CONAKRY, 5 mars (IPS) – La menace d'extinction, qui pèse sur la grue couronnée, un oiseau d'eau douce, a poussé l'Union européenne (UE) à interdire l'exportation de cette espèce sur son territoire à partir de la Guinée, selon un responsable du ministère guinéen de l'Agriculture et de l'Elevage.
L'allure fière sous ses poils dressés au-dessus de sa tête en forme de couvre-chef, le corps pâle supporté par de longues pattes enfouies dans l'eau, la grue couronnée ou balearica pavonina – de son nom scientifique – est un oiseau fascinant qui est de plus en plus menacé en Guinée.
"C'est une espèce qui, par son aspect, attire la curiosité des touristes.
Sa préservation est non seulement fondamentale pour l'équilibre de la faune dans les zones humides, mais permet aussi à la Guinée d'avoir des rentrées de devises avec ces étrangers qui viennent visiter les zones où elle vit", a déclaré à IPS, Christine Sagno, chef de la division faune au ministère de l'Agriculture et de l'Elevage.
Exporté à outrance ces dernières années, cet oiseau fait aujourd'hui l'objet d'un contrôle particulier de la part de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore menacées d'extinction (CITES).
Selon Namory Keïta, spécialiste de la faune et responsable des zones humides en Guinée, la survie de cette espèce d'oiseau est menacée dans ce pays d'Afrique de l'ouest, peuplé d'environ 8 millions d'habitants, dont 55 pour cent vivent sous le seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar US par jour.
"Si on prend un effectif de 500 grues couronnées, les oiseleurs vous demanderont d'avoir l'autorisation d'en prendre par exemple 300, et la CITES estime que cela est impossible compte tenu du faible nombre de spécimens actuellement disponibles chez nous. La survie de l'espèce est menacée et c'est pourquoi l'Union européenne a interdit toute exportation sur son territoire à partir de la Guinée", a indiqué Keïta.
Selon lui, "comme toute espèce de faune, les oiseaux ont une importance écologique dont la gestion doit faire l'objet de protection accrue.
Aujourd'hui, même si vous proposez des grues couronnées, vous n'aurez personne pour vous les acheter en Europe". Plus de 700 espèces d'oiseaux vivent en Guinée et parmi eux, on compte des oiseaux migrateurs, fuyant l'hiver dans les pays occidentaux.
D'après Keïta, en quatre ans, le programme chargé du dénombrement des oiseaux d'eau a recensé, en Guinée, entre 104.000 et 144.000 oiseaux migrateurs, répartis en plusieurs espèces. "Le dénombrement pour 2002 est en cours et nous ne disposons pas encore de données", explique-t-il.
Keïta précise, en outre, que "l'objectif des autorités guinéennes est d'aménager un parc à l'image de celui de Dioujt, au Sénégal. Ce parc devrait s'étaler sur six sites situés du port de Benti, à la frontière avec la Sierra Leone, jusqu'aux îles Tristao, à la lisière de la Guinée-Bissau".
L'activité d'oiseleur a pris une ampleur sans précédent en Guinée depuis quelques années, mais les vendeurs maintiennent sciemment le flou autour de leurs revenus tirés du commerce des oiseaux, souligne Keïta.
Des individus se font fabriquer des papiers à entête et des cachets de sociétés qui n'existent pas quelquefois et vont dans des cybercafés pour envoyer des messages destinés à leurs correspondants. Souvent, ils ne disposent d'aucun personnel dans leur société fictive. Et ça marche parce qu'ils ont des contacts à l'étranger. "Tous ceux qui travaillent avec la Direction nationale des eaux et forêts sont en règle vis-à-vis de l'administration", reconnaît néanmoins Sagno. Cependant, regrette Keïta, "ils ne communiquent jamais leurs revenus réels générés par cette activité. Cela pose un problème au niveau des taxes".
Sagno, qui s'occupe, entre autres, des taxes à la Direction de l'agriculture et de l'élevage, n'a pas révélé le montant généré annuellement par l'activité des oiseleurs.
Pour Alassane Sylla, oiseleur, "nous sommes conscients que les déclarations alarmistes faites sur les oiseaux sont souvent motivées par le besoin de les protéger. Mais quelquefois, il faut reconnaître qu'elles sont parfois exagérées. C'est vrai que le nombre de grues couronnées a fortement diminué, mais on en trouve toujours quand même".
Un autre oiseleur, Mohamed Doumbouya, explique : "On n'a pas de travail et on a des familles à nourrir. Il faut bien qu'on trouve des ressources pour vivre et c'est pourquoi nous faisons ce travail. Personnellement, je n'ai pas pu exporter une seule grue couronnée depuis trois mois", ajoute-t-il, refusant de révéler le montant de ses revenus dans le commerce d'oiseaux.
Ainsi, entre les mesures prises pour protéger les grues couronnées et les motivations – souvent financières – des oiseleurs, le plus important semble être, tout au moins pour les partenaires européens de la Guinée, la lutte pour la survie d'une espèce qui se raréfie de plus en plus dans un pays où la pauvreté pousse certains individus à sacrifier l'environnement.

