WASHINGTO, 29 sept. (IPS) – L'économie mondiale est "dans le
pétrin",
mais ce n'est pas la faute du Fonds monétaire international (FMI),
déclare
un haut responsable du Fonds.
Au contraire, les pays ont fait rejaillir sur eux-mêmes la ruine
financière
de l'année dernière qui a été stimulée par les sorties rapides de
capitaux
flottants, a expliqué un fonctionnaire qui n'a pas voulu être
identifié.
Il faut trouver des moyens pour "civiliser les marchés
financiers", mais
le fonds est resté fidèle aux propositions controversées relatives
à la
poursuite de la "libéralisation des comptes de capitaux" dans
les pays
débiteurs", a-t-il dit.
Lors d'une interview accordée aux reporters jeudi, en prélude aux
53èmes
réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale, le
fonctionnaire a
indiqué que les questions relatives à la libéralisation des
investissements
seraient inscrites au premier point de l'ordre du jour de la
rencontre des
ministres des Finances, prévue du 29 septembre au 8 octobre.
Le Fonds a "fait un grand effort . . . pour expliquer aux pays
qu'ils
gagneront plus qu'ils ne perdront en ouvrant des comptes de
capitaux, pourvu
qu'ils fassent le ménage chez eux", a-t-il expliqué.
Cependant, "c'est le genre de messages que les pays n'acceptent
fréquemment
qu'à moitié. Ils prennent les choses attrayantes et attirent des
capitaux.
Mais, lorsqu'il s'agit de la discipline liée à ces choses, ils ont
tendance
à vous dire 'manana' ou 'boukra"', a-t-il ajouté en utilisant
l'équivalent
du mot 'demain' en espagnol et en arabe.
Il a ensuite défendu son agence contre les critiques qui ont
soutenu que le
Fonds a violé les Articles de Convention qui le fondent, en
prônant la
libéralisation et en tentant d'amender ce document pour balayer
l'obligation
de contrôle des investissements afin de protéger les pays contre
les ravages
de la fuite des capitaux.
Les gestionnaires du FMI, poussés par les Etats-Unis et d'autres
importants
actionnaires, ont insisté sur l'amendement des Articles fondateurs
de
l'agence, qui feraient de la promotion des marchés ouverts de
capitaux l'un
de ses objectifs fondamentaux. Cela lui donnerait une base
juridique pour
faire avec les systèmes financiers de ses membres ce qu'elle
devait faire
depuis sa création avec leur devise et leurs régimes commerciaux.
Cependant, conformément à l'article VI du document fondateur du
fonds,
approuvé en 1944 et mis en vigueur dès l'année suivante, les
"membres du
FMI peuvent exercer les contrôles nécessaires à la régulation des
mouvements
des capitaux internationaux". Par ailleurs, le Fonds "peut
demander à un
membre d'exercer des contrôles pour éviter" que ses ressources ne
soient
utilisées pour faire face à la sortie "massive ou durable" de
capitaux. Il
peut même suspendre les membres s'ils refusent.
"L'article VI recommande au FMI de soutenir les politiques
nationales. Le
directeur général du FMI, Michel Camdessus est chargé de soutenir
ces
politiques. Malheureusement, ce soutien est ignoré", a déploré
John
Eatwell, économiste à Cambridge University et régulateur des
valeurs
mobilières britanniques. avid Felix, professeur émérite à
Washington University, est récemment allé
plus loin, en disant dans un essai que le fonds a abandonné ses
membres au
profit des spéculateurs financiers.
Les fondateurs du FMI "ont estimé que la dynamique des marchés
financiers
internationaux dérégulés, tend inexorablement à dominer la
spéculation à
court terme et à accroître l'instabilité financière". Elle a
instauré les
contrôles de capitaux dans le système pour protéger les économies
nationales, a expliqué Felix. "Par contre, l'actuelle politique
perçoit
l'accroissement des capitaux flottants comme le moyen dont se
servent les
marchés financiers pour purger les pays ayant des politiques et
des
pratiques économiques 'malsaines"'.
En modifiant les articles de la convention, le FMI balaierait
l'article VI
une fois pour de bon, a signalé Eatwell la semaine dernière lors
d'une
visite à Washington.
"Il a tort", a rétorqué le haut fonctionnaire du FMI jeudi.
"Nous ne
cherchons pas à ce stade un amendement pour nous débarrasser de
l'article
VI". Au contraire, le personnel du Fonds apprête un amendement de
l'article
I" qui définit les principaux objectifs du Fonds.
Un tel amendement ôterait aux pays le droit de sortir du processus
de
libéralisation. Telle était la crainte de certains responsables
des pays en
développement, car l'article 1 contient l'instruction selon
laquelle "le
Fonds sera guidé dans toutes ses politiques et décisions par les
objectifs
fixés dans cet Article".
Le Fonds a officiellement minimisé toutes ces craintes en
soulignant
l'engagement de l'agence vis-à-vis d'une libéralisation "ordonnée
et bien
programmée" des comptes de capitaux. "C'est la philosophie de
nos efforts
actuels, et je dois dire que cette philosophie est partagée par
l'immense
majorité de nos membres", a-t-il précisé.
Il y a toutefois "une poignée de pays, voire moins d'une poignée
de pays,
qui ont un point de vue légèrement différent et qui pourraient
être tentés
de choisir des options unilatérales dans ce domaine".
Les fonctionnaires du fonds sont critiqués par certains pays en
développement qui leur reprochent de les exposer aux 'capitaux
flottants'.
Ils reçoivent également des pressions de la part des Etats-Unis et
d'autres
grandes puissances financières qui leur demandent d'accélérer la
libéralisation des marchés de capitaux. L'année dernière, ils ont
mis un
accent particulier sur la poursuite de la libéralisation de façon
progressive et bien réfléchie.
"Etant donné que le rythme du renforcement des secteurs
financiers a des
limites, les décideurs ont besoin d'entreprendre une ouverture
ordonnée de
leurs systèmes financiers. Ils peuvent aussi examiner l'imposition
de
mesures temporaires pour restreindre certains types d'influx", a
dit le
fonds dans un rapport rendu public mardi.
Certains observateurs ont salué cette déclaration comme étant une
indication
claire selon laquelle le FMI a changé de position, et est prêt à
laisser les
pays dicter leur propre rythme. Cependant, d'autres ont estimé que
cela
n'offre que la liberté de rythme et non de direction.

