POLTIQUE-SOMALIE: Une tâche herculéenne attend le nouveau président

NAIROBI, 12 oct (IPS) – Des observateurs politiques ont accueilli favorablement l'élection d'un nouveau président pour la Somalie mais ont averti que de sérieux défis attendaient ce pays d'Afrique orientale déchiré par la guerre.

Abdullahi Yusuf Ahmed, un ancien colonel de l'armée, âgé de 72 ans, a été élu président par 270 des 275 députés du parlement somalien inauguré récemment. L'élection s'est déroulée dans le Complexe sportif Kasarani dans la capitale kényane, Nairobi, puisqu'on estimait qu'il n'était pas sécurisant d'organiser des élections dans la capitale somalienne, Mogadiscio.

De 28 candidats initialement, la liste a été réduite après deux tours de vote, laissant Yusuf affronter, au dernier tour, Abdullahi Ahmed Addow, un ancien ministre des Finances. Yusuf a obtenu 189 voix contre 79 pour Addow, et est élu pour un mandat de cinq ans.

Parmi les autres candidats qui ont été battus ou se sont retirés, figure Abdulkassim Salat Hassan, président d'un gouvernement de transition pour la Somalie qui a été mis en place en 2000, à Djibouti. Munie d'un mandat de trois ans, l'administration de Hassan n'avait réussi seulement un à établir le contrôle au-delà de certaines zones de Mogadiscio.

Asha Ahmed Abdalla, la première femme candidate à la présidentielle dans l'histoire de la Somalie, et Hussein Aideed, un chef de faction influent à Mogadiscio, ont également pris part à l'élection – qui a été observée par des ministres des Affaires étrangères de la région et des membres du corps diplomatique, entre autres.

Le complexe Kasarani était plein à craquer, avec quelque 4.000 personnes, au moment où le président du parlement Shariff Hassan Sheikh Aden s'apprêtait à annoncer le nom du président de la Somalie tard dans la nuit du dimanche.

Agitant des drapeaux somaliens, ceux qui étaient présents se sont mis tout d'un coup à chanter et à danser et émettre des acclamations frénétiques au moment où le président élu s'avançait vers l'entrée du hall pour être reçu par les dignitaires. Toutefois, l'assemblée a marqué un silence lorsque l'hymne national de la Somalie était joué, et qu'un policier kényan hissait le drapeau somalien.

"Je promets de faire de mon mieux pour réconcilier les Somaliens et restaurer l'ordre dans notre pays une fois pour toutes", a déclaré Yusuf dans son discours de consentement.

Le nouveau président prend la tête d'un pays qui n'a pas connu de gouvernement central depuis 1991, lorsque le dictateur Siad Barre a été renversé. Dans une guerre civile qui s'en est suivie, des chefs de faction ont divisé la Somalie en plusieurs fiefs pour dont ils ont été réticents à renoncer au contrôle.

Une région dans le nord-ouest du pays, le Somaliland, s'est détachée du reste de la Somalie en 1991 – et a refusé de participer aux pourparlers pour rétablir un gouvernement central dans le pays. En mai 2001, les habitants du territoire ont voté en faveur de l'indépendance auto-proclamée du Somaliland.

La région septentrionale de Puntland, à son tour, s'est proclamée autonome en 1998, sous la direction de Yusuf.

Des statistiques compilées par des organisations humanitaires indiquent que les combats entre les chefs de factions rivales – et la maladie ainsi que la famine auxquelles la guerre civile a rendu vulnérables les Somaliens – ont fait environ un million de morts. Près de deux millions de personnes ont fui le pays.

Selon les Nations Unies, quelque cinq milliards de dollars seront nécessaires pour reconstruire la Somalie.

"Je ne serai pas seulement président de nom pendant cinq ans, mais je chercherai à accomplir ce pour quoi j'ai été élu, c'est-à-dire la reconstruction de la Somalie en construisant l'infrastructure. Pour cela, je demande à la communauté internationale de nous aider – de marcher avec nous", a déclaré Yusuf après sa victoire.

Khaleef Hassan, politologue, a dit à IPS dimanche qu'une commission vérité et réconciliation devrait être mise en place pour enquêter sur les violations des droits de l'Homme en Somalie durant ces dernières années d'anarchie.

"La réconciliation est nécessaire. Les gens ont été blessés, et ils ont besoin qu'on leur dise qui a commis des fautes et pourquoi il l'a fait, afin de guérir et de pardonner", a souligné Hassan. "Cette commission doit exiger que les pays voisins supervisent la manière dont les auditions sont en train d'être menées, afin de garantir la transparence".

Il a ajouté que la commission devrait être d'une grande envergure : "Le processus de réconciliation doit se faire au niveau national, au niveau des districts et au niveau du village pour s'assurer que chaque individu – même les populations à la base – prend part au processus".

Ce qui est beaucoup plus pressant peut-être, c'est l'épineuse question du désarmement des militants en Somalie.

Des membres de factions dans le pays seraient en possession de milliers d'armes qui se retrouvent souvent au Kenya – constituant un risque pour la sécurité de ce pays.

S'exprimant à une conférence en avril de cette année où un protocole sur la réduction des armes légères a été signé, l'ancien ministre kényan des Affaires étrangères, Kalonzo Musyoka, a indiqué que quelque 60.000 armes à feu illégales étaient rentrées par petits groupes au Kenya, en provenance de la Somalie.

Des candidats à l'élection de dimanche auraient été contraints de signer une déclaration dans laquelle ils promettaient de rendre les armes en possession de leurs partisans. L'importance du désarmement a été également soulignée par Yusuf.

"Je vous assure que je mettrai en place les institutions restantes du gouvernement, et que je me lancerai immédiatement dans un processus de désarmement, avec l'aide de la communauté internationale", a-t-il dit à ceux qui étaient présents au complexe Kasarani.

Yusuf devrait prêter serment le 14 octobre à Nairobi, après quoi il nommera un Premier ministre – qui formera un gouvernement. L'élection de dimanche est le résultat d'un processus de paix qui a commencé au Kenya en 2002 sous les auspices de l'Autorité inter-gouvernementale pour le développement – une institution régionale qui comprend le Kenya, le Soudan, la Somalie, l'Ethiopie, l'Ouganda, l'Erythrée et Djibouti.

Un cessez-le-feu pour la Somalie a été signé en octobre 2002, et une charte, stipulant la manière dont le nouveau gouvernement du pays fonctionnera, a été ratifiée au début de cette année. Le parlement, une institution de transition, a été constitué en août suivant des critères claniques. Des regroupements tribaux devraient également influencer les principales nominations au gouvernement. Le nouveau Premier ministre de la Somalie devrait venir du clan Hawiye, par exemple, puisque ce groupe a traditionnellement contrôlé soit le président soit le chef du cabinet du président. Parmi d'autres clans importants, figurent les Digle-Mirifle, les Dir et les Darod.