LOME, 5 sept. (IPS) – L'ulcère de Buruli, une maladie encore peu
connue, sème
la terreur en Afrique de l'Ouest, où les autorités et les
scientifiques se
mobilisent pour l'éradiquer.
Causée par une bactérie appelée 'Mycobactérium Ulcerans' proche de
l'agent
responsable de la tuberculose, cette maladie émergente s'observe
sous les
climats tropicaux et subtropicaux humides.
L'ulcère de Buruli qui s'apparente aussi à la lèpre, se manifeste
par des
plaies infectées et une décomposition des tissus. Elle attaque de
préférence
le visage, les membres et le buste. Cette maladie affecte
davantage les
enfants âgés de moins de 15 ans. Après la guérison, la
cicatrisation peut
limiter les mouvements des membres.
Les premiers cas de cette maladie qui frappe principalement les
enfants et
les femmes, ont été enregistrés en 1948 en Australie. Dans ce pays
d'Océanie, la maladie est connue sous l'appellation 'ulcère de
Bairnsdale'.
En 1960, les mêmes symptômes ont été signalés chez des personnes
vivant dans
la région de Buruli en Ouganda. Progressivement, l'ulcère de
Buruli s'est
répandu en Afrique, en particulier en Afrique occidentale.
Tous les pays de la côte ouest africaine sont affectés. Plus de
20.000 cas
ont déjà été recensés, dont la moitié en Côte d'Ivoire depuis
1978.
"Il y a 2.300 cas documentés au Bénin, répartis sur 4
départements du
pays", déclare le Directeur de la Protection Sanitaire du Bénin,
le
Docteur Antonin Hassan.
Au Togo voisin, la maladie a été découverte en 1995. Selon le
Professeur
James Denis Komlanvi, Doyen de la Faculté Mixte de Médecine et
Pharmacie à
l'Université du Bénin à Lomé, une enquête de prévalence basée
sur la
formation des enquêteurs constitués du personnel médical, a montré
des cas
en zone lagunaire en plus des autres zones endémiques.
Une autre enquête de prévalence réalisée grâce à un financement
de
l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) en Guinée, a recensé un
total
cumulé de 221 malades d'ulcère de Buruli.
Au Ghana où on dénombre plus d'un millier de malades, les premiers
cas
enregistrés remontent à 1972. "Depuis cette année, de nombreux
cas ont été
répertoriés dans plusieurs districts du Ghana, et ce n'est qu'en
1993 qu'il
y a eu une prise de conscience et une mobilisation de la
population et des
médias", affirme le Docteur George Amofa du Ghana.
La maladie est très contagieuse. Le Docteur Mario Raviglione,
coordonnateur
de l'équipe de recherche opérationnelle et épidémiologique des
maladies
infectieuses à l'OMS, explique un cas rencontré au Ghana, où une
fille de 14
ans qui avait l'infection au dos, l'a transmise à sa jeune sur de
2 ans
qu'elle portait au dos à la manière africaine.
Face à l'ampleur inquiétante que prend l'ulcère de Buruli, et au
regard de
l'impuissance de la communauté scientifique à lui trouver un
remède, l'OMS a
décidé "d'identifier les actions afin de trouver des voies et
moyens
pouvant résoudre ce problème.
"Nous avons déjà organisé deux réunions pour développer un guide
technique
pour assister les pays à lancer des programmes nationaux contre
cette
maladie", a déclaré le Docteur Eugène Nyarko de la Direction
Régionale de
l'OMS-Afrique, à l'occasion d'une rencontre tenue à Lomé au Togo,
le mois
dernier. La rencontre était consacrée à l'ulcère de Buruli.
"La rencontre de Lomé nous a permis de peaufiner les actions de
sensibilisation en faveur des populations", a indiqué le docteur
Napo
Tingoukpa, membre consultatif spécial de l'OMS pour l'ulcère de
Buruli au Togo.
Les progrès réalisés et les difficultés rencontrées dans la lutte
contre
l'ulcère de Buruli ont été passés en revue.
Au Ghana, le Ministre de la Santé a créé un comité de surveillance
épidémiologique pluridisciplinaire, dont un point saillant porte
sur
l'existence de l'ulcère de Buruli dans les 10 régions du pays.
Comme ailleurs en Afrique de l'Ouest, le Ghana connaît "une
défectuosit é de
l'équipement de laboratoire, une irrégularité des supervisions, et
un manque
de performance adéquate pour la réalisation des greffes au niveau
des
districts sanitaires", affirme le Dr Franck Bonsu, coordonnateur
de la
lutte contre l'ulcère de Buruli au Ghana.
La situation au Liberia, après la guerre, n'est point aisée pour
entreprendre une activité de lutte contre l'ulcère de Buruli,
déclare le
Docteur Freeman du programme de lutte contre cette maladie dans
ce pays
meurtri par plusieurs années de guerre civile. "Le Gouvernement,
confronté
à plusieurs priorités, ne peut même pas s'engager dans la lutte
contre la
tuberculose", regrette-t-il. Freeman souhaite que l'OMS envoie
des experts
au Liberia pour former des cliniciens sur place.
La réunion de Lomé a été précédée d'une autre tenue à
Yamoussoukro en Côte
d'Ivoire du 6 au 8 juillet 1998. A l'issue de cette conférence qui
s'inscrivait dans le cadre de "l'initiative mondiale sur l'ulcère
de
Buruli" lancée par l'OMS, les représentants d'une vingtaine de
pays se sont
engagés à lutter contre la maladie.
L'initiative de l'OMS préconise un engagement international et des
ressources financières accrues, l'établissement de partenariats
avec des
Organisations non – gouvernementales (ONG), afin d'aider les pays
victimes
de l'endémie à lutter contre ce mal.
En Afrique, les pays affectés sont l'Angola, le Bénin, le
Cameroun, le
Congo, la Côte d'Ivoire, le Gabon, le Ghana, la Guinée, le
Liberia,
l'Ouganda, la République Démocratique du Congo, la Sierra Leone,
le Soudan
et le Togo.
"Les pays les plus touchés se retrouvent en Afrique occidentale
et
centrale", affirme le Docteur Nyarko.

