, comme elles ont été laissées en dehors de l'industrie.

"Nous n'avons jamais été représentés par rapport aux compagnies pétrolières. Nous n'avons pas d'employés au sein des effectifs (main-d'œuvre). Nos populations ne sont pas autorisées à travailler, même en tant qu'ouvriers — sans parler du (personnel) qualifié", affirme-t-il.

Akok ajoute : "La plupart des champs pétrolifères sont dans les régions affectées par la guerre, donc elles sont sous le contrôle de l'armée soudanaise. Alors, l'accès aux champs pétrolifères n'est pas facile parce qu'ils sont considérés comme des…zones militaires".

L'accord de paix du Soudan prévoit la création de commissions bipartites qui agiront en tant qu'organes de contrôle pour empêcher la corruption au sein du gouvernement.

Mais de telles commissions ne peuvent pas être créées tant que la formation d'une autorité régionale dans le sud ne sera pas complète. Par ailleurs, les membres de la commission ne seront pas élus mais nommés, par Mayardit et el-Béchir. La nature non démocratique de ce processus a jeté un doute sur la légitimité des commissions. Selon Ahmad, le développement d'autorités régionales fortes offre le meilleur espoir de garantie d'un fair-play au sein de l'industrie pétrolière.

"Nous devons former des gouvernements régionaux forts contre un gouvernement central faible", a-t-il indiqué à IPS. "A l'heure actuelle, nous avons un gouvernement central fort et des gouvernements régionaux faibles. C'est un problème".

La situation sera d'autant plus tendue qu'après la fin de la période intérimaire de six ans, les populations du Sud-Soudan voteront pour dire si elles veulent restées unies au gouvernement du Soudan — ou faire sécession pour former leur propre nation, une démarche qui devrait résolument placer les ressources pétrolières du sud hors de la portée de Khartoum. Le nouveau gouvernement du Soudan est confronté à plusieurs autres défis.

Des milices sudistes, qui ne s'étaient pas alignées sur le SPLM, parcourent toujours la région, tandis qu'au Darfour, le gouvernement est accusé d'avoir commis des violations humanitaires contre ses propres populations et d'avoir soutenu des milices brutales pour mater la rébellion. Quelque 200.000 personnes ont perdu la vie dans le conflit du Darfour.

Plus de deux millions de personnes sont mortes au cours de la guerre dans le sud, qui s'est lancé dans une guerre civile pour empêcher la domination religieuse, ainsi que la marginalisation ethnique et économique, par le nord musulman.