NAIROBI, 7 mars (IPS) – Des femmes au Kenya se retrouvent souvent sans abris et sans ressources parce que leurs droits à la propriété sont violés, indique Human Rights Watch (HRW) dans un nouveau rapport publié mardi.
Lorsque le mari de Rose Otaye, 36 ans, est mort de SIDA en 1998, ses beaux-parents lui ont dit qu'elle devait prendre part à des pratiques sexuelles coutumières afin d'hériter des biens de son mari.
Premièrement, elle serait "purifiée" en ayant des rapports sexuels avec un pécheur. Elle serait ensuite donnée en héritage, ou mariée de nouveau, à l'un des frères de son mari.
Lorsque Otaye, qui est également séropositive, a refusé, elle et ses cinq enfants ont été expulsés de leur maison et laissés dans l'indigence.
"Mes beaux-frères étaient en colère et menaçants. J'ai eu très peur de retourner dans la maison. Je devais tout recommencer", dit-elle.
Vivant autrefois dans l'aisance, Otaye est maintenant si pauvre qu'elle a dû avoir recours à la charité pour payer les frais de scolarité pour ses cinq enfants.
"La vie a été dure parce que je ne peux pas assurer à mes enfants leurs besoins fondamentaux. Je lutte chaque jour pour joindre les deux bouts. Je dois demander aux gens de payer les frais de scolarité de mes enfants", affirme-t-elle.
"Je suis si émue de voir mes enfants partir sans un verre de lait ni rien à manger.
"Toutefois, si j'avais mes propres biens, au moins mes enfants auraient pu avoir un bon niveau de vie parce que j'aurais pu commencer de là où j'étais", ajoute Otaye.
De telles expériences sont courantes au Kenya, où les veuves sont souvent expulsées de leurs maisons par les beaux-parents, qui prennent leur terre et leurs biens.
Le rapport de Human Rights Watch, intitulé 'Deux poids, deux mesures, violations des droits de propriété des femmes au Kenya', relate plus de 100 histoires du genre. Plusieurs des femmes vivent dans la pauvreté, leurs enfants sont obligés d'abandonner les classes, vivant dans la crainte de violentes menaces proférées par des parents hostiles. "Les tribunaux de grande instance ont des procès sur des affaires pendantes de veuves ayant été dépossédées par leurs beaux-parents", affirme Judy Thiongori, avocate au Centre de réhabilitation pour femmes maltraitées.
Plusieurs cultures locales ne garantissent pas à une femme le droit d'hériter des biens de son mari à sa mort.
Traditionnellement, on s'attend à ce que les femmes restent économiquement à la charge des hommes – les veuves doivent être données en héritage à un beau-frère, les femmes doivent rester avec des maris qui les maltraitent ou retourner chez leur père.
Bien que la constitution kényane interdise la discrimination sur la base du sexe, il y a des cas spécifiques où la discrimination est permise et où le droit coutumier prime.
La section 82 de la constitution dit que l'égalité des droits ne s'applique pas pour ce qui concerne les questions d'adoption, de mariage, de divorce, d'enterrement et de transmission de propriété à la mort.
Les lois coutumières sont pour la plupart non écrites et sujettes à une interprétation subjective quoiqu'elles soient formellement reconnues dans le droit.
"Tandis que la coutume est importante et efficace pour plusieurs buts, dans la mesure où les coutumes violent les droits des femmes, il y a obligation, conformément à la législation sur les droits humains, de transformer ces coutumes qui violent les droits des femmes", estime Janet Walsh, l'auteur du rapport.
Même certaines lois statutaires portent préjudice aux femmes.
Par exemple, la Loi sur la succession dit que lorsqu'une femme se remarie, ses droits à l'héritage sont résiliés. Toutefois, la même chose ne s'applique pas aux hommes.
Human Rights Watch lance un appel au gouvernement kényan pour qu'il mette fin à des tels abus. Le nouveau gouvernement du Kenya a promis de faire voter une nouvelle constitution cette année, dont l'avant-projet inclut des dispositions sur l'égalité de droits à la propriété pour les femmes.
Walsh dit qu'il doit également faire davantage pour appliquer la loi existante. "Les lois qui devraient protéger les droits de propriété des femmes, comme la Loi sur la succession, doivent être entièrement appliquées.
On doit enquêter sur les violations de ces lois et les punir", poursuit-elle.
Les lois qui permettent la discrimination contre les femmes devraient également être amendées ou abrogées.
Un autre problème important est que la majorité des cas ne parviennent même pas aux tribunaux. Il y a un très grand nombre de femmes qui aimeraient aller au tribunal, mais ne peuvent pas faire face aux frais juridiques.
Otaye aurait eu une chance raisonnable de réclamer sa propriété si elle était allée au tribunal. Mais elle n'a même pas songé à cette option.
"C'était impossible. Je n'avais pas assez d'argent pour acheter ces choses", dit-t-elle. Faire des demandes de lettres administratives dans des tribunaux kenyans coûte au moins 6.000 shillings dans un pays où la majorité de la population vit avec moins de 75 shillings (moins d'un dollar US) par jour.
Le gouvernement kényan n'a pas encore un programme d'assistance juridique qui fournirait aux femmes des services d'aide juridique dans des affaires civiles, comme les querelles de succession.
"Il y a un important besoin de représentation légale pour les femmes dans ce pays", déclare Walsh.
"Il y a des organisations qui représentent les femmes dans des questions juridiques, mais elles peuvent à peine effleurer le problème", affirme-t-elle.
HWR recommande également que le gouvernement kényan lance des campagnes de sensibilisation pour éduquer le public, les juges et les leaders communautaires sur les droits de propriété des femmes pour encourager plus de femmes à chercher réparation à travers les tribunaux.
Même si elle allait au tribunal, Otaye est sceptique et ne sait pas si elle aurait gagné, parce qu'elle croit que ses beaux-parents auraient pu corrompre les juges.
"Je ne pouvais pas gagner. Je n'ai pas d'argent; ils ont de l'argent. Ils peuvent aller escamoter tout", affirme-t-elle.
Les femmes possèdent moins de 10 pour cent de terre au Kenya pour diverses raisons sociales, culturelles et juridiques.

