NATIONS UNIES, 1 août (IPS) – Les Nations Unies sont en train de prendre des mesures sévères contre le harcèlement et l'exploitation sexuels des femmes et des enfants par des troupes de maintien de paix, a indiqué un haut fonctionnaire de l'ONU.
Le sous-secrétaire général, Jean-Marie Guehenno, a informé le Conseil de sécurité de l'ONU, la semaine dernière, que l'organisation mondiale avait prévenu les Etats membres qu'ils devaient "prendre des mesures disciplinaires appropriées et, s'il le faut, engager des poursuites judiciaires contre leurs ressortissants qui commettent de tels actes". Il a déclaré que le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a édicté une politique de "tolérance zéro" envers les soldats de la paix impliqués dans des actes d'exploitation sexuelle ainsi que de trafic de femmes et de jeunes filles.
A la fin du mois de juin, les Nations Unies avaient 46.460 soldats venus de 87 pays.
Dans les années 1990, il s'est avéré que des soldats de la paix ont commis des abus sexuels dans plusieurs missions de l'ONU en Asie, en Afrique et en Europe. En Bosnie, plusieurs troupes des Nations Unies ont été accusées d'avoir pris part au marché noir et à la prostitution. La prise de mesures disciplinaires a été habituellement laissée aux autorités nationales qui ont fourni des troupes aux Nations Unies. L'ONU n'a pas qualité pour prendre des mesures disciplinaires, à part rapatrier les troupes tombées en disgrâce.
Dans son étude de 1996, "Impact des conflits armés sur les enfants", Gracha Machel a indiqué que dans certains pays déchirés par la guerre, les enfants sont devenus des victimes de la prostitution après l'arrivée des forces de maintien de la paix.
L'ancienne première dame du Mozambique a reconnu que dans son propre pays, des soldats des Opérations des Nations Unies au Mozambique (ONUMOZ) ont recruté des filles âgées de 12 à 18 ans pour la prostitution.
Par la suite, une Commission d'enquête des Nations Unies a confirmé les allégations, les soldats qui étaient accusés d'inconduite ont été rapatriés.
"Dans six des 12 études nationales relatives à l'exploitation sexuelle des enfants dans des situations de conflits armés, élaborées pour le présent rapport, l'arrivée des troupes de maintien de la paix a été associée à une montée de la prostitution des enfants", affirme Machel.
Au Cambodge, les journaux locaux avaient lié la montée de la prostitution des enfants dans ce pays à la présence des troupes attachées à l'Autorité de transition des Nations Unies au Cambodge (UNTAC)) de mars 1992 à septembre 1993. Guehenno, chef des opérations des Nations Unies pour le maintien de la paix, a déclaré, à une réunion extraordinaire du Conseil de sécurité, que l'ONU ne tolérerait pas des crimes liés au sexe.
"Traditionnellement, nous avons sous-estimé ce point, parce que nous présumons à tort que les conflits et la paix n'ont rien à voir avec le sexe.
Tel n'est pas le cas", souligne-t-il. Selon Guehenno, certains crimes liés aux installations des conflits, sont spécifiquement dirigés contre les femmes et les filles.
En février, Annan a exprimé son indignation en apprenant les abus très répandus infligés aux femmes et aux jeunes filles dans des camps de réfugiés en Afrique de l'ouest.
Ces abus étaient d'autant plus odieux, indique-t-il, qu'ils étaient commis non seulement par des travailleurs humanitaires pour le compte d'organisations non gouvernementales (ONG), mais aussi par des soldats de la paix et le personnel des Nations Unies.
Les jeunes femmes, principalement dans les camps en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, subissaient des abus sexuels en échange de nourriture et de médicaments, selon un rapport conjoint du Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et de Save the Children, une organisation humanitaire basée à Londres.
L'étude de 19 pages, "Violence et exploitation sexuelles : l'Expérience des enfants réfugiés en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone", comportait des témoignages d'enfants, enregistrés au cours d'une mission de 40 jours effectuée l'année dernière en Afrique de l'ouest par une équipe d'évaluation du HCR et de Save the Children.
Noeleen Heyzer, directrice générale du Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), a dit au Conseil de sécurité que les Nations Unies devaient aborder les "insuffisances évidentes dans la protection des femmes".
Deux expertes des Nations Unies, qui se sont déplacés vers 14 zones de conflits, ont été atterrées par l'ampleur des violences subies par les femmes avant, pendant et après les conflits, indique-t-elle.
"Elles ont entendu des témoignages sur des viols collectifs et d'utérus crevés par des fusils", affirme-t-elle, ajoutant : "L'impunité règne pour ces crimes courants contre les femmes en temps de guerre".
Les découvertes et les recommandations des deux expertes – Ellen Johnson Sirleaf et Elisabeth Rehn – seront rendues publiques en octobre pour marquer le deuxième anniversaire d'une résolution importante du Conseil de sécurité sur "Femmes, paix et sécurité".
"Nous savons tous comment l'exclusion forcée des femmes afghanes de l'espace public, et les risques qu'elles ont pris pour assurer l'éducation et les soins médicaux ont fini par symboliser la crise dans ce pays. Mais les indicateurs de ce genre ne sont pas mentionnés ni même systématiquement recueillis", souligne Heyzer.
Elle s'est également plainte de l'absence des femmes comme conseillères et soldats de la paix dans les opérations des Nations Unies.
"Les expertes ont estimé qu'une démarche soucieuse d'équité de genre n'est pas suffisamment incorporée dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies. Elle est plutôt isolée sous forme d'un seul membre du personnel ou d'une petite unité n'ayant pas d'expérience ni de ressources suffisantes", ajoute Heyzer.
Indiquant les démarches faites jusque-là, Guehenno affirme que depuis mars 1999, la Mission des Nations Unies en Bosnie et en Herzégovine a mis au point un projet d'opérations sur les trafics.
Jusqu'ici, il a mené plus de 400 opérations contre les bars et les bordels en interviewant 1.442 femmes et filles en leur offrant une assistance avec le rapatriement. La Mission des Nations Unies au Kosovo (UNMIK) a autorisé un Trafic dans le règlement des personnes humaines, spécialement pour protéger les victimes, ajoute-t-il.

