KIKWIT, RD Congo, 29 fév (IPS) – Gouvernements et organisations de la société civile en Afrique centrale développent petit à petit des stratégies et actions pour répondre et s’adapter au réchauffement climatique. Mais elles paraissent encore timides face aux réalités, selon des spécialistes.
Depuis un certain temps, plusieurs paysans d’Afrique, en particulier dans le bassin forestier du Congo, regrettent le fait que les émissions de gaz à effet de serre provoquent la chute de la production agricole.
«Avant 2010, nous récoltions par exemple 1.200 kilogrammes par hectare pour le maïs kasaï1 et 1.000 kg pour l’arachide jl24. Mais à partir de 2010, cela est réduit à 700 kg pour le maïs et à 600 kg pour l’arachide», affirme, inquiet, Jean-Baptiste Mbwengele, président d’une coopérative de production et de vente qui regroupe une quarantaine d’organisations paysannes en République démocratique du Congo (RDC).
Mbwengele ajoute que cette baisse de la production est causée par la perturbation du calendrier agricole, liée à l’excès des pluies qui provoquent des maladies de plantes comme l’anthracnose, la bactériose, la mosaïque (maladie de certaines plantes)… ou par la sécheresse due à une déforestation exagérée.
En partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le développement, la RDC a initié le Programme d'actions pour l'adaptation et la sécurité alimentaire (PANA-ASA) qui est un projet de renforcement des capacités du secteur agricole «pour une planification et une réponse aux menaces additionnelles que présentent les changements climatiques sur la production et la sécurité alimentaire».
«Ce projet facilitera notamment l’accès au matériel génétique adapté aux conditions climatiques attendues ainsi que l’adoption des meilleurs pratiques de gestion de l’eau et de la fertilité des sols», explique Jean Ndembo, coordinateur national du PANA-ASA.
La lutte contre la déforestation est également une nécessité, tant pour renforcer la résilience des fermiers locaux que pour contribuer à la réduction, dans le monde, des émissions de gaz à effet de serre sous forme de carbone stocké dans des forêts saines. Depuis plusieurs années, le gouvernement congolais, à travers le Programme d’appui à la réhabilitation du secteur agricole et rural (PARSAR), mène également des actions de reboisement. Avec l’appui de la Banque africaine de développement, le PARSAR a reboisé quelque 600 hectares dans les provinces du Bandundu et du Bas-Congo, dans l’ouest du pays, plantant 2,225 millions d’arbres, principalement des acacias, selon Albert Luzayadio, coordinateur national du programme. Des zones plus petites ont été également réhabilitées par le PARSAR, dans l’est, dans la Province orientale, où 44 hectares ont été plantés à Kisangani; et 25 hectares à Pweto, dans le Katanga (sud-est de la RDC). Le programme travaille de concert avec la société civile. Célestin Awiwi Mimbu, coordinateur national de Action de reboisement au Congo, une organisation non gouvernementale (ONG), indique que son ONG a planté plus de 900.000 arbres à travers la RDC, notamment les acacias et les eucalyptus dont les feuilles fertilisent bien le sol, selon Mimbu. Mimbu explique qu’en plus des acacias et des eucalyptus, des magnolias parasols – le Maesopsis eminiii, une espèce géante à croissance rapide très répandue en Afrique tropicale – et plusieurs arbres fruitiers ont été plantés sur plusieurs sites, notamment sur 34 hectares à Ndunga et Ngulamabondo, et 56 hectares à Masimanimba, dans la province du Bandundu (sud-ouest du pays).
«Si nous nous sommes évertués à faire ces reboisements depuis début 2011 et grâce au Fonds forestier national mis en place par le gouvernement, c’est pour permettre de réaliser une bonne résilience, favoriser la croissance verte, combattre le réchauffement climatique qui a plusieurs retombées négatives», déclare Mimbu à IPS. Mais, il regrette qu'il n'y ait pas de budget pour l'entretien des arbres qui sont parfois victimes des feux de brousse. Son ONG est membre du Réseau ressources naturelles, une plate-forme regroupant plusieurs associations de la société civile en RDC et en Afrique centrale, et qui travaille pour la défense et la promotion de la gouvernance des ressources forestières.
