KAMPALA, 21 juil (IPS) – Lorsque la femme de Valente Inziku, Jennifer Anguko, était entrée en travail, le couple avait décidé qu'elle aille à l'hôpital local de référence, en Ouganda, pour s'assurer d’un accouchement sans danger.
Mais Anguko a saigné à mort parce que les infirmières et les médecins ne se sont pas gênés pour la soigner. Son foetus est mort également.
“Nous avons fréquenté des centres de santé prénatals et chaque fois, ils nous conseillaient d'être proches de l’hôpital quand viendra le moment d’accoucher. Nous avons suivi leur conseil et lorsque nous sommes arrivés, les services n'ont pas été fournis”, a déclaré Inziku.
Il était arrivé à l'hôpital et a trouvé sa femme en train de saigner. “Tout ce que les infirmières m’ont dit était que je devais nettoyer le sang moi-même. J'avais ma sœur [et] nous avons donc nettoyé le sang”, a indiqué Inziku. “C'était purement de la négligence de la part des infirmières. Je ne faisais que les appeler et elles nous disaient que ce n'était pas encore le temps pour elle d’accoucher”.
Inziku affirme que le seul médecin n'est apparu que 12 heures après que son épouse a été admise dans l’hôpital. “Lorsque le médecin est finalement arrivé, il m'a dit que c'était trop tard et a demandé pourquoi les infirmières l’avaient appelé”, a souligné Inziku.
Inziku, un enseignant de l’école primaire, est désormais seul pour s'occuper de leurs trois enfants, tous âgés de moins de 10 ans.
Inziku fait partie d'un groupe qui a adressé une pétition à la Cour constitutionnelle ougandaise pour qu’elle déclare que l’augmentation des décès maternels en Ouganda viole les droits constitutionnels des Ougandais.
L'affaire a été portée devant la cour en mars par le 'Centre for Health, Human Rights and Development' (Centre pour la santé, les droits humains et le développement) avec trois personnes: le professeur Ben Twinomugisha, un enseignant à l'Université de Makerere, et deux activistes pour la santé, Rodah Kukkiriza et Inziku. Ils veulent que le gouvernement combatte la mortalité maternelle et indemnise les familles qui ont perdu des mères à cause de la négligence ou de mauvais services.
Dans la pétition, ces activistes affirment qu’en ne fournissant pas les services essentiels pour les femmes enceintes, et beaucoup d'autres, le gouvernement ougandais viole l'obligation fondamentale du pays de respecter la constitution et de défendre, protéger ainsi que de promouvoir le droit à la santé et le droit à la vie.
“Je suis ici aujourd'hui parce que je veux que la cour sache qu'il y a une injustice qui a cours. Je suis écoeuré”, a déclaré Inziku.
La cour devrait entendre la pétition le 7 juillet, mais l'affaire a été reportée parce qu'ils n'avaient pas le quorum requis de cinq juges.
Noor Nakibuuka Musisi, la coordinatrice du programme au Centre pour la santé, les droits humains, et le développement, a indiqué que l’obtention d’une déclaration de la cour serait un bon début pour amener le gouvernement à agir.
“Nous voulons une déclaration selon laquelle la non-fourniture des services essentiels dans les installations publiques est une violation du droit à la vie”, a-t-elle dit. “La raison pour laquelle beaucoup de femmes meurent est qu’il n'existe pas d’équipements maternels, il n'y a pas de sang dans les hôpitaux et nous avons des agents de santé mal payés qui ne se comportent pas de la façon la plus éthique”.
En juin, le gouvernement ougandais a annoncé une augmentation du budget de la santé pour l'exercice financier 2011-2012. Il est passé de 270 millions de dollars à 412 millions cette année.
Cependant, Francis Runumi, le commissaire des services de santé et de la planification au ministère de la Santé, a dit qu’une grande partie du budget allait vers la construction des infrastructures et ne règlerait pas la crise des ressources humaines qui a contribué à l’augmentation de la mortalité maternelle.
Les activistes doutent de l'engagement politique et de la responsabilité du secteur de la santé. Récemment, le gouvernement a dépensé 760 millions de dollars sur l’acquisition d’avions de chasse et d'autres équipements de défense, et beaucoup se demandent si cela est une priorité pour les Ougandais.
Robinah Kaitiritimba, le directeur exécutif de 'Uganda National Health Consumers Organisation' (Organisation nationale des consommateurs de la santé de l’Ouganda), une partie de la coalition qui a amené l'affaire devant la cour, a déclaré que les Ougandais doivent lutter pour leurs droits.
“Il n'y a pas de droits qui se donnent sur un plateau d'argent, nous devons continuer à lutter et à nous assurer que notre gouvernement répond aux cris des mères et des familles”.
La mortalité maternelle en Ouganda demeure élevée au fil des années; tous les jours au moins 16 femmes meurent en couches. Les chiffres sur la mortalité maternelle en Ouganda indiquent 435 décès pour 100.000 naissances vivantes, ce qui se traduit par 6.000 décès par an. De même, les taux de mortalité infantile sont élevés, 78 décès pour 1.000 naissances.
La plupart des décès maternels en Ouganda sont évitables et sont essentiellement causés par la pénurie massive de professionnels de santé qualifiés et motivés pour faire les accouchements, l’absence d'accès aux soins obstétricaux d'urgence pour répondre aux cas urgents, le manque d'accès aux soins prénatals de qualité, et l'accès limité aux services de planning familial.

