BENIN-POLITIQUE: Le grand banditisme monte sous les yeux impuissants des policiers.

COTONO, 03 juin (IPS) – La mort d'un policier, abattu la semaine
dernière
par des bandits armés au cours d'un hold-up dans une banque de
Cotonou, la
capitale du Bénin, confirme la poussée de la grande criminalité
dans ce
petit pays de l'Afrique de l'ouest. L'inaction de la police a été
une fois
de plus dénoncée par les populations.

Les malfrats, au nombre de quatre, ont opéré à visage découvert,
en fin de
matinée, dans une annexe de la Financial Bank située à Akpakpa, un
quartier
de la capitale économique béninoise. Ils ont emporté un butin
estimé à des
dizaines de millions de francs CFA, après avoir tué l'unique
policier en
fraction devant la banque.
Selon les agents de la banque, interrogés après l'opération par
la presse,
les malfrats étaient selon toute vraisemblance d'origine
nigériane, car leur
accent Yoruba (langue parlée au Nigeria et au Bénin) était
nigérian. Les
mêmes témoins ont affirmé que les bandits se sont enfuis en
prenant la
direction de Porto-Novo (sud-est du Bénin), qui mène également
vers le Nigeria.
Quatre jours après ce hold-up réussi, les bandits ont récidivé à
Parakou,
localité située au nord du Bénin, et ont réussi à arracher sur une
commerçante une somme importante, après avoir blessé dix
personnes dont six
citoyens nigériens.
La police béninoise appelée au secours, à plusieurs reprises
pendant
l'opération de la banque, n'aurait pas bougé, évoquant, selon la
presse
locale, un manque de moyens de déplacement ou de carburant.
La Financial Bank, située dans un quartier populaire de Cotonou,
n'est pas
pourtant isolée. A coté de l'institution financière, on compte
deux
carrefours où il y a toujours des policiers en fraction. De plus,
à moins
d'un kilomètre derrière la banque, se trouve le quartier général
des
célèbres CRS (Compagnie républicaine de sécurité).
Les vols à main armée accompagnés de meurtres sont de plus en plus
fréquents
à Cotonou et dans les autres grandes villes du Bénin depuis deux
ans
environ. Les citoyens et les étrangers résidents, tous des
victimes des
agressions, s'inquiètent de la montée de la criminalité et
s'indignent
devant l'absence ou l'inaction de la police locale.
" Nos policiers sont des gens lâches. Dès qu'ils sont en face
d'un danger,
ils s'enfuient. Ils ne sont forts que pour rançonner les
chauffeurs de taxi.
En face des bandits, ils deviennent inactifs", a affirmé Thierry
B.,
propriétaire d'une boutique d'alimentation à Cotonou.
Selon certains observateurs, l'inaction des policiers
s'expliquerait par le
fait que ces agents de sécurité sont démotivés pour ce genre
d'actions de
forces. De plus, leurs salaires ne sont pas assez conséquents pour
les
pousser à prendre des risques.
Quelque trois semaines avant les deux derniers hold-up à la banque
et à
Parakou, des bandits se sont introduit dans le domicile de M.
Théophile
N'Dah, alors ministre de l'Intérieur, chargé de la sécurité, lui-
même un
commissaire de police, pour voler “le salon de ses enfants”, selon
un
quotidien local qui a révélé l'information, précisant que la
maison était
pourtant “gardée en permanence” par des policiers.
L'année dernière, près d'une dizaine de vols à main armée
accompagnés ou
non de meurtres ont été commis dans la seule ville de Cotonou.
Plus de la
moitié de ces vols ont été commis à l'approche des fêtes de fin
d'année.
Pour plusieurs Béninois, ces exactions sont commises par les
citoyens
nigérians, dont certains bénéficieraient de la complicité des
béninois. Le
Nigeria et le Bénin ont une frontière commune, et sont également
liés par
leur appartenance à la Communauté économique des Etats de
l'Afrique de
l'ouest (CEDEAO). Cette institution sous régionale garantit la
libre
circulation des personnes et des biens.
La presse locale et l'opinion publique déplorent le caractère
“trop
perméable” des frontières béninoises et le quotidien
gouvernemental “La
Nation” estime que “L'Etat devrait tout de même revoir sa
politique dans le
domaine de l'immigration”.
Depuis les deux derniers coups de force des bandits, la police a
été
déployée à Cotonou et à l'intérieur du pays, afin de prévenir
d'éventuels
coups.