MEDIA: Un Journaliste Plaide Coupable Après Avoir Exposé Une Multinationale.

WASHINGTON, 25 sept. (IPS) – Après avoir révélé les présumées
pratiques
illégales de Chiquita Brands International Inc. en Amérique
centrale et aux
Caraïbes, un reporter a reconnu sa culpabilité dans une affaire
d'interception des communications internes de l'entreprise.

Cependant, Michael Gallagher a refusé de mettre fin à son silence
sur cette
affaire qui a beaucoup embarrassé Chiquita, la deuxième plus
grande société
mondiale de banane, et le 'Cincinnati Enquirer' qui a d'abord
publié les
articles de Gallagher avant de demander des excuses.
Gallagher, désormais passible d'une peine d'emprisonnement de près
de 30
mois, a accepté de coopérer avec une équipe chargée de faire des
investigations sur la façon dont 2000 messages oraux ont été
obtenus de
Cincinnati, une grande entreprise installée à Ohio, a annoncé
jeudi Perry
Anconale, juge du comté.
Chiquita est la descendance directe de United Fruit Co. dont
l'influence sur
les gouvernements de l'Amérique centrale, a donné lieu au début de
ce siècle
au terme de la "République bannière". L'entreprise, dirigée par
le
milliardaire Carl Lindner depuis 1984, a affirmé que la
reconnaissance par
Gallagher de sa culpabilité représentait un "événement important
pour tous
les citoyens et les organisations qui se préoccupent du caractère
privé de
leurs communications personnelles".
L'entreprise n'a pas parlé de l'essentiel des accusations
contenues dans ses
premiers articles, sous prétexte qu'elles font l'objet d'une
investigation
actuellement menée par la commission américaine chargée des
valeurs
mobilières et des devises (SEC). Chiquita a soutenu pendant
longtemps
qu'elle se conforme à toutes les lois dans ses opérations d'outre-
mer.
Les articles de Gallagher, qui reposaient plus sur des documents
concrets
que sur les messages oraux, ont dénoncé une série d'abus commis
par
Chiquita. Ces pratiques comprenaient la corruption, la création de
corporations factices pour éviter les lois locales sur les
propriétés
foncières, les pratiques dangereuses de pulvérisation dans ces
plantations
de bananes en Colombie, Equateur, Honduras et dans d'autres pays
de la
région du bassin caraïbe.
"Chiquita a fait tout le possible pour détourner l'attention de
la
substance de l'histoire relative à la façon dont certaines
informations ont
été obtenues", a fait remarquer Larry Birns, directeur du conseil
des
affaires hémisphériques de Washington. Birns, qui a été très
critique
vis-à-vis de l'entreprise, a obtenu certains des messages verbaux
de
Gallagher lorsque ce dernier préparait ses articles.
"Elle n'a pas vraiment nié la véracité de ce qui a été dit dans
l'histoire,
et maintenant que la question des messages téléphoniques a été
résolue, la
presse fera certainement attention à l'histoire réelle concernant
la façon
dont l'entreprise a dépensé des millions de dollars pour corrompre
des
responsables de toute la région et faire un trafic d'influence à
Washington", a-t-il dit.
"C'est mauvais d'écouter des messages téléphoniques", a observé
Jim
Naus de Fairness and Accuracy in Reporting (FAIR), un observatoire
de
la presse. "Mais, si c'est vrai, le comportement décrit dans les
histoires
elles-mêmes, est plus grave".
Cette affaire a suscité une grande sensation dans les milieux des
journalistes locaux, tout simplement à cause de la façon
spectaculaire dont
le 'Enquirer' a répudié une histoire dans laquelle il avait
investi des
dizaines de milliers de dollars ainsi que les talents et
l'expérience de son
plus grand journaliste d'investigation. Les articles ont également
été
contrôlés par des avocats du journal et la chaîne Gannett avant
d'être publiés.
Cependant, moins de deux mois après la publication de l'histoire,
le
'Enquirer' a renvoyé Gallagher, il a écrit une excuse en grands
caractères
sur la manchette du journal, il a accepté de payer à Chiquita
près de 15
millions de dollars et a refusé de répondre à des questions
relatives à la
précision des histoires elles-mêmes. Gannett, le propriétaire de
'USA Today'
et de plusieurs autres publications, a retiré l'article de toutes
ses
médiathèques.
L'excuse de 'Enquirer' indiquait que Gallagher avait dit aux
rédacteurs du
journal qu'il avait obtenu les copies des messages téléphoniques
de la part
d'un haut responsable de l'entreprise. "Le 'Enquirer est
désormais
convaincu que les accusations soulevées par les articles . . . ont
suscité
une impression à fois fausse et trompeuse sur les pratiques
commerciales de
Chiquita", a écrit le journal.
La capitulation du journal a choqué les professionnels de la
presse et les
critiques. "C'est une démarcation frappante vis-à-vis de
l'ancienne
pratique et cela signifie que le journal est plus préoccupé par
les
considérations financières (d'un éventuel procès) que par la
vérité ou les
lacunes du travail initial", a dit à 'Newsday' (un important
journal de
Long Island, New York) Bill Kovach, conservateur de la
prestigieuse
fondation Nieman de la Havard University.
Lindner, un célèbre collaborateur controversé des partis
républicain et
démocrate, était aussi le deuxième plus grand actionnaire de
Gannett et le
propriétaire du journal 'Enquirer' jusqu'en 1985, après avoir
échoué dans sa
tentative de domination de l'entreprise. Cette tentative a suscité
des
spéculations selon lesquelles sa force de négociation a dû être
particulièrement contraignante.
Chiquita a également intenté un procès à Gallagher pour
diffamation,
contravention et écoute illégale de communications téléphoniques.
C'était
apparemment une façon de l'obliger à retourner les messages
enregistrés.
L'entreprise serait particulièrement préoccupée par l'éventuelle
utilisation
des cassettes par d'autres personnes.
Ernst Stalinski, un agent de Fyffes, une société irlandaise
d'exportation de
fruits, a un procès contre Chiquita qu'il accuse d'avoir engagé la
police
hondurienne pour le kidnapper afin de l'empêcher d'acheter des
bananes.
Gallagher aurait permis à l'avocat de Stalinski d'écouter
certaines des
communications qui auraient pu être pertinentes dans son procès.
D'autres messages peuvent être pertinents dans le procès que
l'actionnaire
intente à la direction à cause de ses présumées augmentations
artificielles
des recettes de Chiquita" et des éventuelles actions des sociétés
de
bananes et de leurporters locaux et européens.
Selon Birns, la compagnie ne doit pas avoir peur du gouvernement
hondurien
dont les lois, selon les rapports de Gallagher, ont été
systématiquement
violées par Chiquita. Après que le ministre hondurien des Affaires
étrangères a demandé à Birns des copies des messages téléphoniques
qu'il
avait obtenus de Gallagher en décembre dernier, il les a remis à
un haut
responsable d'une ambassade de la place. "En l'espace de 20
minutes, les
avocats de Chiquita les ont reçus à Washington", a signalé Birns.
Birns a cité un rapport publié par le procureur général du
Honduras qui a
dénoncé la culture envahissante du Honduras qui "autorise les
multinationales à soudoyer facilement les employés de l'Etat".
"Dans le rapport annuel sur la corruption des gouvernements qu'il
a publié
au début de cette semaine, Transparency International a révélé que
les
entreprises internationales ont estimé que le Honduras est le
deuxième pays
le plus corrompu de l'Amérique latine et le troisième pays le plus
corrompu
au monde.