DEVELOPPEMENT: Trop d’eau, aussi dangereuse que trop peu

STOCKHOLM, 23 août (IPS) – La communauté internationale court le risque de perdre la bataille pour l'eau et l'assainissement dans plusieurs villes à travers le monde.

“Mais c'est une bataille que nous ne pouvons pas perdre”, prévient Anders Berntell, directeur exécutif du 'Stockholm International Water Institute' (Institut international de l’eau de Stockholm – SIWI).

S'exprimant à l'ouverture d'une conférence internationale annuelle d'une semaine sur l'eau, à Stockholm, la capitale suédoise lundi, Berntell a déclaré que le paysage de l'eau en milieu urbain dans le monde a été touché par un paradoxe – puisque des pays d'Asie, d'Afrique, d'Europe et d'Amérique latine sont dévastés par deux conditions météorologiques extrêmes: les inondations et les sécheresses.

L'année dernière, le Pakistan a connu ses pires inondations de l'histoire, coûtant la vie à plus de 2.000 personnes et laissant 11 millions sans abri.

Les inondations au Brésil, en Australie, aux Philippines et en France, qualifiées 'des pires en 200 ans', ont également entraîné une destruction mortelle de vies et de biens.

Au même moment, la sécheresse actuelle dans la Corne de l'Afrique touchant l'Ethiopie et la Somalie – la pire en 60 ans – a déclenché une famine qui est en train de tuer plus de 30.000 enfants.

Le dénominateur commun de toutes ces tragédies est l’eau.

S’adressant à plus de 2.500 délégués, ce qui est décrit comme une nouvelle participation record à la 21ème conférence annuelle sur l'eau de cette année, Berntell a expliqué que les changements climatiques ont amené de nouveaux défis. “Puisque les inondations et les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus fréquents, il est clair que trop d'eau peut être aussi dangereuse que trop peu”.

Le thème de la conférence de cette année est: 'Faire face aux changements mondiaux: l'eau dans un monde en urbanisation'.

Gunilla Carlsson, la ministre suédoise de la Coopération pour le Développement international, a déclaré aux délégués que l'augmentation de l'accès à l'eau potable et à l'assainissement est une force catalytique importante pour le développement. “Les coûts de l'inaction dépassent de loin les coûts de la gestion durable des ressources en eau, qui fonctionne bien”, a-t-elle affirmé.

Carlsson a également déclaré que la prochaine Conférence des Nations Unies sur le développement durable, Rio+20, au Brésil, en juin prochain, devrait insister sur l'utilisation efficace et l'accès équitable à l'eau et à l'assainissement dans les zones urbaines.

Mais, l'une des plus grandes menaces sur les approvisionnements mondiaux en eau semble être l’explosion des mégapoles où l’augmentation de la population dépasse les rares ressources en eau.

Se focalisant sur la rapidité de l'urbanisation en cours, Berntell a souligné que plus de la moitié de l'humanité vit désormais dans les villes, et l'estimation est que la population urbaine augmentera de plus de 70 millions de personnes chaque année dans un avenir proche. La population urbaine doublera entre 2000 et 2030.

Un citadin sur quatre, 794 millions de personnes au total, vit sans accès aux installations sanitaires adéquates, et 141 millions de citadins n'ont pas accès à l'eau potable, a indiqué Berntell.

“Et plus de 800 millions de personnes vivent dans des bidonvilles aujourd'hui, et nous savons tous que la situation dans ces zones urbaines conduit souvent à des maladies liées à l'eau, telles que la diarrhée, le paludisme et les épidémies de choléra, avec des effets dévastateurs sur les moyens de subsistance des familles, mais aussi de graves impacts sur l'économie de leur pays”.

Berntell a déclaré que les villes s’agrandissent, mais que le volume d'eau disponible n’augmente pas. Comme les zones urbaines du monde ne cessent d'augmenter, les sources d'eau peuvent ne pas suffire.

De nouvelles sources sont souvent difficiles et coûteuses à développer. Les villes tirent l'eau des zones éloignées, entrant ainsi en concurrence, pour l'eau, avec les régions rurales environnantes, a-t-il souligné.

Globalement, il y a un besoin croissant d'adapter les infrastructures d'eau existantes afin qu'elles puissent répondre à ces défis. Mais en général, les investissements dans les infrastructures d'eau n'ont pas suivi le rythme de l'urbanisation.

L'eau tend à être sous-évaluée, et dans plusieurs parties du monde, la mauvaise gouvernance et des opérations financièrement peu viables menacent la sécurité de l'eau.

Mais, tout n’est pas de mauvaises nouvelles, a indiqué Berntell.

Avec l'urbanisation, de nouvelles opportunités s’offrent pour une gestion plus efficace de l'eau. La solution réside dans la nature des zones urbaines: elles ont une forte densité de population, constituent des plaques tournantes pour la croissance économique et des incubateurs pour la créativité.

Selon certaines estimations, 70 pour cent du produit intérieur brut mondial est généré dans les villes.

Les villes produisent de grandes économies d'échelle et fournissent d'excellentes opportunités pour le développement des infrastructures efficaces, pour une réutilisation accrue de l'eau et des déchets, ainsi que pour une utilisation plus efficace de l'eau et l'énergie.

Cependant, les stratégies de gestion de l'eau en milieu urbain ne peuvent pas se limiter à la ville elle-même. Pour que les solutions soient durables, les villes ont besoin de planifier avec à l'esprit tout le bassin afin de ne pas augmenter les tensions entre les zones rurales et les zones urbaines, et pour éviter une pollution en aval et une dégradation environnementale.