COTE D’IVOIRE: Petite percée insuffisante des femmes aux élections législatives

ABIDJAN, 17 déc (IPS) – Sur 124 candidates en lice pour le scrutin législatif du 11 décembre en Côte d’Ivoire, les femmes ont obtenu 27 sièges sur les 255 de l’Assemblée nationale, soit 10,58 pour cent. Elles ont gagné huit sièges de plus par rapport à 2000 où elles étaient 19 sur 225 députés (8,44 pour cent).

En attendant la confirmation par le Conseil constitutionnel, les résultats annoncés vendredi par la Commission électorale indépendante (CEI), donne vainqueur le parti du président Alassane Ouattara, le Rassemblement des républicains (RDR). Le RDR remporte la majorité absolue au parlement avec 127 sièges obtenus, contre 77 pour son allié, le PDCI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire), de l’ancien président Henri Konan Bédié. Le principal parti de l’opposition, le Font populaire ivoirien (FPI) de l’ancien président Laurent Gbagbo, n’a pas participé au scrutin, appelant ses partisans au boycott. Un appel qui a eu vraisemblablement pour conséquence un faible taux de participation (36,56 pour cent), contre 85 pour cent à la présidentielle de 2010. Mais, le taux de participation était déjà faible (33 pour cent) aux élections législatives précédentes de 2000.

Au RDR, 15 femmes ont été élues, contre sept pour le PDCI et cinq candidates indépendantes. Ce qui représente une petite percée qui ne semble pas pouvoir atténuer la grosse déception affichée notamment par les femmes elles-mêmes, et par des activistes défenseurs des droits de la femme et de l’égalité de genre.

“Nous sommes très déçues par ce résultat. Comme d’habitude, nous ne sommes restées qu’au stade des promesses”, déclare Marie-Paule Kodjo, présidente de la Coordination nationale des femmes de Côte d’Ivoire pour les élections et la réconciliation post-crise, une organisation non gouvernementale basée à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.

Dans un entretien accordé à IPS, Kodjo affirme que les partis avaient promis de parrainer plus de candidatures féminines, mais qu’ils se sont rétractés à l’approche du choix des candidats en vue d’établir les listes des candidatures pour le scrutin. Mamadou Sanogo, secrétaire national chargé des élections au RDR, répond à cette accusation: “Nous avons encouragé les candidatures féminines disponibles. Et les choix ont été portés sur celles qui étaient capables de faire gagner le parti dans leurs circonscriptions”.

“De nombreuses femmes ont donc choisi de se présenter sous la bannière indépendante. Malheureusement, pendant la campagne, elles n’avaient passez de moyens et lors du scrutin, certaines ont subi un trafic d’influence et le résultat ne pouvait pas être meilleur”, explique Kodjo.

Pour sa part, s’il s’est réjouit de la petite hausse de la présence féminine à la future Assemblée nationale, Patrick N’gouan, le président de la Convention de la société civile ivoirienne, basée à Abidjan, a toutefois estimé qu’il était souhaitable d’appliquer le quota d’un tiers – au profit des femmes – dans les partis, si la parité ne pouvait pas être respectée.

“Il est dommage qu’un effort n’ait pu être fait dans ce sens”, regrette N’gouan. “Mais je crois que les partis politiques nous ont toujours dit qu’une élection n’est pas une nomination. Et à un scrutin, chacun doit avoir ses moyens et chercher à gagner. Seulement, que ce soit les nominations ou les élections, les femmes n’ont toujours pas droit au quota prévu”, ajoute-t-il à IPS.

Il n’existe pas encore de loi sur un quota pour les femmes en Côte d’Ivoire. Mais chaque parti avait promis, avant la présidentielle et les législatives, d’accorder au moins de 30 pour cent des places aux femmes. Ce quota n’est en fait qu’une promesse faite aux organisations défendant l’égalité de genre.

La plus jeune députée élue au parlement, Yasmina Ouégnin, 32 ans, qui était candidate dans la commune de Cocody, un quartier huppé au sud-est d’Abidjan, déclare avoir bénéficié du soutien «sans faille» de sa famille politique, le PDCI, depuis la campagne électorale jusqu’au scrutin.

Pour Aurélien Kodjané, juriste à Abidjan, le mauvais score de deux pour cent enregistré par la seule candidature féminine, Jacqueline Lohouès Oble, à la présidentielle de 2010 était un signe avant-coureur du résultat qu’allaient connaître les femmes aux législatives.

“Il y a toujours peu d’intérêt accordé par les femmes aux candidatures féminines, pourtant elles constituent un important électorat, capable de faire changer la donne”, affirme-t-il à IPS. “Un plaidoyer à l’encadrement des femmes ne peut pas servir si les supposés premiers soutiens font déjà défaut”, soutient Kodjané. “S’il y a eu un nombre croissant d’élues, c’est parce qu’elles étaient présentes sur des listes, sinon le résultat aurait pu être plus catastrophique”.

Chef d’entreprise de vente de produits laitiers, Fabienne Tokpa souligne, de son côté, que les candidatures féminines manquent encore d’agressivité sur le terrain. “A chaque législative, il y a une petite avancée, cela signifie que nous pouvons mieux faire. Cependant, il faudra que nos sœurs osent et fassent preuve d’ingéniosité”, recommande-t-elle.