DAKAR, 14 août (IPS) – Au milieu des avertissements concernant la plus terrible sécheresse en 30 ans, le gouvernement sénégalais a fait appel à l'aide internationale pour prévenir de graves pénuries alimentaires dans plusieurs parties du pays.
Le ministre de l'Agriculture, Pape Diouf, a profité d'un briefing de week-end avec des diplomates et des responsables de l'humanitaire pour expliquer clairement les besoins immédiats du gouvernement. "Le gouvernement comptera sur la solidarité internationale pour empêcher la famine de s'installer dans le pays", déclare Diouf, ajoutant que toutes les parties du Sénégal ont été durement frappées.
L'aide initiale visée par le gouvernement est de 3 milliards de francs CFA, (environ 4,5 millions de dollars US). Le gouvernement affirme avoir effectué sa propre évaluation de la situation alimentaire dans toutes les parties du pays et qu'il a maintenant besoin de créer des mécanismes de distribution tout en augmentant les réserves alimentaires.
Au cours des dernières semaines, il y a eu une inquiétude grandissante à propos du malaise rural du Sénégal. Des reportages réalisés depuis la partie la plus proche de la frontière mauritanienne dans l'extrême nord jusqu'au sud de la Casamance ont mis en lumière l'impact des faibles précipitations et la perturbation du cycle agricole normal.
Des organisations de paysans et des groupes de pression ruraux ont exigé des mesures d'urgence. Des partis d'opposition ont été très critiques vis-à-vis de ce qu'ils considèrent comme une fuite de responsabilité du gouvernement dans les zones rurales.
Le Conseil national de concertation et de coopération pour les populations rurales (CNCR), une organisation qui couvre tout le pays et dont le rôle est de défendre les intérêts ruraux, a exigé du gouvernement un plan d'action d'urgence.
Le CNCR a récemment convoqué un congrès spécial à Dakar, faisant des sondages sur la situation dans différentes parties du pays et a conclu que : "le gouvernement n'a pas pris de décisions appropriées à temps et a seulement reconnu, avec beaucoup de retard, les difficultés rencontrées".
Selon le CNCR, la plus grande erreur du gouvernement a été de n'avoir pas consulté les paysans et d'autres personnes qui comprennent les problèmes de l'agriculture sénégalaise.
Le président du CNCR, Momodou Cissokho, estime qu'on ne trouvera de solutions que si les paysans sont associés au processus de prise de décisions, mettant l'accent sur le fait qu'une "bonne politique se conçoit avec le soutien et la participation de ceux qui sont censés en bénéficier".
Selon Cissokho, le Sénégal est confronté à une calamité. "Je ne me souviens de rien d'aussi mauvais depuis 1973. Si nous n'obtenons pas de vraies pluies dans les dix prochains jours, il ne s'agira plus d'avoir de faibles récoltes, mais de ne pas avoir de récoltes du tout".
Le sociologue spécialiste des questions agricoles, Jacques Faye, approuve le pessimisme de Cissokho. "Le Sénégal est-il préparé à ce genre de crise? La réponse doit être "non', c'est clair", affirme Faye. Il fait remarquer que le Sénégal n'a pas connu de crise d'une telle gravité depuis des années et ce n'est pas surprenant que les plans d'urgence du gouvernement soient insuffisants.
"Il y a un manque d'expérience lorsqu'il s'agit de sécheresse, alors il y a une sorte d'apprentissage en cours et un apprentissage est toujours difficile", souligne-t-il.
Faye estime que la période cruciale sera le mois de novembre lorsque le maïs est normalement récolté. Selon lui, le gouvernement doit s'attendre à de graves pénuries pendant cette période et sortir alors des réserves alimentaires pour couvrir les besoins de la population.
Le gouvernement affirme qu'il est prêt à faire face aux problèmes.
La coalition au pouvoir, le CAP 21, qui est dirigé par le Parti démocratique sénégalais (PDS) du président Abdoulaye Wade, avait réservé le week-end des 10 et 11 août à "la réflexion et l'étude", se focalisant sur les problèmes agricoles. Wade lui-même doit s'adresser à la presse sur les mêmes problèmes.
Par le passé, Wade a accusé ses critiques d'exagérer les malheurs de la population rurale en tirant parti des griefs des paysans au plan politique.
Des ministres ont souligné que les problèmes actuels proviennent d'un phénomène naturel incontrôlable, tout en attirant l'attention sur la nécessité de réformer un système agricole que les administrations précédentes n'ont pas réussi à moderniser.
Mais selon Cissokho du CNCR, Wade et ses ministres doivent expliquer la vision, s'il y en a une, qu'ils ont pour le Sénégal. "Nous n'avons aucun signe d'une politique durable pour le pays", affirme-t-il.
Le CNCR et d'autres groupes font remarquer que les effets de la sécheresse ont été aggravés par les problèmes permanents du secteur de l'arachide.
Il y a encore des plaintes persistantes des paysans qui cultivent l'arachide, selon lesquelles ils n'ont pas été payés pour la récolte dernière, les anciens réseaux de distribution ne fonctionnent plus et les projets du gouvernement de privatiser la société d'Etat de l'arachide SONACOS, plongeront le secteur dans d'autres difficultés.

