GENEVE, 6 oct. (IPS) – Les pays du sud ont persuadé une agence des
Nations
Unies à examiner les compagnies de transport aérien du monde en
adoptant un
point de vue sudiste.
Plusieurs pays du sud, notamment les îles ou les nations
enclavées,
perçoivent le transport aérien comme étant le canot de sauvetage
pouvant les
sortir de leur existence marginale et assurer le développement de
leur
tourisme, ont affirmé les experts lors de leur réunion à Genève la
semaine
dernière.
La libéralisation du transport aérien (l'approche des 'ciels
ouverts')
figure en tête de la liste que l'Organisation mondiale du
commerce (OMC) a
apprêtée pour le secteur des services. Cette liste fera l'objet
d'une
négociation en l'an 2000.
Les pays en développement doivent "débattre des questions sur
lesquelles
porteront ces négociations, afin de déterminer leur position", a
annoncé
Frederico Cuello, sous secrétaire technique à la présidence de la
République
dominicaine.
Autrement, "nous irons aux négociations en l'an 2000 en essayant
de
résister à tout parce que nous ne comprenons pas de quoi il
s'agit", a-t-il
expliqué.
Lors des négociations commerciales multilatérales de l'Uruguay
Round, entre
1986 et 1994, "nous n'étions pas vraiment préparés, et très peu
de pays ont
suivi cela de façon adéquate", a rappelé Cuello.
Actuellement, la Conférence des Nations Unies pour le commerce et
le
développement (CNUCED) se chargera de clarifier les questions
relatives aux
services de transport aérien pour définir la position des nations
en
développement lors de ces négociations en l'an 2000.
"La CNUCED doit jouer un rôle fondamental pour s'assurer que les
nations
en développement seront bien informées avant d'atteindre le stade
de prise
de décision", a affirmé Cuello.
La politique des 'ciels ouverts' profitera plus aux pays en
développement
qu'aux pays industrialisés, à cause de ses répercussions sur le
tourisme, a
estimé François Vellas, professeur à l'université de Toulouse,
France.
Les nations industrialisées du Nord ont certaines réserves vis-à-
vis de la
dérégulation totale du transport aérien "car leurs grands marchés
intérieurs doivent être protégés", a expliqué Vellas.
En plus, il y a aussi eu des désaccords entre les pays du nord,
parce que
les accords d'ouverture des ciels proposés par les Etats-Unis ne
sont pas
entièrement acceptables pour l'Union européenne, a précisé Vellas
devant la
CNUCED.
Le poids des compagnies aériennes américaines, dont les flottes
atteignent
500 à 600 avions, dépasse celui des compagnies européennes car
rares sont
les groupes ayant 100 avions ; même, les plus grandes compagnies
n'ont pas
300 avions.
Par ailleurs, les pays en développement ont une performance
extrêmement
minable, par rapport à ces chiffres, car la flotte aérienne de
leurs
compagnies compte rarement plus de dix avions.
Une réunion des experts du tourisme organisée par la CNUCED en
juin a
examiné les deux approches principales pouvant servir le sud : des
vols
réguliers et darters. Les organisateurs d'excursion préfèrent les
charters.
Les experts ont conclu que les pays en développement sont dans une
situation
vulnérable car les vols réguliers sont soumis aux accords
bilatéraux
relatifs aux droits de routage.
La détermination des routes ne se conforme pas nécessairement aux
besoins de
la fréquence, de la qualité et de la quantité des sièges dans le
secteur
touristique. Il y a une contradiction entre le transport aérien
des pays et
les politiques touristiques", a signalé Cuello.
Dans certaines nations en développement, les politiques de
transport aérien
sont incohérentes car, parfois, pour maximiser les recettes
fiscales,
certaines compagnies aériennes sont autorisées à contrôler
totalement
certaines routes.
Cependant, le besoin d'une plus grande fréquence des vols, de plus
de sièges
et la concurrence en matière de qualité, aurait pu faire plus de
concessions
sur certaines routes, surtout celles reliant les grandes villes.
Dans la République dominicaine, la ligne Saint Domingue-Miami est
pratiquement monopolisée par American Airlines, une compagnie
américaine, a
déclaré Cuello.
Par contre, les vols charters "sont exploités par les tours
opérateurs qui
en tirent d'énormes bénéfices et laissent très peu de gains aux
pays en
développement", a-t-il déploré.
Dans tous les cas, les vols charters jouent définitivement leur
rôle dans le
développement du tourisme des pays du sud. Par exemple, dans le
cas de la
République dominicaine, 80 pour cent des touristes vont à
l'intérieur du pays.
Les vols charters nous mettront sur la carte du tourisme mondial,
a reconnu
le fonctionnaire caribéen.
Au cours de la réunion de la CNUCED où l'étude du transport
commercial
aérien a été demandée à un groupe d'experts, les représentants
européens ont
fait des objections formelles afin de retarder la décision finale.
Les délégués des pays en développement ont estimé que cette
attitude était
due au fait que les Européens ont récemment libéralisé leur
transport
aérien au niveau régional. Cela signifie qu'ils aimeraient
observer le
processus d'adaptation au nouveau régime avant de faire face aux
négociations multilatérales.
Les Européens s'inquiètent également des conséquences d'une
éventuelle
dérégulation du secteur des vols charters "où ils sont
traditionnellement
très forts", a souligné Cuello.
Si l'OMC devait décréter une liberté totale de concurrence dans le
transport
aérien international, les touristes verraient que les prix des
billets
d'avion baisseraient de façon spectaculaire car ils ne feraient
plus l'objet
d'accords bilatéraux ou de systèmes rigides de détermination des
routes.
Les tarifs aériens absorbent la part du lion dans tous les
programmes
touristiques. Doreen Owuwu-Fianko, directrice exécutive de
l'office ghanéen
du tourisme, a dit que tous les prestataires de services
touristiques, y
compris les compagnies aériennes, doivent contribuer à la
réduction du coût
du produit.
Suite à ce débat organisé par la CNUCED, "nous aurons une vision
claire"
sur toutes les conséquences auxquelles les pays en développement
feraient
face dans la négociation multilatérale de la question du transport
aérien au
sein de l'OMC, a conclu Cuello.

