MBABANE, 27 sept. (IPS) – Une nouvelle loi visant à apaiser les
longues
tensions ouvrières au Swaziland a, paradoxalement, déclenché la
plus grave
crise ouvrière du pays depuis des années et a mis ce petit royaume
sur une
corde raide, au point de vue économique.
La vague d'agitation ouvrière, qui pourrait se terminer par un
arrêt de
travail sur toute l'étendue du territoire, est le résultat de
contradictions
entre le style occidental du pays et les systèmes traditionnels de
gouvernance africaine.
Au cur de ce problème se trouve une nouvelle Loi en matière de
Relations
Ouvrières. Cette loi a été votée par le parlement en début
d'année, mais
elle a été amendée plus tard par le Conseil National du Swaziland,
un groupe
consultatif traditionnel de la Couronne.
De nouvelles clauses controversées contenues dans la Loi rendent
les
travailleurs responsables des pertes causées par l'action
ouvrière, et
autorisent le roi à dépêcher des 'émissaires" munis des pouvoirs
de
directeurs exécutifs dans les entreprises gérées par des privés.
La Fédération des Syndicats du Swaziland (SFTU) et l'Organisation
Internationale du Travail (OIT) ont toutes deux rejeté la loi
amendée
qu'elles ont qualifiée de restrictive, poussant les Etats Unis à
envisager
des sanctions commerciales contre le pays.
Le 29 septembre, le Bureau du représentant américain du commerce
décidera
s'il devra ou non écarter le Swaziland du Système de Préférences
Généralisées (SPG), un pacte commercial fondamental qui permet aux
pays en
développement d'exporter toute une gamme de produits aux Etats
Unis à des
tarifs réduits.
Le Swaziland exporte annuellement 20.000 tonnes de sucre sur les
marchés
américains dans le cadre du taux de quota de tarifs du SPG, et les
analystes
disent que son exclusion du pacte aurait des conséquences néfastes
pour son
économie déjà en difficulté.
L'industrie sucrière est la principale source de devises
étrangères du
Swaziland et le deuxième plus grand pourvoyeur d'emplois après le
gouvernement.
De plus, le retrait de son statut du SPG rendrait le Swaziland
inéligible
pour l'obtention d'avantages commerciaux étendus que les Etats
Unis offrent
dans le cadre de l'Acte d'Opportunité et de Croissance en Afrique
voté
récemment.
"Il y aura certainement des répercussions brutales ou des effets
multiplicateurs, dont l'impact final sera dévastateur non
seulement pour
l'industrie sucrière, mais également pour toute l'économie", a
déclaré Alan
Mkhonto, l'administrateur général de l'association.
Comme les perspectives des sanctions américaines s'amplifiaient la
semaine
dernière, la SFTU a organisé une série de marches de protestation
et de
manifestations pour obliger le gouvernement à annuler les
amendements à
l'acte afin d'éviter les sanctions.
Le 28 septembre, il est prévu un arrêt de travail dans tout le
pays sous la
supervision de la fédération, dans un ultime effort visant à
obliger le
gouvernement à annuler les amendements législatifs.
"Nous donnons au gouvernement jusqu'à mardi pour annuler les
amendements.
S'il ne le fait pas, nous lancerons un appel à une grève le
vendredi", a
indiqué à IPS Jan Sithole, le Secrétaire Général de la SFTU.
Les employeurs des principales organisations commerciales du pays –
la
Chambre de Commerce et d'Industrie du Swaziland, et la Fédération
des
Employeurs du Swaziland, ont pendant ce temps eu des discussions
avec le
gouvernement pour le persuader d'annuler les amendements.
Toutefois, les analystes politiques ont dit que les organisations
faisaient
fausse route.
Un décret royal, pris il y a 27 ans, qui est toujours en vigueur,
interdit
la politique partisane, et confère tous les pouvoirs à la
monarchie –
judiciaire, législatif et exécutif – ce qui veut dire que c'est
seulement le
roi ou ses représentants qui peuvent annuler les amendements
apportés à la Loi.
"Ni le gouvernement, ni la presse, ni les syndicalistes ou les
employeurs
n'ont le pouvoir d'annuler les amendements du SNC à la Loi sur les
Relations
Ouvrières", a indiqué la semaine dernière le Times de Swaziland,
le seul
quotidien du pays.
"Seuls les conseillers du palais qui forment la Commission
Permanente du
Conseil National du Swaziland peuvent sauver la situation".
Les conseillers du roi, pendant ce temps, semblent inflexibles.

