GABORONE, 3 nov (IPS) – Festus Mogae a prêté serment en tant que nouveau président du Botswana mardi, après les élections du week-end qui ont vu le Botswana Democratic Party (Parti démocratique du Botswana, BDP) reprendre la part du lion des sièges au sein du parlement de ce pays d'Afrique australe. Cette victoire a assuré Mogae de son deuxième et dernier mandat. Des centaines de personnes se sont rassemblées dans la capitale, Gaborone, pour assister à la cérémonie de prestation de serment au cours de laquelle le président a exprimé son engagement à la coopération régionale et au Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). Cette initiative vise à attirer plus d'investissement en Afrique à travers de meilleurs niveaux de gouvernance sur le continent.
Le Botswana montre déjà le chemin à cet égard.
De tous les pays africains sondés pour 'L'Indice de perceptions de la corruption' compilé par Transparency International, le Botswana a eu la plus forte note : il a été classé 31ème sur la liste. Le groupe non-gouvernemental basé à Berlin a évalué 146 Etats pour l'indice.
Le BDP, qui a dirigé le Botswana depuis l'indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1966, a remporté 44 des 57 sièges à pourvoir au cours de l'élection du 30 octobre. Le Botswana National Front (Front national du Botswana, BNF) en a obtenu 12, tandis que le dernier siège restant est allé au Botswana Congress Party (Parti du congrès du Botswana, BCP).
La stabilité politique du Botswana et la croissance économique constante, l'honnêteté des exportations de diamant, lui ont valu des éloges sur un continent où ces avantages sont rares. Toutefois, Mogae reprendra sa présidence à l'ombre de la pandémie du SIDA : Le Botswana a le deuxième plus fort taux de prévalence de VIH au monde – 38,5 pour cent.
Le chômage, officiellement estimé à 20 pour cent – mais probablement deux fois plus élevé – mettra également à l'épreuve l'ingénuité du nouveau gouvernement.
"Nous avons, ensemble, un contrat et un objectif commun d'éradication de la pauvreté, de création d'emplois et de lutte contre le fléau du VIH/SIDA", a déclaré Mogae, après avoir pris fonction. "La situation exige une action urgente et les besoins sont incontestables".
Par ailleurs, le BDP fera probablement face aux demandes de réformes électorales comme l'introduction de la représentation proportionnelle, le financement des partis politiques, l'élection au suffrage direct du président – et la création d'une commission électorale indépendante. A l'heure actuelle, le secrétaire de la commission électorale du Botswana est nommé par le chef de l'Etat.
"La constitution de l'IEC (commission électorale indépendante) et la nomination de son secrétaire suscitent des inquiétudes… par rapport à l'indépendance et l'impartialité de l'IEC", a déclaré Ntlhoi Motsamai, qui a présidé une délégation envoyée par l'Institut électoral d'Afrique australe (EISA) basé à Johannesburg pour observer l'élection de samedi.
Ces préoccupations ont été reprises en écho par le Forum parlementaire de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), qui permet aux députés de la région de prendre part aux activités faisant la promotion de la démocratie au sein de la SADC.
Une délégation du forum – qui a son secrétariat dans la capitale namibienne, Windhoek – a dit que le financement des partis politiques favorisera une plus grande participation au processus électoral. Elle a également appelé à un contrôle plus serré de l'utilisation des ressources de l'Etat par des responsables du parti au pouvoir, pour des motifs électoraux.
Sur la question de la représentation proportionnelle, Motsamai a indiqué aux journalistes lundi "qu'il est grand temps que le Botswana envisage de faire des réformes dans le système électoral. Le nombre de sièges remportés par les partis ne reflète pas leur performance".
Le pays utilise actuellement le système électoral "du scrutin majoritaire accordant le siège au premier arrivé en tête" – une relique de l'ère coloniale qui affecte des sièges parlementaires à ceux qui arrivent en tête. La représentation proportionnelle permettrait d'attribuer ces sièges selon le pourcentage du vote national que les partis obtiennent au cours des élections.
Dans la dernière élection générale, tenue en 1999, le BDP a remporté 33 des 40 sièges à pourvoir avec seulement 54,34 pour cent du vote total (le nombre de postes parlementaires a été augmenté pour l'élection de 2004 pour se conformer à l'accroissement de la population).
On a constaté que le système électoral du "scrutin majoritaire accordant le siège au premier arrivé en tête" utilisé au Botswana a conduit à la sous-représentation des femmes dans un certain nombre de pays", a déclaré Motsamai, notant que cela avait également tendance à dénier aux partis politiques plus petits une présence au parlement.
Quatre femmes seulement sur les sept candidates présentées par le BDP ont gagné leurs sièges (tandis qu'aucune des sept femmes qui se sont présentées comme candidates de l'opposition n'a réussi à décrocher de siège). Ceci signifie que le Botswana n'atteindra pas un objectif fixé par la SADC en 1997 consistant à faire occuper par des femmes 30 pour cent des sièges de députés dans les Etats membres, d'ici à 2005.
Le BNF et le BCP ont également exprimé des inquiétudes par rapport à l'influence présumée du président sur la Commission de délimitation du Botswana, qui a été constituée par le chef de l'Etat pour établir les nouvelles circonscriptions électorales.
Des membres de l'opposition affirment que ceci a eu pour conséquence la délimitation de circonscriptions électorales pour créer des bastions du parti au pouvoir.
Toutefois, dans l'ensemble, le Forum parlementaire de la SADC et l'EISA ont déclaré que l'élection du 30 octobre était libre et équitable.
Bien que l'opposition ait remporté seulement 13 sièges samedi, elle a réussi à faire des incursions dans des zones rurales qui étaient précédemment considérées comme des bastions fermes du BDP. Le parti au pouvoir, à son tour, eu de bons résultats dans certaines circonscriptions urbaines qui étaient perçues comme étant favorables à l'opposition.
Des commentateurs ont reconnu néanmoins que l'opposition aurait probablement eu de meilleurs résultats aux élections si elle avait présenté un front plus uni. Grâce au partage des voix entre des groupes de l'opposition, le BDP a remporté certaines circonscriptions avec à peu près la moitié des votes combinés de l'opposition.
"Ce n'est pas bon pour la démocratie. Nous avons besoin de l'opposition au parlement", a souligné Zidani Maundeni, un professeur de sciences politiques à l'Université du Botswana – et chef du Projet de recherche sur la démocratie.
Bien que le BNF ait formé une alliance avec le Botswana People's Party et le Botswana Alliance Movement, ceci n'était pas suffisant pour constituer un sérieux défi pour le parti au pouvoir. Plusieurs personnes croient que rien qu'un partenariat entre le BNF et le BCP se serait révélé efficace.
Le BCP est en fait une ramification du BNF : des membres mécontents du BNF ont quitté le parti en 1998 pour former le BCP. Les deux groupes luttent depuis pour se mettre d'accord.
"Nous pensons qu'il faudrait beaucoup de temps pour avoir une unité complète, mais nous devons pouvoir travailler ensemble", affirme Michael Dingake, ancien président du BCP et membre fondateur du parti.
Mogae a indiqué qu'il passerait le témoin à son vice-président, Ian Khama (fils du premier président du Botswana, Seretse Khama), en 2008. Ceci a soulevé des inquiétudes dans certains milieux, où certains verraient Khama comme étant "autoritaire".
L'utilisation par Khama des hélicoptères militaires pour le convoi de la campagne – quelque chose qui enfreint la Loi sur les Forces de défense du Botswana – a également fait l'objet de critiques.

