FREETOWN, 26 sept (IPS) – La décision prise par le Conseil de sécurité des Nations Unies cette semaine de réduire l'effectif de la force de maintien de paix en Sierra Leone a été accueillie avec des réactions mitigées par le commun des Sierra Léonais.
"Le véritable test pour la paix dans ce pays est le retrait total des forces étrangères. Après tout, l'armée sierra léonaise a été recyclée et bien équipée pour prendre en charge la sécurité du pays. Pourquoi continuer donc à garder les troupes de la MINUSIL ici", demande le journaliste sierra léonais Jia Kangbai, se référant à la mission de l'ONU, connue sous le nom de la MINUSIL.
Son collègue, Musa Samura, un habitant de Freetown, la capitale, affirme : "Plus tôt ils s'en iront (les casques bleus de l'ONU), mieux cela vaudra pour nous. Ils ont accaparé toutes nos femmes et semblent passer des vacances. Après tout, il n'y a aucune guerre en Sierra Leone actuellement".
Mais Kumba Sokoneh, qui est originaire de la capitale diamantifère du pays ravagé par la guerre, Kono, déclare : "Le contingent pakistanais de la MINUSIL nous a facilité l'existence. Ils nous ont apporté des installations médicales, construit des routes et des écoles et occasionnellement même de l'aide alimentaire à Kono".
Une déclaration de l'ONU indiquait mardi : "La force sera réduite d'environ 4.500 hommes sur une période de huit mois et le retrait par étapes se poursuivra graduellement avec le temps".
Les Nations Unies y ont emmené une force de 17.500 hommes issus de plus de sept pays, dont le Pakistan et le Bengladesh, et c'est la plus importante force de maintien de paix au monde.
"D'ici à 2004, nous aurions réduit nos troupes à juste 500 hommes…
lorsque nous serons sûrs qu'il n'y a plus de menace pour le processus de paix en Sierra Leone", a indiqué aux journalistes Oluyemi Adeniji, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour la Sierra Leone, avant de s'envoler pour New York cette semaine.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a également approuvé la prorogation du mandat de la MINUSIL de six mois.
La force onusienne a joué un rôle décisif pour mettre fin aux hostilités qui ont provoqué quelques-unes des plus horribles atrocités commises contre des civils par des belligérants sierra léonais.
Le mois dernier, le président Ahmed Tejan Kabbah a écrit au secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, pour demander un retrait progressif "plus prudent" des forces de maintien de paix, pour ne pas "répéter les erreurs du passé". Kabbah faisait référence au retrait des forces régionales de maintien de paix, connues sous le nom d'ECOMOG en 1998, qui avait replongé la Sierra Leone dans une série d'hostilités, et également à la menace du Libéria voisin, qui est actuellement plongé dans une guerre civile.
Adeniji a déclaré mercredi que des combattants du Libéria faisaient des incursions en Sierra Leone sous le couvert de réfugiés fuyant les combats au Liberia. Il a également parlé de la présence d'anciens rebelles sierra léonais au Libéria, qui pourraient retourner subrepticement en Sierra Leone pour perturber le climat de paix actuel.
Des rapports non confirmés indiquent que les Nations Unies dépensent 700 millions de dollars US par an depuis que la MINUSIL est arrivée en Sierra Leone deux ans auparavant.
Dans les premières phases de leurs opérations, les troupes de l'ONU ont été confrontées à une énorme résistance de la part des rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) qui contrôlaient alors à peu près la moitié du pays, y compris les régions riches en diamant. Quelque 500 de leurs hommes ont été gardés en otage par les rebelles, qu'on a dû persuader de se désarmer et de se démobiliser, après l'arrestation et l'emprisonnement de leur dirigeant, Foday Sankoh.
Les troupes onusiennes ont construit des hôpitaux, des ponts et d'autres infrastructures communautaires, partout où elles étaient. Leurs relations avec les communautés locales, qui sont amicales, leur manqueront également.
Mais le départ des casques bleus de l'ONU, qu'il soit graduel ou non, intervenant peu après un précédent retrait des forces britanniques de la Sierra Leone, va laisser obligatoirement un vide sécuritaire dans le pays explosif.
La réintégration, dans la société, de plus de 60.000 ex-combattants désarmés et démobilisés plus tôt cette année, est à mi-chemin et l'armée sierra léonaise, qu'on sait être moins loyale envers le gouvernement civil, doit encore affirmer toute son autorité sur les frontières du pays.
Les analystes croient que la présence des forces onusiennes, éprouvées à présent par des batailles, est dissuasive pour un déclenchement potentiel de combats dans ce pays ravagé par la guerre. Ainsi, leur départ, comme l'a indiqué Adeniji, "doit être graduel".

