HARARE, 28 jan (IPS) – De vives divergences au sein du parti au pouvoir, sur un projet de loi controversé limitant la liberté des médias, se sont révélées au public la semaine dernière, lorsqu'un membre haut placé du parti a qualifié de "brouillon" la proposition de loi.
Pour la quatrième fois, le parlement du Zimbabwe a ajourné le débat sur le projet de loi controversé au milieu d'une critique internationale croissante à l'endroit du président Robert Mugabe.
Le projet de loi sur l'accès à l'information et sur la protection de la vie privée rendrait illégal le travail des journalistes sans l'autorisation de l'Etat et interdirait aux correspondants étrangers d'exercer leur métier au Zimbabwe.
Alors qu'une clause considérant comme un crime toute critique à l'endroit du président Mugabe a été supprimée, une autre loi également controversée, la Loi sur l'ordre public et la sécurité, la rend illégale.
Si tout avait marché dans le parti au pouvoir, le projet de loi sur les médias aurait été adopté depuis environ deux semaines. Mais la pierre d'achoppement décisive a été la Commission des lois du parlement comprenant deux députés du parti au pouvoir et un membre de l'opposition.
Eddison Zvobgo, un politicien pur et dur qui a été limogé du cabinet de Mugabe l'année dernière, préside la comission. Pour justifier le retard dans la présentation du projet de loi, le ministre de la Justice Patrick Chinamasa en a rejeté la responsabilité sur la commission, prétendant qu'elle prenait son temps et qu'elle "exerçait un chantage sur cette chambre".
Peu disposé à accepter la critique, Zvobgo a renvoyé la responsabilité à celui à qui elle incombe, selon lui. "C'est malheureux que le ministre ait fait la déclaration qu'il a faite. Les membres sont tout à fait conscients du chaos provoqué par le gouvernement, par le ministre, en élaborant ce projet de loi".
"C'est le ministre qui a exercé un chantage sur cette chambre par son incapacité à élaborer beaucoup plus clairement ce projet de loi", poursuit Zvobgo, un avocat respecté, au milieu des applaudissements frénétiques des députés de l'opposition.
Le combat qui oppose Zvobgo d'une part, et le ministre de l'Information Jonathan Moyo ainsi que Chinamasa d'autre part, témoigne d'un mécontentement au sein du parti au pouvoir.
Même si à la fin, certains députés du parti au pouvoir votent conformément à la ligne du parti, en privé, d'autres ne soutiennent pas la proposition de loi.
Ils la considèrent comme une loi conçue par le ministre de l'Information Moyo pour régler des comptes personnels à certains journalistes indépendants. "Le projet de loi est embarrassant pour nous", déclare un député du ZANU-PF (parti au pouvoir).
Le projet de loi sera présenté mardi dans un climat de malaise croissant au sein du parti au pouvoir et des députés de l'opposition.
"C'est la loi la plus répressive que j'aie jamais vue", affirme Tendai Biti, un député de l'opposition. "Elle n'a pu être conçue qu'en enfer".
Selon la loi, un journaliste travaillant pour un média qui n'est pas enregistré auprès du ministère de l'Information, commettrait un délit pénal.
Tous les organes de presse devront déposer une demande d'enregistrement auprès du ministère qui dispose d'un pouvoir discrétionnaire pour délivrer à qui il veut une autorisation de travailler dans le pays.
Ceux qui violent la loi risquent une amende n'excédant pas 18.000 dollars US (100.000 dollars zimbabwéens) ou jusqu'à deux ans de prison.
Tout organe employant des journalistes non enregistrés — conformément aux accréditations controversées d'un an renouvelable – perdra ses accréditations et son équipement sera saisi.
Selon les syndicats des médias du Zimbabwe, les lois proposées sont draconiennes et ils ignoreront.
Le ministre de l'Information affirme que le projet de loi mettrait un terme aux mensonges racontés par les correspondants étrangers sur le Zimbabwe.
Jeudi dernier, le quotidien d'Etat, "The Herald", a déclaré que des journalistes du "Daily Telegraph", du "Guardian" du "Economist" de Grande-Bretagne et ceux du "Sunday Times" d'Afrique du Sud se sont infiltrés dans le pays comme touristes.
Les journalistes ont été accusés d'enfreindre les règlements obligeant les reporters étrangers à demander une permission un mois avant de visiter le Zimbabwe. Le visa a presque toujours été refusé. Trois correspondants ont été expulsés l'année dernière et la "British Broadcasting Corporation" (BBC) est interdite.
"Notre filet est en train de se refermer sur eux et nous devrions être en mesure de les attraper tous avant la fin de la journée (jeudi)", indique le journal, citant George Charamba, secrétaire permanent au département de l'information.
Des analystes croient que les restrictions sur les médias visent à masquer les allégations de campagne violente à la veille de l'élection présidentielle prévue les 9 et 10 mars.

