DEVELOPPEMENT: La société civile rejette un plan d’action 'édenté' d’Istanbul

ISTANBUL, 13 mai (IPS) – Des groupes de la société civile ont juré de mobiliser les citoyens des nations les plus pauvres du monde à descendre dans la rue, rejetant le Programme d'action d'Istanbul adopté jeudi au cours de la quatrième Conférence des Nations Unies sur les pays les moins avancés (PMA-IV).

“Le plan d'action n'a pas de dents et semble avoir laissé les gens vivant dans les pays les moins développés dans une situation pire qu'avant”, a déclaré Arjun Karki, le porte-parole du forum de la société civile au cours de la conférence. “Nous sommes consternés et déçus”, a-t-il indiqué. Plus de 800 millions de personnes vivent dans les 48 pays classés comme les moins avancés, dont 33 se trouvent en Afrique subsaharienne. Le Programme d'action pour la décennie allant de 2011 à 2020 indique que l’appropriation et la responsabilité première du développement incombe aux PMA eux-mêmes. Les PMA sont appelés à intégrer le Programme d'action dans leurs stratégies, plans et programmes nationaux de développement et à identifier les autorités nationales chargées de superviser la mise en œuvre et l'engagement de plusieurs acteurs comme les parlementaires et le secteur privé. Leurs partenaires au développement se sont engagés à un partenariat mondial renouvelé et renforcé. “Ce partenariat comprend également le système des Nations Unies, y compris les institutions de Bretton Woods, d'autres institutions multilatérales et les banques régionales de développement, dans le cadre de leurs mandats respectifs”, indique la déclaration. La société civile dit que le Programme d'Istanbul ne respecte pas le mandat convenu avant la conférence, qui était de formuler et d'adopter des modalités renouvelées pour la relation entre les PMA et leurs partenaires au développement, et pour mobiliser le soutien et l’action internationaux supplémentaires en faveur des PMA. “Il est difficile de trouver de vrais engagements et des objectifs quantifiables qui favoriseraient la vie des personnes dans les PMA [dans le document]”, a déclaré Karki au cours d'une conférence de presse. “Le programme manque d'engagements spécifiques à l'action ainsi que de mécanismes pour tenir les gouvernements responsables. Il est dépourvu de volonté politique”. “Les partenaires au développement ont trouvé des moyens pour ne pas s'engager à long terme à fournir un appui aux PMA et éliminer les obstacles au développement”, a-t-il dit. “Notre vision, nos espoirs et attentes pour la conférence étaient très élevés, mais les résultats que les gouvernements ont produits en ont fait une parodie”. La conférence n’a pas pu non plus faire des progrès sur la mobilisation des finances pour l'adaptation aux changements climatiques, a affirmé Lidy Nacpil, coordinatrice internationale du Mouvement du jubilé de l’Asie du sud/Pacifique sur la dette et le développement. “Il n'y a aucune mention des engagements des pays développés à procéder à des réductions des émissions dans le Programme d'action d'Istanbul”, a souligné Nacpil. Il n'existe pas non plus de nouvelles promesses d'améliorer le niveau de l'aide publique au développement du Monde riche aux pays les plus pauvres du Sud, selon Thida Khus, la directrice exécutive de Silaka, une organisation non gouvernementale au Cambodge, qui fait la promotion de l'égalité des sexes, et considère la conférence comme un échec. “L'échec de la PMA-IV devrait être principalement attribué au monde développé pour n’avoir pas pu engager des financements supplémentaires pour les PMA”, à-t-elle souligné. “Les gouvernements des PMA devraient être également accusés de n'avoir pas pu faire pression pour leur peuple”. Elle était également inquiète du fait que le Plan d'action d'Istanbul soit encore pire que le Plan d'action de Bruxelles sur l’implication de la société civile puisqu’il ne lui donne pas assez d’occasions pour contribuer aux efforts de développement. “Nous représentons les gens au niveau local, mais le rôle de la société civile au niveau international ne figure pas dans le plan”, a déploré Khus. Au début de la conférence, la société civile avait exprimé la nécessité d'un changement de paradigme comprenant l'annulation immédiate et inconditionnelle des dettes contractées par les PMA ainsi qu’un examen du mandat et des opérations du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Elle a également souhaité de voir des politiques de réforme agraire qui favoriseraient les petits fermiers, ainsi que des mesures pour réglementer les semences génétiquement modifiées, les accaparements des terres et la production à grande échelle de biocarburants, ainsi que la spéculation qui affecte le prix des aliments de base. “C'est très décevant de constater qu’ils n'ont pas pris en compte nos demandes – qui sont les demandes du peuple. Dans le Plan d'action d'Istanbul, l'élite du Nord a dilué son rôle vers la conscience internationale équitable et collective”, a déclaré Dr Ihsan Karaman, président de 'Doctors Worldwide' (Médecins du monde), l'organisation qui a accueilli le forum de la société civile.