SANTE-AFRIQUE: Des spécialistes du SIDA proposent une coopération plusdirecte entre ceux du Sud et du Nord

LOME, 1 déc (IPS) – Des spécialistes du SIDA souhaitent plus de coopération et d'interaction entre chercheurs africains et européens pour la promotion de la recherche scientifique dans la lutte contre la pandémie. Les chercheurs se déclarent convaincus que la mise au point d'un vaccin contre le SIDA est possible, et que l'Afrique doit s'impliquer davantage pour que les spécificités des souches africaines du virus soient isolées et prises en charge en vue d'une meilleure organisation de la lutte. "Je pense que les laboratoires africains peuvent avancer dans la recherche; notre fondation contribue à la création de tels centres et nous sommes convaincus que c'est de ces centres que viendront les solutions adaptées à l'Afrique", a déclaré le professeur Luc Montagnier, la semaine dernière à Lomé, la capitale du Togo.

Montagnier est le chercheur français découvreur du virus du SIDA en 1983 et président de la fondation mondiale Recherche et prévention du SIDA.

Selon le professeur Mireille David, responsable du Centre national de référence pour le VIH au Programme national de lutte contre le SIDA du Togo, il est possible que la pharmacopée africaine apporte des éléments aux recherches. Il faut tout de même que cet apport de la pharmacopée se fasse dans l'ordre et dans le respect de la personne humaine, avertit-elle. Montagnier confirme qu'il existe des plantes et des fruits comme la papaye, qui a donné des résultats encourageants dans les recherches pour un remède contre le SIDA. "Tout a été fait à partir d'extraits fermentés dérivés de la papaye qui ont été préparés au Japon. On rencontre ce fruit en Afrique, alors c'est aussi possible en Afrique", estime-t-il, ajoutant que "le Sud et le Nord doivent se donner la main pour une efficacité des recherches".

Montagnier, qui conseille de ne pas négliger le travail des chercheurs africains, propose des innovations thérapeutiques pour le contrôle de l'épidémie du SIDA en Afrique. Il estime qu'il faut poursuivre le traitement par la tri-thérapie, mais en y associant des anti-oxydants.

Des traitements complémentaires de la tri-thérapie se feront par des extraits de fruits, de végétaux qui ont des effets stimulants et anti-oxydants. "Les extraits peuvent aider à la remontée du système immunitaire et permettre, par exemple, un meilleur effet du vaccin thérapeutique; c'est une piste que nous explorons très sérieusement à l'heure actuelle", indique Montagnier. "L'apport des anti-oxydants est fondamental parce qu'on se trouve devant des virus qui attaquent le système immunitaire", soutient David.

"L'idée des anti-oxydants est une bonne chose, tout comme la vaccinothérapie qui, je l'espère, pourra répondre aux préoccupations des personnes vivant avec le VIH/SIDA", affirme Jules Ouguet, conseiller du président du Niger en matière de SIDA.

Le professeur Montagnier et son collaborateur Vittorio Colizzi ont animé, dans la capitale togolaise, une conférence sur les innovations thérapeutiques pour le contrôle de l'épidémie du SIDA en Afrique et la coopération sous-régionale, l'interaction entre chercheurs africains et européens pour la promotion de la recherche scientifique dans la lutte contre le SIDA. Pour Montagnier, les recherches pouvaient aller plus vite si les chercheurs africains disposaient de moyens financiers suffisants.

"Dans le domaine de la recherche sur le VIH/SIDA, notre continent accuse un grand retard en matière de recherche à cause du manque de moyens financiers et de technologies limitées", reconnaît Suzanne Aho, ministre de la Santé du Togo. Selon elle, le continent africain reçoit moins de deux pour cent des ressources affectées à la recherche sur le SIDA dans le monde et très peu d'essais sur les vaccins ont été réalisés en Afrique. "Or les deux tiers des personnes vivant avec le VIH/SIDA sont malheureusement en Afrique", souligne Aho. Ama Gnassingbé, membre de l'Association des inventeurs du Togo, regrette, pour sa part, le manque d'actions en faveur de la biologie en Afrique. "On multiplie les conférences sans investir dans la biologie, je crois qu'il faut que nos Etats se réveillent", déclare-t-il.

Son compatriote Toudji Bandjé, chercheur, déplore également le manque de collaboration entre chercheurs africains. "Cette collaboration est nécessaire avant de voir la collaboration Sud-Nord", insiste-t-il.

"Nous avons en Afrique des tradipraticiens qui font un travail non négligeable, mais on ne les considère pas", regrette Raoul Johnson, informaticien à Lomé.

"Il est important de soutenir la coordination des actions dans la sous-région", estime Komlan Sètondji, secrétaire permanent du Progamme national de lutte contre le SIDA au Bénin. Le professeur Colizzi a révélé que les secteurs industriel et financier pouvaient jouer un grand rôle en facilitant le contact entre les réseaux du Nord et ceux du Sud. "Il existe déjà des projets pilotes entre notre fondation et le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire et le Cameroun".

Des ministres, des chercheurs, des médecins, des responsables d'organisations non gouvernementales (ONG) et structures s'occupant de la lutte contre le SIDA dans les pays membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont assisté à la conférence des deux chercheurs européens. Elle a été organisée à l'initiative de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), basée à Lomé.

Pour Boni Yayi, président le la BOAD, le VIH/SIDA est devenu en Afrique un problème de développement. "Il est donc tout à fait normal et logique que notre institution de financement du développement s'intéresse à cette question".

"Les dégâts causés par le SIDA sur notre continent sont énormes et il faut réagir", déclare le président de la BOAD qui place l'année 2004 sous le signe de la lutte contre la pandémie.

Selon le rapport 2002 de l'ONUSIDA, l'Afrique subsaharienne, de loin la région la plus touchée, abrite 29,4 millions de personnes vivant avec le VIH/SIDA sur les quelque 40 millions de personnes infectées dans le monde.