DEVELOPPEMENT: La 'Bonne Gouvernance' Dissuade Les Crimes Contre L'Humanité.

BON, 14 juill. (IPS) – Au moment où la conférence des Nations
Unies sur
une future cour criminelle indépendante tire à sa fin à Rome, les
experts du
développement réunis à Bonn disent que la culture de la 'bonne
gouvernance'
peut prévenir des situations pouvant entraîner des crimes contre
l'humanité.

Dans un récent numéro du journal du développement 'Akzente', ils
(les
experts) estiment que ces crimes résultent de l'injustice sociale,
des
grandes disparités économiques et de la discrimination politique.
Toute aide
qui essaie de faire face aux besoins fondamentaux des pauvres sans
toucher
les causes profondes du sous développement, n'ira pas loin, disent-
ils.
"La bonne gouvernance est un préalable indispensable au
développement
durable", affirme Ricardo Gomez, haut fonctionnaire de l'agence
allemande
de coopération technique (GTZ), directeur de publication de
'akzente'.
"Le développement durable ne peut pas prospérer sans certaines
conditions
politiques et institutionnelles qui, au lieu de faire de
l'injustice sociale
et de l'exploitation, encouragent l'instauration des structures
qui
respectent les droits de l'homme et consolident l'état de droit
ainsi que le
renforcement d'une économie de marché à orientation sociale".
En gardant cela à l'esprit, l'Allemagne a élargi la sphère de sa
coopération
technique avec les pays d'Afrique, d'Asie et de l'Amérique latine.
L'Allemagne finance des projets de coopération technique au
Rwanda, en
Afrique du sud, au Guatemala, au Kirghizistan et au Vietnam.
L'agence
d'exécution est la GTZ dont le siège est à Eschborn, près de
Francfort.
Au Rwanda, le ministère allemand de la Coopération économique et
du
Développement (BMZ) aide à l'établissement des structures
judiciaires. Entre
500.000 et 800.000 Tutsis et Hutus modérés avaient été massacrés
par des
extrémistes hutus en 1994.
Plus de 130.000 personnes attendent d'être jugées dans un pays
désespérément
dépourvus de tous genres de ressources. Dans le cadre d'un
programme de 1,5
millions de dollars, 900 juges sont entrain d'être formés pour
mener à terme
les procès en instance tout en faisant prévaloir la justice. Près
de 120
d'entre eux travaillent dans 12 tribunaux où les personnes
soupçonnées de
génocide sont entendues.
Grâce aux programmes d'aide, soutenus par l'Allemagne et d'autres
nations
donatrices de l'Organisation pour la coopération et le
Développement
économique (OCDE), 400 procès de génocide avaient été clos en
février
dernier. Par contre, le Tribunal International pour le Rwanda,
dont le siège
est à Arusha, en Tanzanie, n'a pas encore prononcé un seul
jugement dans les
20 procès qu'il a entamés jusque là.
Un autre projet de bonne gouvernance, cofinancé par le BMZ et la
GTZ, est en
cours d'exécution en Afrique du sud. Cela aide les leaders
politiques du
pays dans leurs efforts de construction d'une société post-
apartheid basée
sur l'équité et la justice sociale.
Les autres efforts déployés par l'Allemagne établir et renforcer
les
structures de la bonne gouvernance, incluent les projets destiner
à
promouvoir la démocratisation, la décentralisation et la
modernisation des
administrations locales dans les provinces sud-africaines de
Mpumalanga et
de l'Est du cap.
Bonn soutient également un projet de 'coopération technique'
destiné à aider
la Commission guatémaltèque de vérité à effectuer des enquêtes sur
le
massacre de 200.000 civils victimes de la guerre de 36 ans qui a
opposé les
troupes gouvernementales aux guérillas de l'unité nationale
révolutionnaire
(URNG).
La commission a été créée à la suite du traité de paix entre le
gouvernement
guatémaltèque et l'URNG. Elle est présidée par Christian
Tomuschat,
directeur de l'institut du droit international et européen de
l'université
Humboldt de Berlin. Les Nations Unies avaient demandé à Tomuschat,
en
février 1997, d'aider à la création de la commission de vérité qui
est
financée par les nations donatrices occidentales.
"Notre objectif ne consiste pas à déclencher des sentiments de
vengeance,
mais de faire connaître la vérité et de créer, par-là même, les
bases de la
réconciliation des différents groupes sociaux", a déclaré
Tomuschat dans
'akzente'.
La bonne gouvernance a aussi une grande signification pour les
pays tels que
l'ancienne république soviétique du Kirghizistan, qui est en
transition
entre un système communiste et une économie de marché, souligne
Wolfgang
Koehler, spécialistes des questions de développement dans les
Etats d'Asie
centrale.
Un processus de réforme agressif, destiné à créer une économie de
marché et
à encourager la participation du peuple à la politique, a été
suivi d'un
déclin considérable de la production et de la hausse du chômage.
Pour aider le gouvernement du Kirghizistan à faire face à la
situation tout
en prenant conscience des questions sociales soulevées par les
réformes du
marché, le ministère allemand de la Coopération économique et du
Développement a accordé des fonds et une assistance technique
d'une valeur
de près de trois millions de dollars.
Environ 70 millions de dollars ont été mis de côté par le BMZ pour
soutenir
le processus de réforme économique et politique au Vietnam (pays
socialiste). Une nouvelle loi de coopération élaborée avec l'aide
des
experts allemands, représente l'épine dorsale des plans de
privatisation de
6.000 entreprises publiques par le gouvernement vietnamien.
L'institut central vietnamien de gestion économique (CIEM), créé
avec l'aide
de la GTZ, est aussi entrain de mettre au point une banque de
données
économiques. Actuellement, aucune donnée économique fiable n'est
disponible
sur le pays.
"Assez souvent, les économistes du CIEM sont obligés d'utiliser
leurs
contacts personnels avec les autorités douanières vietnamiennes
pour obtenir
des données pertinentes à inclure dans les rapports qu'ils ont
l'obligation
de soumettre au gouvernement", écrit le journaliste Jutta Lietsch
dans
'Akezente'.
Cependant, Gomez indique que l'apport de l'aide étrangère est
considérable.
Les impulsions fondamentales nécessaires à la bonne gouvernance
doivent
émaner de l'intérieur. "Nous ne pouvons jouer qu'un rôle
complémentaire",
précise-t-il.