“L'un des défis majeurs à l'adaptation au changement climatique dans le bassin du Congo demeure les conflits armés. Dans les provinces du Maniema, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l'est de la RDC, en proie à ces conflits depuis 1997, des groupes armés et leurs bombes ont provoqué la dégradation des forêts en détruisant même la fertilité du sol avec des matières chimiques contenues dans ces bombes”, explique Corneille Lebu, un écologiste de la RDC.
“Ces bombes coupent des feuilles qui en principe absorbent du carbone, rendent le sol nu, provoquant un lessivage et détruisant les micro-organismes. Il y a accélération accentuée de l'évapo-transpiration et libération rapide des gaz à effet de serre”, souligne Lebu à IPS, ajoutant: “Depuis 1997, les conflits en RDC ont déjà provoqué plus de cinq millions de morts”.
Lebu estime que “pour réussir des actions d'adaptation, il est impérieux de pacifier d'abord les zones ravagées par des guerres, et de faire la correction du sol en faisant recours aux fumiers recyclés”.
Le Cameroun, la RDC et la République centrafricaine ont initié leur Programme national d’adaptation, indique un rapport de 2010 du Projet des forêts du bassin du Congo et adaptation aux changements climatiques en Afrique centrale, dénommé “COFCCA”.
Lancé lors à Yaoundé, au Cameroun, en 2008, ce projet vise à “identifier et hiérarchiser conjointement les secteurs des bois et services issus des forêts particulièrement vulnérables au changement climatique à l'échelle nationale et régionale”. Le projet veut également “partager les… expériences sur les stratégies d'adaptation aux impacts du changement climatique touchant une ressource transfrontalière partagée que sont les forêts du bassin du Congo…” Au Gabon, le gouvernement a créé, en février 2010, l’Agence gabonaise d’études et d’observations spatiales: terre, climat, homme (AGEOS-TECH). Et depuis juillet 2010, un accord tripartite lie l’Institut de recherche pour le développement français, l’Institut de recherche spatiale brésilien, et l’AGEOS-TECH. La station de réception d’images par satellite aura pour «première tâche la surveillance de l’état de santé des forêts tropicales du bassin du Congo, qui est le deuxième poumon vert de la planète, après l’Amazonie…», indique le gouvernement gabonais. Le bassin couvre 520 millions d’hectares dont environ 200 millions d’hectares pour la forêt seule, soit 38,4 pour cent, selon la FAO. Au Burundi, la plante jatropha est plantée depuis 2010 sur des dizaines d’hectares dans le rayon de Rukoko par l’association 'Turbane' de Gikuzi, dans le sud du pays, grâce à l’appui du Fonds forestier du bassin du Congo basé à Bujumbura, la capitale. Le projet est initié dans le Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté au Burundi, approuvé depuis 2004 par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Ce reboisement avec 100.000 plants de jatropha permet «d’atténuer l’impact de la déforestation de l’aire protégée de Rukoko et son écosystème, de lutter contre le réchauffement climatique et de mettre en place des mécanismes d’adaptation», indique le document de base du projet “Exploitation intégrée de la plante jatropha au Burundi”.
Pour limiter les dégâts des changements climatiques dus à la déforestation qui prend de l’ampleur au Burundi, le premier vice-président, Thérence Sinuguruza, avait demandé, en novembre 2011, au ministère de l’Environnement «d’instaurer une loi interdisant des coupes anarchiques des arbres».
Mais dans l’ensemble, les actions des gouvernements et de la société civile en Afrique centrale sont timides jusque-là puisqu’elles ne donnent pas encore des résultats escomptés, estime Odon Munsadi, un écologiste en RDC. «Les communautés de nos pays respectifs n’appliquent pas encore de pratiques agro-écologiques, et les conséquences des changements climatiques demeurent inchangées».
«L’Afrique subsaharienne produit moins de quatre pour cent des émissions de gaz à effet de serre, soit bien moins que l’Amérique du nord, l’Europe, l’Asie et d’autres régions industrialisées», selon les experts. Mais, «l’Afrique subit déjà les effets des changements climatiques et en pâtira davantage dans les années à venir». *Cet article fait partie d’une série soutenue par le Réseau de connaissances sur le climat et le développement. http://cdkn.org/

