PARIS, 25 fév (IPS) – Iman n'avait que 14 ans lorsqu'un seigneur de la guerre libérien l'a prise comme sa 'femme'. Pendant des mois, elle a été contrainte de lui servir d'esclave sexuel.
Elle fait partie des quelques filles chanceuses qui ont échappé à ce sort.
Aujourd'hui, elle travaille sur une ferme non loin de sa maison dans un programme de réintégration lancé par le groupe français Médecins du monde.
Iman, comme des centaines d'autres enfants dans ce centre au Liberia, est en train de découvrir une vie normale et occupée. "Les enfants qui ont survécu à la guerre civile sont maintenant chargés d'exécuter des tâches comme s'occuper des animaux ou des plantations, en dehors de l'éducation qu'ils reçoivent", déclare la psychiatre Frédérique Drogoul qui a passé plusieurs mois au Liberia l'année dernière.
Mais le nombre d'enfants bénéficiant d'une réintégration n'est pas suffisant, dit-elle. Des statistiques des Nations Unies montrent qu'environ 300.000 enfants sont enrôlés dans des conflits armés à travers le monde.
"Mais les adolescents enrôlés directement dans des armées régulières ou irrégulières représentent seulement une petite fraction du nombre total d'enfants abusés par la guerre", a indiqué Drogoul à IPS. Ce chiffre s'élève à des millions, a-t-elle ajouté.
Drogoul, qui surveille actuellement le traitement des enfants tchétchènes traumatisés par la guerre, dit que le traitement est difficile, mais peut être couronné de succès. On dispense aux enfants tchétchènes, présentement soignés en République d'Ingoushie voisine, l'instruction, des divertissements et un traitement psychiatrique.
"Tous les enfants en Ingoushie vont à l'école, sont emmenés pour jouer et reçoivent des jouets", a déclaré Drogoul. "Mais un enfant sur cinq présente de graves symptômes inquiétants comme l'insomnie, l'incontinence et le rejet du savoir. Cela suggère la nécessité d'un traitement psychiatrique profond".
Les enfants sont traités par des psychiatres tchétchènes formés et suivis par des experts européens. "Les enfants doivent être traités par des ressortissants de leurs pays, par des gens qui parlent leur langue, connaissent leur culture et sont capables de créer un contact facile avec eux", a souligné Drogoul.
Une des méthodes utilisées consiste à encourager les enfants à dessiner, a-t-elle indiqué. Les dessins peuvent devenir un instrument de médiation entre le psychiatre et le subconscient de l'enfant. "Après quelques mois, nous sommes capables de conduire l'enfant dans une réflexion thérapeutique sur les souffrances exprimées à travers les dessins".
L'objectif n'est pas d'inciter un enfant à oublier le traumatisme, mais de l'aider à comprendre les circonstances qui l'entourent, a-t-elle déclaré.
Un rapport du représentant spécial de l'ONU sur les enfants et les conflits armés, publié plus tôt ce mois, a identifié 54 groupes militaires qui comptent des enfants et des adolescents comme des combattants.
Plusieurs de ces groupes sont en Afrique – au Burundi, en Côte d'Ivoire, en Somalie, au Soudan, en République démocratique du Congo, et en Ouganda.
Mais il y a également de grands nombres en Afghanistan, en Tchétchénie en Russie, en Birmanie, au Népal, aux Philippines, au Sri Lanka et en Colombie en Amérique latine.
Les Nations Unies ont approuvé un "protocole facultatif sur l'implication des enfants dans des conflits armés", en mai 2000. Il appelle à l'interdiction de l'enrôlement des enfants âgés de moins de 18 ans comme combattants.
Le statut de Rome de la Cour pénale internationale déclare comme un crime de guerre "l'enrôlement ou le recrutement d'enfants âgés de moins de 15 ans ou leur utilisation pour participer activement aux hostilités aussi bien dans des conflits armés internationaux que nationaux".
Mais de telles conventions "ne valent pas le papier sur lequel elles sont écrites si aucune d'elles n'est appliquée", a affirmé Drogoul.
Plusieurs activistes et médecins, qui s'étaient réunis à une convention sur 'Les enfants et la guerre' à Paris au début de ce mois, ont déclaré que si le droit international était appliqué, un grand nombre de seigneurs de la guerre utilisant les enfants devraient, à l'heure actuelle, passer en jugement.
"Si les lois internationales étaient appliquées, chaque leader des 54 groupes que les Nations Unies ont identifiés récemment comme maltraitant des enfants soit comme une chair à canon soit comme des esclaves sexuels, devrait finir devant la Cour internationale de justice", a indiqué Jacques Hintzy du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF).
Une première étape devrait consister à mettre un frein au commerce des armes légères, a-t-il souligné. "Il y a une forte corrélation entre la présence des armes légères dans un conflit et l'enrôlement des enfants comme combattants", a expliqué Hintzy à IPS.
Drogoul a demandé plus de ressources financières pour l'UNICEF et les organisations non gouvernementales travaillant dans des zones de conflit militaire afin d'aider les enfants à sortir du traumatisme de la guerre.

