WASHINGTO, 18 juin (IPS) – La déclaration universelle des droits
de l'homme
(DUDH) adoptée, il y a 50 ans, n'est plus "qu'une promesse
théorique"
pour l'humanité entière, selon le dernier rapport d'Amnesty
International
rendu public mercredi dernier.
Le rapport couvre la situation des droits de l'homme dans 141 pays
en 1997.
Il marque le 50ème anniversaire de la déclaration, adoptée par les
Nations
Unies le 10 décembre 1948, en faisant remarquer que sa promesse de
mettre
fin à la cruauté et à l'injustice est demeurée largement
insatisfaite.
En ce moment, son objectif consistant à assurer une vie décente à
tous, a
été menacé par la mondialisation et la violation des droits
économiques, a
révélé le rapport.
"Pour la plupart des gens, les droits stipulés dans la
déclaration
universelle sont un tout petit peu plus qu'une promesse théorique.
Une
promesse qui n'a pas été tenue pour 1,3 milliards de personnes qui
luttent
pour survivre avec moins d'un dollar américain par jour, pour les
35.000
enfants qui meurent quotidiennement de malnutrition et de maladies
pouvant
être prévenues, pour un milliard d'adultes, pour la plupart des
femmes qui
ne peuvent ni lire ni écrire, pour les prisonniers de conscience
qui
croupissent dans les prisons, dans toutes les régions du monde . .
. ", a
indiqué le rapport.
En se démarquant de façon significative de l'accent qui est
traditionnellement mis sur les droits politiques et civils,
Amnesty
International, le plus grand groupe de défense des droits de
l'homme dans le
monde, a fait remarquer que les droits socio-économiques et
culturels
doivent être mieux intégrés dans le mouvement mondial de défense
des droits
de l'homme.
"Toutes les formes de pauvreté sont une grave violation des
droits
économiques et sociaux inscrits dans la déclaration", a souligné
le
rapport. Il fait observer que les programmes d'ajustement
structurel en
vigueur dans les pays pauvres ainsi que la compétition
internationale pour
attirer les investisseurs, "ont accentué la marginalisation des
couches
pauvres et vulnérables, et contribué à d'autres violations des
droits de
l'homme".
Le rapport indique que Amnesty se concentrera désormais de façon
significative sur les institutions commerciales et économiques
telles que le
Fonds monétaire international (FMI) et l'Organisation Mondiale du
Commerce
(OMC) pour "s'assurer qu'ils prennent en compte les droits de
l'homme dans
leurs activités".
Dans une déclaration faite à l'issue de ce rapport de 395 pages,
le
directeur de la section américaine d'Amnesty, William Schulz, a
signalé que
la torture, les exactions de la police ou des autorités publiques
ont été
pratiquées dans près des deux tiers des pays du monde (117 en
tout) en 1997.
Le rapport s'est appesanti sur les exécutions extrajudiciaires
dans 55 pays
au cours de cette année-là, soit une hausse de près de 90 pour
cent par
rapport au nombre de pays dans lesquels ces exécutions avaient été
remarquées par Amnesty en 1991.
" Aujourd'hui, 50 ans après l'adoption de la déclaration
universelle des
droits demme conçue pour garantir des procès conformes et
protéger les
citoyens contre la violence des gouvernements, près d'un tiers des
pays du
monde continuent de tuer leurs propres citoyens sans inculpation
ou sans
organiser des procès justes ", a affirmé Schulz.
La pratique a été remarquée dans 31 pays de l'Afrique
subsaharienne, dans 28
pays européens, notamment dans les Balkans et les nouvelles
républiques de
l'ancienne Union soviétique, dans 22 nations asiatiques et dans 20
pays
américains. Parmi ces derniers, la Colombie est le pays où il y a
plus
d'exécutions et de 'disparitions'.
Le soutien tacite que les USA accordent aux forces armées
colombiennes et
autres, est l'une des trois principales histoires des droits de
l'homme qui
ont en général échappé à la loupe de la presse nationale en 1997,
a dit Schulz.
