SANTE-RD CONGO: Le konzo sévit toujours

KINSHASA, 29 nov (IPS) – Nadine Mbwol, 20 ans, souffre du konzo, une maladie paralysant les membres inférieurs. «J’ai perdu mon mariage à cause de cet handicap», regrette-t-elle.

Pour beaucoup de personnes, cette maladie, qui fait de nombreuses victimes comme Mbwol, est provoquée par la sorcellerie en République démocratique du Congo (RDC).

Faux, dément Dr Pierre Makadi-Nkeni, du centre hospitalier Le bon berger. «Le konzo n’est pas causé par un mauvais sort ou par la sorcellerie comme le pensent beaucoup de gens dans toutes les provinces où sévit la maladie», dit-elle. En RDC, certains territoires comme Kahemba, Feshi, dans la province du Bandundu, sont durement affectés.

«Le konzo est une paralysie spastique (brusque et sans douleur), permanente et incurable d’apparition brusque des membres inférieurs», explique le directeur du Programme national de nutrition (PRONANUT), Dr Banea Mayambu. La maladie survient surtout pendant la saison sèche, quand le régime alimentaire des populations rurales est dominé par la consommation du manioc amer insuffisamment traité. La première flambée épidémique a été signalée en 1936.

En RDC, environ 60 pour cent d’énergie journalière totale est fournie par le fufu, pâte à base du manioc, explique à IPS Dr Emery Kasongo, chef d’Etude préliminaire du projet konzo de l’ONG Action contre la faim (ACF). Le konzo est provoqué par une consommation régulière et prolongée du manioc qui expose à l’intoxication au cyanure, un poison contenu dans le manioc. A ce jour, la maladie frappe près de 70.000 personnes.

Le konzo, précise Dr Makadi-Nkeni, n’est pas une maladie infectieuse due à un virus ou à un microbe quelconque. «Il n’existe pas de traitement médical ou traditionnel pour le guérir. C’est une affection incurable et la seule voie pour stopper la maladie est la prévention.» Malheureusement, «la conception locale selon laquelle le konzo serait une maladie des sorciers constitue une réelle entrave à la prévention efficace de la maladie», indique Damien Nahimana, chef de la Division surveillance et recherche du PRONANUT. Le konzo est devenu un problème majeur de santé publique dans les territoires où il sévit.

Parlant de la situation nutritionnelle en RDC, Césarine Kuwa, expert konzo-nutrition du Pronanut, qui a collaboré avec l’ONG ACF lors d’une étude menée dans la province du Bandundu, affirme que la situation est préoccupante et en particulier pour les enfants de moins de cinq ans.

«Onze pour cent d’enfants souffrent de malnutrition aiguë globale, 43 pour cent de malnutrition chronique et 24 pour cent d’insuffisance pondérale (diminution anormale du poids du corps)», indique-t-elle. «Ces déficiences sont à la fois le résultat d’une insuffisance en calories, mais et surtout de carences en micronutriments et en protéines suite à une alimentation peu diversifiée dont la base est le manioc.» Bernard Masukidi, un commerçant, témoigne: «Pour besoin commercial, les cossettes de manioc que nous achetons dans certains villages ne sont pas bien traitées». Les populations écourtent la durée de rouissage (fait de tremper le manioc amer dans l’eau pour en éliminer les éléments toxiques) alors qu’elle doit être de quatre jours pendant la saison de pluie et de cinq jours pendant la saison sèche.

«Au moyen d’une enquête épidémiologique et d’entretiens portant sur les habitudes alimentaires, j’ai établi un lien entre la survenue du konzo et la consommation du manioc amer. Ainsi, sur les 6.764 habitants enquêtés, on a répertorié 110 malades atteints du konzo et 24 décès pouvant être imputés à cette affection», précise Dr Kasongo.

«Tout a commencé en 1974 avec l’asphaltage de la route qui va de Kinshasa à Kikwit, environ 900 km à l’est de Kinshasa», indique à IPS Bernardin Mutombo, pasteur d’une église locale. La nouvelle route asphaltée a réduit d’une semaine à un jour la durée de voyage de Kikwit à Kinshasa. Ce désenclavement a eu comme résultat immédiat un intense commerce du manioc. Ce faisant, les commerçants ont obligé les villageois à changer de méthodes de travail. «La maladie de konzo affecte souvent les enfants et les femmes en âge de procréation par rapport aux hommes puisque les considérations ethnologiques et sociologiques qui entourent la répartition du repas, à travers leurs normes et tabous, accordent trop de privilèges aux hommes en sacrifiant de plus en plus les femmes et les enfants», explique Kuwa.

Les habitudes et tabous dans certaines régions excluent les femmes et les enfants dans la consommation de certains aliments, comme la viande, qui peuvent procurer des protéines.

«Pour éviter la maladie de konzo, il est important de consommer des aliments locaux riches en protéines et divers nutriments», conseille Paul Bahati, expert laborantin auprès d’ACF. Malheureusement, les paysans sont toujours tentés par l’argent et préfèrent vendre tous leurs produits sans rien garder pour leurs propres ménages.

Bahati estime que la solution aux problèmes nutritionnels dans les villages où sévit le Konzo passe par le développement et la diversification des systèmes agricoles ainsi que de l’économie.