LILONGWE, 3 août (IPS) – A moins que le gouvernement du Malawi fasse quelque chose pour trouver des solutions à ses problèmes économiques et de gouvernance, le pays verra d’autres manifestations nationales comme celles de juillet au cours desquelles 18 personnes ont été tuées et 275 arrêtées, préviennent des analystes.
Ces manifestations des 20 et 21 juillet étaient les premières du genre depuis l'accession du pays à la démocratie en 1994. Au milieu d’une condamnation de la communauté internationale, le président Bingu wa Mutharika a demandé à l'armée de réprimer les protestations dans trois villes, Lilongwe, Blantyre et Mzuzu. Les médias ont été également limités dans la couverture des manifestations.
Mustapha Hussein, un analyste politique à l'Université du Malawi, a confié à IPS que Mutharika devrait commencer à prendre au sérieux les préoccupations des Malawiens avant que les choses ne deviennent ingérables.
“Le président semble ne pas être prêt à endosser la responsabilité des problèmes économiques et de gouvernance que connaît le pays. Il y aura des manifestations plus grandes dans le pays que ce que nous venons de voir, si le gouvernement ne se dépêche pas de régler les questions qui sont en train d’être soulevées”, a observé Hussein.
Il a dit que les problèmes proviennent des “tendances dictatoriales et de l'arrogance des dirigeants”.
Dalitso Kubalasa, directeur exécutif du 'Malawi Economic Justice Network' (Réseau pour une justice économique au Malawi – MEJN), une coalition de plus de 100 organisations de la société civile qui fait la promotion de la gouvernance économique, a déclaré à IPS que l'absence de réponse de la part du gouvernement aux questions soulevées par les manifestants, n'aide pas le pays.
“Le coup du lapin auquel nous assistons tout autour de nous – interne et externe – de la part des partenaires au développement et d’autres acteurs, continue de laisser une grande morosité [dans le pays], et ne projette pas finalement l'espoir que les Malawiens semblent nourrir tant ou qui est attendu depuis longtemps”, a indiqué Kubalasa.
Actuellement, les tensions demeurent fortes car les files pour acheter du carburant ne font que s'allonger puisque les gens recherchent ce produit devenu désormais rare. Il y a également une pénurie aiguë de devises étrangères, les ménages et les entreprises continuent de vivre de fréquentes et longues coupures d’électricité, et la pénurie d'eau est toujours un problème – même dans les quartiers riches du pays.
Mutharika n’a toujours pas répondu aux exigences des manifestants, qui incluaient un appel au président pour travailler à la restauration de l'économie et de la gouvernance démocratique.
Les manifestations ont eu lieu peu après que la Grande-Bretagne a annoncé qu'elle suspendait 35 millions de dollars d'appui budgétaire au Malawi.
Jusqu'à 40 pour cent du budget national du Malawi est dépendant des bailleurs de fonds et 80 pour cent du budget de développement du pays était fourni dans le cadre de la 'Common Approach to Budget Support' (Approche commune à l'appui budgétaire), qui comprend la Grande-Bretagne, l'Allemagne, la Banque africaine de développement, la Norvège, l'Union européenne et la Banque mondiale. Les gouvernements britannique et allemand refusent déjà de décaisser jusqu'à 400 millions de dollars.
Toutefois, pendant la session budgétaire du parlement en juin, Mutharika a insisté que le Malawi fonctionnera sur un budget de zéro déficit afin qu'il ne soit pas dépendant des donateurs.
S'exprimant au cours d'une cérémonie de sortie de formation de nouveaux policiers, le 22 juillet, Mutharika a déclaré qu'il était le seul concerné par la bonne gestion du pays, et que personne ne devrait le presser sur la question du carburant.
Mais, après la gestion désastreuse des manifestations par le gouvernement, 'Millennium Challenge Corporation' (MCC), une agence d’aide étrangère du gouvernement américain qui mène la lutte contre la pauvreté à travers le monde, a annoncé qu'elle mettait en veilleuse 350,7 millions de dollars destinés à améliorer le secteur de l'énergie du Malawi.
MCC a indiqué dans un communiqué, le 26 juillet, qu'elle a pris cette décision à cause de l'utilisation de la force par les autorités du Malawi pour empêcher des manifestations pacifiques, et des restrictions imposées aux médias couvrant ces protestations.
Ce pays d'Afrique australe chancelle déjà à cause des mauvaises relations avec ses bailleurs traditionnels qui l’ont également accusé du non-respect des droits humains des lesbiennes, des gays, des bisexuels et des transsexuels ainsi que du droit à la liberté de presse.
Bien que l’épicerie de Tina Kaduya ait été pillée pendant les manifestations et qu’elle ait perdu tout son stock, elle soutient leurs revendications.
“J'ai perdu des marchandises d’une valeur d’environ 2.000 dollars au cours des émeutes, mais je ne peux pas accuser les gens qui ont attaqué ma boutique. Beaucoup de Malawiens sont fâchés à cause de la baisse des niveaux de vie et bon nombre sont pauvres; alors ils ont trouvé une occasion (de piller) au cours des manifestations”, a déclaré Kaduya à IPS.
Elle affirmé que le gouvernement n'a pas arrangé les choses en introduisant une taxe sur valeur ajoutée (TVA) atteignant 16,5 pour cent sur des produits tels que le pain, la viande, le lait. Dans le budget national 2011-2012, publié en juin, le ministre des Finances du pays, Ken Kandodo, a annoncé l'introduction des taxes qui comprennent également 25 pour cent de contribution indirecte sur les vêtements, meubles et jouets usés.

