ONU-LIBYE: La Grande-Bretagne Et les U.S.A. Concèdent Un Compromis Sur Le Procès De Lockerbie

NATIONS UNIE, 25 août (IPS) – A l'inverse de leur précédent
soutien pour
des sanctions à l'encontre de la Libye, les gouvernements
américain et
britannique ont annoncé cette semaine leur disponibilité à
examiner la
suspension d'un embargo des Nations Unies en échange d'un procès
de deux
Libyens, soupçonnés d'avoir organisé un attentat à la bombe, aux
Pays-Bas.

Les responsables des Nations Unies ont confirmé que les deux
gouvernements
ont contacté le secrétaire général, Koffi Annan, lundi pour lui
dire qu'ils
seraient d'accord pour les suspects, Abdul Basset al-Megrabi et
Lamin
Khalifa Fhimah, soient entendus par des juges écossais à la Cour
internationale de justice (C.I.J.) de la Haye, aux Pays-Bas.
"Les deux gouvernements ont demandé au secrétaire général
d'envoyer une
correspondance au gouvernement libyen, et des ampliations à son
adjoint . .
.. en prenant soin d'expliquer la proposition américano-
britannique", a
confirmé le porte-parole des Nations Unies, Fred Eckhard.
"Il lui a également été notifié d'accorder au gouvernement libyen
toute
l'aide dont il aurait besoin pour effectuer les arrangements
nécessaires au
transfert physique des deux personnes accusées vers les Pays-
Bas", a ajouté
Eckhard.
La Libye n'avait pas encore réagi officiellement à la proposition.
C'est le
premier compromis fait par Washington et Londres sur le procès des
deux
suspects liés au bombardement du vol 103 de la compagnie Pan Am au-
dessus de
Lockerbie (Ecosse). 270 passagers avaient trouvé la mort dans ce
crash.
Cependant, la proposition est très semblable à une première
proposition
faite en mars par l'Organisation de l'unité africaine (OUA) et
approuvée par
la Libye. La proposition de mars avait été envoyée aux Nations
Unies par le
ministre zimbabwéen des Affaires étrangères, I.S.G. Mudenge. Elle
présentait
trois options pour le procès, y compris le jugement des suspects
"par des
juges écossais à la CIJ de la Haye, et ce, conformément à la
législation
écossaise".
O.U.A. et la ligue arabe ont fermement plaidé pour une sorte de
compromis
susceptible d'entraîner la levée de l'embargo aérien et des
sanctions
imposées aux raffineries libyennes de pétrole par le conseil de
sécurité des
Nations Unies en 1992. Pendant des années, la Grande-Bretagne et
les
Etats-Unis – deux pays détenant le droit de veto au sein de ce
conseil de 15
nations – se sont opposés aux diverses tentatives destinées à
lever les
sanctions en l'absence d'un procès des deux suspects dans
n'importe quel pays.
Les deux nations avaient également rejeté le compromis de l'O.U.A.
Au début
de cette année-ci, le secrétaire britannique chargé des Affaires
étrangères,
Robin Cook, a soutenu qu'un procès organisé à la Haye ne pourrait
pas se
dérouler suivant les principes proposés par l'O.U.A., car la
juridiction des
juges écossais ne s'étend pas au-delà du territoire écossais.
Cook a plutôt exhorté Annan à envoyer une équipe d'enquête en
Ecosse pour
voir si le déroulement du procès des deux ns dans ce pays serait
libre
et juste. Il a ainsi répondu à une importante plainte formulée par
la Libye
contre la remise des suspects aux autorités britanniques. L'équipe
a, en
fait, constaté la justesse du système judiciaire écossais, mais
Tripoli a
soutenu que la couverture des médias britanniques et américains,
ainsi que
l'imposition des sanctions elles-mêmes portaient déjà préjudice à
un
éventuel procès dans ce pays.
La nouvelle version du compromis de la Haye pourrait être une
tentative
destinée à voir si Tripoli a l'intention d'accepter la tenue du
procès
d'al-Megrabi et de Fhimah ou s'il joue tout simplement sur le
temps afin
d'ébranler le soutien apporté par certains pays pour maintenir les
sanctions.
L'ambassadeur britannique, Stephen Gomersall, a déclaré lundi
dernier
qu'étant donné que la Libye, l'O.U.A et la ligue arabe, avaient
toutes
plaidé pour le compromis, "la Libye n'a plus aucune raison de
retarder" la
remise des suspects.
Si la Libye devait accepter de remettre les deux hommes pour
qu'ils soient
jugés à la CIJ, les Etats-Unis seraient, selon Gomersall, préparés
à
soutenir "l'éventuelle suspension" des sanctions décrétées
contre la
Libye, grâce à une résolution du conseil de sécurité. La Libye a
demandé que
toutes les sanctions soient immédiatement levées au cas où les
suspects
seraient remis aux autorités en vue de leur jugement.
Bien qu'un groupe de victimes britanniques, présidé par le docteur
Jim
Swire, ait accepté la proposition d'un jugement à la CIJ, et
envoyé une
délégation qui a rencontré le colonel Muammar Qaddafi en Lybie
afin
d'entériner le compromis, les groupes des victimes américaines se
sont
montrés réticents, face à un procès organisé sans l'Amérique ou la
Grande
Bretagne. "Ce compromis est une pente glissante", a dit à la
presse Daniel
Cohen dont la fille est morte lors du bombardement de la Pan Am.
Daniel fait
allusion à la proposition de la Haye.
Toutefois, Londres et Washington n'ont peut-être pas eu d'autres
choix que
le compromis. Au cours de ces derniers mois, les nations arabes et
africaines ont formulé un grand nombre de plaintes contre les
sanctions
libyennes. En outre, les responsables des Nations Unies ont
confirmé pendant
ce printemps que l'embargo était de moins en moins respecté dans
la région.
Les frustrations relatives aux sanctions imposées à l'Iraq,
l'impasse dans
laquelle se trouve le processus de paix au Moyen-Orient, ainsi que
les raids
américains effectués contre le Soudan et l'Afghanistan, ont
également
contribué à limiter le soutien accordé à ce que certains
diplomates
considèrent comme étant une tentative d'isolement et de
déstabilisation de
plusieurs Etats arabes.