OUGANDA: De beaux jours pour l'initiative de l’énergie renouvelable

KAMPALA, 3 mai (IPS) – Clémentine Auma vivait encore dans un camp de personnes déplacées, dans le district de Gulu, quand elle a acquis le trésor qu’elle est allée chercher dans la maison. Elle ressort de sa maison avec une boîte blanche dans ses bras: c’est un four solaire.

Elle ouvre la boîte pour y retirer le four, qu’elle monte rapidement, en dépliant quatre réflecteurs en aluminium à partir d’une boîte noire munie de verre. Auma, 65 ans, scrute le ciel, puis positionne le four pour mieux orienter les rayons solaires sur une marmite pour chauffer de l’eau pour le thé.

“Vous devez vous assurer que vous voyez l’ombre du four lorsque vous faites face au soleil, afin de savoir que vous l’avez bien positionné pour capter le soleil”, explique–t-elle. Auma fait partie d’une poignée de personnes ayant reçu un four solaire au cours d’un projet-pilote dans le sud-ouest et le nord de l’Ouganda, qui teste le matériel avant l’assemblage et la vente à l’échelle nationale.

“Il est très bon”, déclare-t-elle en parlant de son four, “parce que vous pouvez chauffer le thé même lorsque vous bêchez dans le jardin”.

Four solaire Son four est une boîte mesurant environ 50 centimètres sur 50, et 30 centimètres de profondeur. Sa coque externe est faite de plastique, doublée d’une isolation pour conserver la chaleur, puis une coque interne faite d’aluminium anodisé et d’un ingénieux plateau tournant qui, à la fois, permet à l’air chaud dans la chambre de cuisson de circuler tout autour de la marmite et stabilise automatiquement la base du four, qui devrait être inclinée vers le soleil utilisant un pied réglable construit à l’arrière de la boîte.

Une autre femme d’expérience qui utilise le four solaire, Saida Matovu, affirme qu’elle l’a trouvé à la fois pratique et efficace, mais elle se plaint de ce que la marmite est très petite si l’on a une grande famille à nourrir – et bien sûr tout l’appareil est inutile pendant la saison pluvieuse. Une version plus large du four solaire est également disponible, assez grande pour servir dans des milieux institutionnels tels qu’une école ou un orphelinat. Plus de 90 pour cent de la population de l’Ouganda dépend de la biomasse – généralement du bois – pour la cuisson et le chauffage dans les zones rurales et urbaines. Des études réalisées par le Programme des Nations Unies pour le développement indiquent que le bois de chauffage et le charbon contribuent respectivement pour 88 et six pour cent à la consommation totale en énergie du pays. L’électricité et les hydrocarbures représentent le reste.

Une technologie appropriée Prince Ronald Mutebi a vu pour la première fois un four solaire à la conférence des Rotariens dans un hôtel de Chicago il y a sept ans et a aussitôt pensé qu’il pourrait être un outil utile à la fois pour freiner la déforestation due à la recherche du bois de chauffage et protéger la santé des femmes ougandaises souffrant de maladies respiratoires liées aux longues heures passées à faire la cuisine sous une fumée provenant du feu de bois. Mutebi, aujourd’hui directeur exécutif de l’entreprise 'Sun Oven Uganda and Tek Consult Group', s’est associé avec la société 'Sun Oven International' basée aux Etats-Unis pour importer les fourneaux qu’il a testés depuis sur le terrain dans des zones rurales. Il prévoit maintenant mettre en place une usine d’assemblage qui distribuera les fourneaux solaires à travers l’Afrique de l’est.

“J’entendais parler de la technologie, mais je ne l’avais jamais vue aussi efficace. Et lorsque je l’ai vue à la conférence, dans mon esprit, je me suis dit que l’Ouganda se trouve juste à l’équateur, alors nous avons le soleil en abondance. Donc si elle marche ailleurs, alors elle marchera en Ouganda”, a confié Mutebi à IPS dans un entretien.

Il a expliqué que le four est tellement bien isolé qu’il peut conserver la nourriture au chaud pendant quatre heures, tant que la chambre de cuisson n’est pas ouverte. “Il est sensible à la culture: vous pouvez préparer le dîner à 17 heures et ne le servir que tard dans la nuit. Donc il peut marcher dans la plupart des communautés où le dîner est normalement servi dans la nuit [longtemps après le coucher du soleil]”. Promotion Plusieurs groupes de développement en Ouganda ont vu le four solaire comme une opportunité d’opérer un changement dans les communautés. Le 'Nyanya-Kentale Kukama Butonde Group', un groupe local de protection de l’environnement basé dans le district de Rakai, dans le sud-ouest de l’Ouganda, en fait la promotion. David Sentongo, président du groupe, a dit à IPS que la demande des fours augmente constamment puisque les communautés sont parvenues à connaître ses avantages. “Nous avons obtenu 15 fours que nous avons distribués à un premier groupe de nos membres. Parmi les 15, nous avons donné deux à certaines personnes dans les communautés, qui ne sont pas nos membres, juste pour montrer que ces fours solaires sont pour tout le monde”, a-t-il indiqué. Il veut que le groupe acquière une unité à l’échelle industrielle qui pourrait être utilisée comme un four communautaire pour la cuisson. Mutebi déclare que 'Sun Oven Uganda' dispose déjà de pièces pour assembler 365 fours solaires dans le pays; il espère les monter et les mettre sur le marché avant la fin de l’année.

De retour dans le district de Gulu, Clémentine Auma est réticente à prêter son four précieux à n’importe qui, malgré sa portabilité. “Certaines personnes viennent l’emprunter pour fabriquer du pain, mais ma crainte est qu’il peut se gâter”. C’est un outil précieux pour protéger la santé et l’environnement, et pour préparer le merveilleux et savoureux 'posho', un mets local.