Au cours de ces dernières semaines, certains rapports ont signalé
la
participation des forces d'intervention spéciale américaines à la
formation
des forces militaires indonésiennes et colombiennes. "Ce sont
deux des
forces les plus notoires en matière de violation des droits de
l'homme".
"Amnesty International USA demande actuellement au Congrès
d'organiser des
auditions exhaustives pour déterminer le degré de participation
des forces
spéciales d'intervention américaines aux programmes de formation
dans le
monde. Cela fera que la collaboration américaine avec les
violateurs des
droits de l'homme ne fasse pas partie des histoires inédites des
droits de
l'homme l'année prochaine", a-t-il laissé entendre.
Les deux autres "histoires inédites" en 1997 étaient, selon
Schulz, la
persistance du 'système du goulag' dans l'ancienne Union
soviétique et la
"mort du soi-disant mythe des 'valeurs asiatiques"'. D'après ce
mythe, les
Asiatiques accordent une plus grande valeur aux intérêts de la
communauté
qu'aux droits individuels.
"Beaucoup ont de la peine à le croire", a-t-il dit, "mais
lorsqu'il
s'agit de la torture et des mauvais traitements infligés aux
prisonniers
russes par la police russe, les brimades sont relativement pires
qu'elles ne
l'étaient dans les anciennes républiques soviétiques. Les
organisations de
défense des droits de l'homme ont estimé que près de 10.000 à
20.000
prisonniers sont morts dans les prisons russes à cause des
flagellations, de
l'électrochoc, de la torture, du surpeuplement et du manque
d'accès aux
soins médicaux, a-t-il ajouté.
En ce qui concerne l'Asie, le renversement du président Suharto en
Indonésie, l'élection de l'ancien prisonnier volontaire d'Amnesty,
Kim Dae
Jung, à la présidence coréenne et l'écrasante victoire des parties
pro
démocratique à Hong Kong, ont permis de démontrer que la thèse des
valeurs
asiatiques est "une imposture, une diversion, un moyen cynique et
égoïste
conçu pour maintenir les tyrans au pouvoir", a annoncé Schulz.
De la même façon, la crise financière asiatique, notamment
l'ampleur de la
crise
indonésienne, a "complètement brisé un second mythe selon lequel
l'état de
l'économie asiatique n'avait rien à avoir avec les droits de
l'homme", a
expliqué Schulz.
"La chute des monnaies n'est pas seulement due aux mauvaises
décisions
commerciales ; elle est due au copinage et à la corruption . . . à
l'absence
d'une presse libre, capable de parls dures vérités économiques, au
manque d'une opposition politique susceptible de défier les
politiques du
gouvernement en place, à l'insatisfaction, au malaise et à la
rébellion
provoquée par la violation des droits de l'homme", a-t-il
observé.
Cette leçon devrait être prise au sérieux par le président
Clinton,
notamment lors de sa première visite officielle en Chine, à la fin
de ce
mois. De l'avis de Schulz, la façon dont Clinton gérera sa visite,
surtout
lors de son accueil officiel à Tienanmen Square, représentera un
"test pour
lui".
"Aller à Tienanmen (le théâtre de l'exécution d'une multitude
d'étudiants
contestataires en 1989) sans parler des droits de l'homme est tout
aussi
impensable que le fait (pour le président) d'aller à Robben
Island, là où
Mandela avait été emprisonné pendant plus de deux décennies, sans
parler de
l'apartheid.
Un second test de la politique désormais décevante de Clinton
sera, à en
croire Schulz, la position américaine lors des négociations
relatives à une
Cour Criminelle Internationale (CCI) qui a été inaugurée cette
semaine à Rome.
Jusqu'à présent, l'administration "jurait d'affaiblir ou de
briser la
Cour" en insistant que les cinq membres permanents du conseil de
sécurité
des Nations Unies aient le droit de veto sur ses travaux, a-t-il
rapporté.

