EUROPE-DEVELOPPEMENT: Les Réformes Agricoles Sont Un Danger Pour Le Sud

BRUXELLES, 1er fév. (IPS) – Les actuelles propositions de
réforme de la
politique agricole commune (PAC) européenne et leur impact sur
les fermiers
européens et ceux des pays en développement inquiètent de plus
en plus les
organisations non gouvernementales (ONG) et les fermiers eux-
mêmes.

L'Union européenne (UE) est le plus grand bloc commercial du
monde et est en
théorie obligée par ses traités de tenir compte des effets de
toutes ses
politiques sur les pays en développement.
"Bon nombre des préoccupations exprimées (sur l'impact de la
PAC) en 1988
demeurent sans solution aujourd'hui et cela explique
l'incapacité des
décideurs de la politique agricole européenne à incorporer une
perspective
de développement dans la planification et le processus de
formulation de
leur politique", commente le comité de liaison des
Organisations Non
Gouvernementales de Développement (ONGD) dont le siège est à
Bruxelles.
"L'objectif de la réforme est d'accroître l'orientation des
fermiers vers
les exigences des marchés et des consommateurs en réduisant
davantage la
subvention des prix et en stabilisant le revenu agricole grâce à
l'augmentation des paiements directs", a expliqué le
Commissaire européen
de l'Agriculture Franz Fishler lors d'une conférence tenue au
Parlement
européen les 28 et 29 janvier.
Cependant, le sous secrétaire américain de l'Agriculture, Gus
Schumacher,
signale lors de la conférence sur l'Agriculture, le Commerce et
le
Développement durable que "la PAC nous entraîne tous en bas.
Elle coûte une
fortune".
L'Union européenne (UE) est la plus grande importatrice de
produits
agricoles au monde et la deuxième plus grande exportatrice,
après les
Etats-Unis.
La Commission exécutive de l'UE proposera bientôt le gel des
subventions
accordées aux fermiers européens pour la période 1999/2000,
pendant ce
temps, les principales décisions sur le programme de réforme
seront entrain
d'être prises.
Le Parlement européen n'a pas pu donner jeudi dernier son
opinion sur le
programme de réforme agricole de la Commission et cela menace de
retarder un
accord prévu pour février.
Selon les règles de l'UE, le Parlement doit donner une opinion à
caractère
non contraignant sur les réformes.
"Les politiques de l'Union européenne (UE) sont peu
consistantes et
incohérentes", estime Cleophas Mutjavikua, fermier
communautaire et
porte-parole de l'Union nationale des fermiers namibiens.
"Nous recevons l'aide de l'UE pour améliorer nos moyens de
conservation de
la viande, car nous faisons face au bradage du prix de la viande
européenne
en Afrique du sud, le seul marché accessible aux fermiers
communautaires du
Nord du cordon vétérinaire (namibien)", a témoigné Mutjavikua
pendant qu'il
présentait un papier sur la position de son ONG par rapport aux
réformes de
la PAC.
Selon lui, les problèmes les plus graves causés aux éleveurs de
bétail en
Afrique australe sont dus à la subvention des exportations du
buf de l'UE.
"Ces subventions des exportations de buf annulent les
résultats positifs
de l'aide au développement et les préférecommerciales dont
bénéficient
actuellement la Namibie, le Botswana, le Swaziland et le
Zimbabwe de la part
de l'Union européenne", déclare Mutjavikua.
Dans un communiqué rendu public par le comité de liaison des
ONGD, les ONG
européennes de développement disent que la principale
préoccupation de leurs
plans de réforme de la PAC concerne la concentration de l'UE sur
l'orientation des exportations.
"Grâce à une politique orientée vers l'exportation, l'UE
supporte
indirectement la tendance des pays en développement à négliger
leur
autosuffisance en produits de base", constate le comité de
liaison.
Les ONGD craignent aussi que la concentration de l'UE sur les
exportations
"ne mette de plus en plus les petits producteurs des pays en
développement
en concurrence directe avec l'agro-business du Nord", car cela
désavantagerait les producteurs des pays pauvres.
Le communiqué signale que dans les pays pauvres, le
développement agricole
et la sécurité alimentaire sont susceptibles d'être menacés par
les prix
artificiellement bas des exportations agricoles sur les marchés
mondiaux.
Les restrictions injustes imposées aux produits exportés des
pays en
développement vers le marché européen et le fait que ces pays
dépendent
excessivement des produits alimentaires finis des marchés
mondiaux pour
satisfaire leurs besoins alimentaires domestiques, nuisent aussi
aux
producteurs du Sud, indique le communiqué.
Néanmoins, certains éléments du projet de réforme de la PAC sont
positifs,
selon les ONG. Parmi les éléments positifs, il y a le contrôle
de la
surproduction par la réduction des subventions des prix des
céréales, du
buf et du lait.
Cependant le ministre britannique de l'Agriculture, Nick Brown,
a prévenu
les ministres de l'UE la semaine dernière que les plans de
réduction des
subventions des prix des céréales, du buf et du lait à
l'intérieur de l'UE
seront difficiles à réaliser.
Il pense qu'ils seront plus chers à court terme, car la charge
financière ne
serait plus supportée par le consommateur européen mais par le
contribuable.
Le buf et le lait sont largement perçus comme les plus grands
obstacles à
un accord final global entre les 15 ministres de l'UE qui
cherchent
actuellement un accord sur les moyens de réduire le budget de la
PAC qui,
avec ses 40.159 milliards d'euros en 1998 (près de 60 milliards
de dollars
US), absorbe 49 pour cent du budget total de l'UE, presque la
moitié.
"Les ministres ne savent pas comment la réforme de la PAC
affectera les
consommateurs pauvres des pays ayant un déficit alimentaire",
souligne
Peter With, membre de l'ONG danoise Danchurchaid et président
d'un groupe de
travail de l'UE sur la sécurité alimentaire conjointe.
With suggère une rapide suppression des subventions européennes
aux produits
agricoles, "car elles ont un effet nuisible sur les fermiers du
Tiers-Monde
à travers la concurrence injuste". Il propose que les
subventions des
exportations – ainsi que les paiements directs illimités –
soient remplacés
par un soutien durable des fermes familiales.
Nico Verhaegen, coordonnateur de la Coordination des Fermiers
européens
(CFE), critique le modèle de coordination intensif et industriel
de
production qui est basé sur les exportations et qui amène
plusieurs pays
pauvres à acheter des pro alimentaires à "bas prix" sur le
marché
mondial.
"C'est un modèle qui sert surtout les intérêts des grands
producteurs et
des firmes exportatrices, mais il coûte cher aux petits
fermiers, aux
consommateurs et aux contribuables", annonce Verhaegen.
La CFE pense que l'actuelle politique agricole est nuisible même
en Europe :
"Une ferme disparaît toutes les deux minutes dans l'Union
européenne",
signale l'organisation des fermiers.
Environ cinq pour cent des personnes employées dans l'UE
travaillent dans
l'agriculture.