WASHINGTO, 15 sept. (IPS) – Le Fonds monétaire international a
prêté
d'importantes sommes aux Etats membres en difficulté, bien que son
image de
marque ait pris un coup.
La dernière année budgétaire a été "d'une importance capitale"
pour le
FMI, a estimé le premier directeur général adjoint, Stanley
Fischer.
Cependant, "il n'y a nul doute que l'image de marque du fonds
n'est pas
aussi bonne qu'elle devrait l'être".
Au cours des douze mois qui se sont écoulés le 30 avril dernier,
une grave
catastrophe financière a éclaté en Thaïlande et s'est répandue
vers ses
voisins asiatiques avant de commencer à toucher d'autres régions.
L'aggravation de la crise "a dominé les travaux du FMI . . . en
prenant un
temps sans précédent" et en entraînant un taux record de prêt,
indique le
dernier rapport annuel de l'agence rendu public dimanche dernier.
Le créancier mondial du dernier recours s'est engagé à accorder
des prêts
d'un montant de 43 milliards de dollars, et a effectivement
déboursé 26
milliards, près du quadruple de ce qu'il avait dépensé au cours de
la
précédente année budgétaire, souligne le rapport.
Onze milliards de dollars supplémentaires ont été dépensés entre
mai et août
1998. 10 autres milliards ont été promis, selon Fischer. En
conséquence, il
explique que "les ressources actuelles du fonds sont limitées à
tel point
qu'elles ne permettront pas éventuellement d'accroître la
confiance" que
les gens ont dans le système financier international.
Un projet d'accroissement des capitaux du FMI est bloqué au niveau
du
Congrès américain. Le Sénat a approuvé l'augmentation des 'quotas'
ou des
droits d'adhésion de Washington, mais une commission clé de la
Chambre des
représentants a voté contre cette augmentation la semaine
dernière.
Les membres de la Chambre opposés à l'augmentation du quota font
allusion
aux critiques généralisées selon lesquelles le FMI n'a pas su
prévoir la
crise asiatique, il n'a pas non plus pu l'empêcher de se répandre.
Il a
peut-être attisé ses flammes en insistant sur des mesures
déflationnistes
malgré les signes de récession imminente. Le rôle de l'agence en
Russie, le
dernier domino économique à chuter, est également critiqué.
Avant que le FMI n'accroisse ses capitaux, il faut que la mesure
soit
ratifiée par les pays détenant au total 85 pour cent des votes
dans
l'institution financière internationale. "Nous ne pourrions pas
le faire
sans les Etats-Unis" qui ont un enjeu de 18 pour cent dans
l'organisation,
précise Fischer.
Le deuxième responsable du FMI révèle que l'agence doit encore
prêter cinq
milliards de dollars dans ses ressources régulières avant que les
ressources
n'atteignent le niveau que les Etats membres jugeront
inacceptables.
Les ressources utilisables s'élèvent à environ 28 milliards de
dollars et 23
milliards de dollars doivent être gardés sous forme de liquidité.
"Le FMI
est une banque", rappelle Fischer. "Nous avons besoin de garder
des
liquidités au cas où un membre voudra faire un retrait" sur ses
épargnes.
"Nous pourrions temporair aller plus bas que le niveau de
liquidité
requis, seulement si nous savions que des ressources
supplémentaires
seraient bientôt disponibles", ajoute-t-il.
Entre temps, le Fonds pourrait collecter 15 milliards de dollars
grâce à ces
'accords généraux d'emprunt', estime Fischer. C'est une ligne de
crédit des
membres riches, dont l'agence s'était servie en 1978 pour aider
Washington à
stabiliser le dollar U.S. En juillet dernier, elle a également
servi à
soutenir vainement le rouble russe.
Il refuse d'examiner des plans spécifiques si l'augmentation du
quota ne se
matérialise pas dans un avenir proche. Ces plans (ou options)
incluent la
vente d'une partie des réserves d'or du Fonds dont le cours actuel
est
estimé à 32 milliards de dollars. Autrement, selon un récent
rapport du
Congrès, le FMI pourrait emprunter près de 60 milliards de dollars
sur les
marchés de capitaux.
"Nous n'allons pas opérer d'une façon qui expose le capital de
nos
actionnaires au risque", réagit Fischer face à l'idée de vendre
les
réserves d'or. Quant à la décision de se tourner vers des marchés
privés,
"ce n'est pas une petite décision" car elle changerait
fondamentalement le
système économique mondial qui a reposé jusqu'à présent sur le
principe de
la coopération entre les gouvernements.
"Ce n'est pas le moment de préconiser des solutions
hypothétiques",
prévient-il.
Les finances du FMI domineront certainement les discussions
lorsque ses
gouverneurs se rencontreront ici à la fin du mois pour leurs
réunions
annuelles. Un autre point important de l'ordre du jour concernera
les
projets d'amendement des articles faisant de la libéralisation des
flux de
capitaux l'un des objectifs de l'agence.
L'idée de l'amendement prenait de l'ampleur, mais actuellement
elle fait
l'objet d'un nouveau débat après une année tumultueuse où les
investisseurs
privés ont été carrément accusés d'avoir déclenché et attisé le
feu du chaos
financier dans le monde.
"Il y a un débat fondamental consistant à savoir si la libre
circulation
des capitaux est une bonne idée", signale Fischer. "Ce n'est
pas clair si
la commission examinera cette question, à cause des controverses
suscitées
par la crise actuelle".
Cependant, il affirme que la crise elle-même justifie un projet
d'amendement
"qui ne sera pas une mesure désordonnée de libéralisation des
comptes de
capitaux, mais une façon de mettre de l'ordre dans ce processus".
Pour certains pays pauvres, les contrôles de capitaux "peuvent
très bien
être garantis", selon Fischer. Quand ces contrôles seront
facilités, le
processus devrait commencer avec des mesures à long terme (et non
à court
terme) telles les investissements étrangers directs dans les
usines locales.
Ces dernières mesures ont été prises dans les pays asiatiques qui
ont allégé
les restrictions sur les emprunts des banques étrangères et non
sur les
investissements directs, a-t-il dit avant de souligner que "nous
ne sommes
pas des avocats de la libéralisation rapide et aveugle des comptes
de
capitaux".
La crise mondiale stimule aussi le débat relatif à l'amélioration
de la gestion
et de 'l'architecture' de l'économie mondiale, reconnaît Fischer.
Mais, il
refuse d'en changer les architectes parmi lesquels figure le FMI.
Au cours de ces derniers mois,commentateurs ont préconisé un
nouveau
round des négociations pour remanier les grandes institutions de
l'économie
mondiale. Ces négociations suivraient le modèle des pourparlers
ayant
conduit à l'accord de Bretton Woods de 1944 (qui a créé le Fonds).
En
commentant ces suggestions, Fischer fait remarquer sèchement :
"Une
nouvelle conception des institutions de la base jusqu'au sommet
n'a pas
beaucoup de sens".

