NAIROBI, 31 jan (IPS) – Les défenseurs du multipartisme en Ouganda semblent déterminés à défier une interdiction imposée par le gouvernement du président Yoweri Museveni aux partis politiques, et se sont engagés à poursuivre leurs plans d'organisation d'une série de rassemblements politiques.
La controverse entourant la demande d'une politique multipartite en Ouganda a atteint son apogée le 12 janvier lorsqu'un étudiant en journalisme a été tué et trois autres sérieusement blessés dans la capitale, Kampala alors que la police essayait de disperser les partisans du Congrès populaire d'Ouganda (UPC).
Le lendemain, la police a violemment réprimé la tentative de l'UPC d'organiser une manifestation. Son leader, l'ancien président Milton Obote, actuellement en exil en Zambie, a annoncé qu'il organiserait une série de manifestations à travers ce pays d'Afrique orientale.
James Rwanyarare, chef de la Commission politique présidentielle (PPC) du parti, qui a passé une nuit en garde-à-vue avec 20 autres militants du parti, a affirmé que son arrestation et le meurtre de l'étudiant ne "feraient que renforcer notre résolution à lutter pour la démocratie en Ouganda".
"La campagne que nous avons commencée pour impliquer le public dans la lutte contre la dictature, continuera", a indiqué Rwanyarare la semaine dernière. L'UPC, a-t-il déclaré, organisera plus de séminaires et de manifestations publiques dans les régions rurales.
Adonia Tiberwondwa, un autre membre de l'UPC, a dit que la "réponse brutale" de la police ougandaise était une "preuve pour le monde entier que l'Ouganda est sous un Etat policier".
L'UPC a été rejoint par d'autres partis politiques qui affirmaient vouloir organiser une manifestation parallèle le 26 janvier, durant le 12è anniversaire du Mouvement de résistance nationale (NRM), qui a amené Museveni au pouvoir en 1986, et qui préside maintenant le système "sans parti" de l'Ouganda.
Le gouvernement avait averti qu'il "ferait tout ce qui est possible pour s'assurer" que les festivités du NRM ne seraient pas perturbées par la manifestation.
"Ces personnes vous font simplement marcher et essaient d'inciter les Ougandais à saper la Journée du mouvement. Ce qu'ils font est illégal", a indiqué la semaine dernière Crispus Kiyonga, Commissaire politique national( NPC) dans le journal "New Vision".
Conformément à l'article 269 de la constitution ougandaise, l'activité politique organisée à travers les partis politiques est restreinte. Seul le NRM a été accepté comme seule structure administrative et politique dans laquelle peuvent évoluer tous les Ougandais.
Le "système sans parti" renommé système le "Mouvement" a été approuvé plus tard dans un référendum public en juin 2000.
Il y a deux semaines, Museveni a même insinué, à une conférence de presse à Kampala, qu'il pensait interdire tout l'UPC. Il a indiqué que la présence de "quelques bonnes personnes" au sein du Congrès populaire ougandais l'avait empêché d'interdire le parti, lui permettant d'évoluer d'une façon limitée comme d'autres partis politiques en Ouganda.
" Le président (Georges W.) Bush, le chef de la démocratie mondiale, a interdit le parti Al-Qaeda aux Etats-Unis. Il a fermé leurs bureaux et a gelé leurs avoirs en banque", a-t-il indiqué à une conférence de presse à Kampala le 15 janvier. "Je pourrais être tenté de faire de même avec l'UPC, parce qu'ils sont plus que Al-Qaeda".
Museveni a défendu sa position contre les partis politiques qu'il a qualifié de sectaires, de sources de division, et ne concordant pas avec l'unité nationale. Mais les détracteurs disent que le système du "Mouvement" n'a pas seulement restreint l'espace démocratique en Ouganda, mais a également, en réalité, fait de ce pays un Etat à parti unique.
"Ceux qui ont rendu le changement pacifique impossible rendent le changement violent inévitable", a indiqué le législateur au franc-parler et détracteur de Museveni, Norbert Mao. "Le gouvernement de Museveni n'aura qu'à se blâmer lui-même lorsque les Ougandais choisiront de manifester avec des fusils".
L'organisation de défense de droits de l'Homme Amnesty International a accusé le gouvernement ougandais de manipuler la constitution et d'utiliser la force brute pour étouffer la liberté d'association et d'expression en Ouganda.
"Amnesty International est préoccupée par le fait que la police ougandaise continue d'utiliser l'article 269 de la constitution, qui interdit l'activité de tout parti politique, elle s'inquiète également qu'elle continue de passer outre l'article 29, qui prévoit la liberté d'association, et qu'elle empêche des manifestations publiques organisées par les groupes d'opposition", a souligné l'organisation dans une déclaration.
"L'usage de la force, y compris des balles réelles par les autorités pour réprimer les manifestations publiques renforce l'idée selon laquelle le gouvernement ougandais continuera d'utiliser tous les moyens visant à continuer de limiter le droit à l'association et à la libre expression", a indiqué Amnesty International.
Une Commission de révision de la constitution, mise en place au cours des élections présidentielles en mars 2001, devrait rédiger un rapport final et des recommandations sur la politique multipartite avant la fin de cette année.

