JOHANNESBURG, 28 avr (IPS) – Malgré l’injection de trois millions de dollars seulement par an dans le Fonds Inde-Brésil-Afrique du Sud (IBSA) pour la réduction de la pauvreté et de la famine, il vise à laisser des traces, au-delà de son poids, avec de petits projets, mais durables.
Le quartier de Carrefour Feuilles à Port-au-Prince, la capitale haïtienne, a une histoire de conflits violents opposant des bandes. En 2006, les membres en conflit dans cette communauté ont été réunis à travers un projet de collecte et de recyclage des déchets. Le budget pour le projet initial de 14 mois – l’un des premiers projets soutenus par le Fonds IBSA – s’élevait seulement à 550.000 dollars, mais l’IBSA est fier du retour sur son investissement. Cette entreprise crée de l’emploi, réduit l’incidence des maladies, évite le risque des inondations dues à l’obstruction des canaux par les ordures et, en recyclant les produits en papier sous forme de briques pour la cuisson, a même un effet écologique. L’IBSA déclare qu’il a également réduit les violences à Carrefour Feuilles – et considère cela comme étant le principal objectif du projet. “Le projet offre une structure permettant aux personnes, qui proviennent traditionnellement des groupes rivaux, de travailler ensemble”, explique Fernando Sena de l’ambassade du Brésil en Afrique du Sud, dans un entretien avec IPS. “Il emploie 385 habitants du quartier, y compris 207 femmes. Aujourd’hui, 150.000 personnes jouissent d’un assainissement amélioré”. L’initiative des déchets solides de Carrefour Feuilles a été renouvelée après son premier essai et est depuis reproduite dans une communauté voisine comptant 263.000 habitants, employant 500 autres personnes. “Le tremblement de terre (qui a frappé Haïti janvier en 2010) n’a pas arrêté le projet”, indique Sena. “Et une étude a été réalisée pour le reproduite au Timor oriental”. Concomitamment à la première phase du projet de Haïti, le Fonds IBSA a aussi commencé à travailler avec le ministère de l’Agriculture de la Guinée-Bissau, un petit Etat d’Afrique de l’ouest, pour former plus de 4.500 fermiers (dont la moitié est faite de femmes) sur les techniques améliorées de culture du riz et de production de l’agrume et de la mangue, y compris pendant la saison pluvieuse semblable à la mousson. Le budget de la première phase de cette initiative s’élevait à 498.750 dollars. “Ce projet est déjà à sa deuxième phase et s’étend à d’autres villages”, explique Sena. “L’idée est que le projet fournira également du matériel d’énergie solaire à cinq villages”. Même au Cap-Vert, un Etat insulaire encore plus petit de l’océan Atlantique, le Fonds IBSA a appuyé la rénovation de deux unités de santé dans la communauté isolée de Covoada, sur l’île de Sao Nicolau – inaccessible en voiture et loin des centres de santé. Le toit de l’unité de santé existante a été endommagé et le centre était considéré comme non fonctionnel avant la rénovation. Le Fonds IBSA a également aidé la municipalité locale et les autorités nationales du Cap-Vert à peindre et équiper un centre de la Croix-Rouge qui offre une assistance sociale aux personnes âgées dans le besoin, leur fournissant des repas chauds et d’autres services. Le budget final pour la rénovation des deux unités de santé s’élevait à 37.236 dollars. “Aujourd’hui, les deux centres ont rouvert et fournissent des soins à la communauté”, observe Sena. D’autres projets de l’IBSA ont inclus la fourniture d’une usine de dessalement de l’eau, également sur l’île de Sao Nicolau au Cap-Vert; un projet de formation au Cambodge au profit des enfants et des adolescents ayant des besoins particuliers; et la construction d’un centre de loisirs et de sports d’équipe en Palestine. Les derniers plans du fonds comprennent deux projets au Soudan (un dans le nord et un dans le sud); un projet de réduction de la pauvreté en Sierra Leone; et la construction d’un hôpital à Gaza. Dr Lyal White, directeur du Centre d’étude des marchés dynamiques (CDM) à l’Institut Gordon des sciences des affaires (GIBS) de l’Université de Pretoria, en Afrique du Sud, soutient que le Fonds IBSA peut avoir un impact plus grand. “Leurs projets sont très petits, donc pas très en vue. Ils sont très localisés et politisés – la Palestine, la Guinée-Bissau, la construction de terrains de sport”, affirme White. “Ils doivent considérer des choses comme l’agrobusiness. Le Brésil fait pression pour cela au Mozambique et en Guinée-Bissau. Aussi, l’Ouganda et le Ghana ont-ils un potentiel immense”, ajoute-t-il. Sena répond prudemment à l’idée de projets plus grands: “Si nous dépensons beaucoup d’argent sur un projet, nous ne pourrons pas réaliser un autre. Je ne serais pas tellement préoccupé par la taille, mais plutôt par l’impact. Le fonds n’est même pas encore une facilité de 10 ans. “L’idée, c’est de faire 'plus', mais 'plus' en accord avec les gens qui y vivent, et de développer des projets qui peuvent être reproduits dans d’autres pays. Parfois, vous pouvez faire une chose immense dans un pays sans pouvoir la reproduire”. Il ajoute que “l’idée est d’écouter les gouvernements nationaux et d’avoir des projets qui leur sont importants, qui sont très visibles, qui sont durables et qui correspondent à la taille du fonds”. Sena n’est au courant d’aucun plan visant à augmenter la contribution annuelle des membres de l’IBSA au fonds, mais déclare: “Chaque année, vous avez trois millions de dollars supplémentaires. L’objectif est de les utiliser, de sélectionner des projets pour faire une différence. Jusque-là, il a été reconnu et accueilli parce que l’impact des projets est significatif pour les communautés. En termes généraux, c’est ce qui diffère”.

