NIAMEY, 28 avr (IPS) – En prélude à la prochaine saison des pluies, Hamadou Abdou, aidé par son fils, s’active dans une portion de terre complètement dénudée du champ familial à creuser des demi-lunes agricoles où il veut produire du sorgho cette année encore à Bougoum, un village de l’ouest du Niger.
Les demi-lunes agricoles creusées par Abdou pour semer du sorgho ont la forme du croisant lunaire, a constaté IPS. «J’ai appris cette technique qui permet de revaloriser un sol devenu improductif, à travers les opérations de récupération des terres menées dans le cadre du programme de lutte contre l’ensablement du lit du fleuve Niger», indique Abdou à IPS. Il ajoute: «L’année dernière, j’ai récolté près de deux sacs de 100 kilogrammes de sorgho en semant dans cette portion de terre que je n’exploitais plus depuis plusieurs années, à cause de son aridité. Cette année, j’espère faire mieux pour le rendement».
«Cette technique (de demi-lunes agricoles) apprise (en 2008) par les paysans est expérimentée au niveau des glacis ensablés de nos sites d’interventions», affirme à IPS, Ichaou Galadima, coordonnateur national du Programme de lutte contre l’ensablement du bassin du Niger (PLCE/BN) basé à Niamey, la capitale nigérienne. Les techniciens du PLCE/BN sont les formateurs des paysans.
«Ce programme, qui touche 45 villages nigériens situés sur le bassin versant ouest du fleuve, a démarré ses activités en 2005 pour élargir et renforcer l’initiative lancée deux ans plutôt par les autorités nigériennes à Bougoum», explique Galadima.
Le programme d’une durée de cinq ans «est piloté par l’Autorité du bassin du Niger (ABN) à Niamey et couvre le Burkina Faso et le Mali également, pour un coût global de 22,901 milliards de francs CFA (environ 51 millions de dollars US)», indique à IPS, Seyni Seydou, coordonnateur régional du PLCE/BN à Niamey.
Le fleuve Niger, qui traverse le pays dans sa partie sud-ouest sur une longueur de 550 kilomètres, est confronté depuis des décennies à un phénomène d’ensablement de son lit, à cause notamment la désertification poussée de ses bassins versants, selon les spécialistes de l’environnement.
«Comme il n’y a pratiquement plus de végétation pour réduire la force des précipitations, les eaux de pluie créent des ravins par lesquels elles drainent d’importantes quantités de sable et d’autres débris dans le lit du fleuve», explique à IPS, Souley Altiné, un technicien de l’environnement à Niamey.
Pour freiner ce phénomène qui compromet gravement les activités socioéconomiques autour du fleuve, le PLCE/BN, dont les interventions couvrent également le site de Bougoum, a effectué d’innombrables réalisations (banquettes, fixation de dunes vives, plantation d’arbres), ayant permis de régénérer la végétation. Elles ont permis aussi de récupérer des terres agricoles et de réduire le flux de sable que les eaux de ruissellement transportent dans le fleuve, selon Galadima.
Seydou évalue les réalisations du programme, en 2010, à 47.338 hectares d’actions de protection et de lutte contre l’ensablement. «Ces réalisations se résument à 15.926 hectares en fixation des dunes, 25.629 hectares en récupération des terres dégradées, et 5.783 hectares en protection des berges». Au niveau des sites de Bitinkoji, Yetter Allah, Karey Gorou, Bougoum, tous des villages à la périphérie de Niamey où passe le fleuve, IPS a constaté la présence de végétations sur des terrains complètement dénudées il y a sept ans seulement.
«Nous avons gagné non seulement beaucoup d’argent dans ce travail, mais nous sommes bien organisés maintenant pour promouvoir le développement local», se réjouit Hama Sadou, un paysan de Bougoum.
«Avec le creusage des banquettes, je gagnais un peu plus de 3.000 FCFA (environ 6,5 dollars) par jour. Du fait de la rentabilité de ce travail, ces dernières années, de nombreux jeunes du village ont abandonné l’exode saisonnier», ajoute Sadou à IPS. Les femmes ont aussi tiré profit de ce travail. «Nous les avons utilisées dans les travaux de fixation des dunes, de transport de pierres et de production de plants qui sont moins pénibles que la construction des banquettes», déclare Galadima. Bintou Abdou, une habitante de Bitinkoji âgée de 30 ans environ, affirme avoir acquis une certaine autonomie financière grâce à ce programme. «Avec l’argent que je percevais sur le site, je me suis lancée dans la vente de beignets grâce à laquelle je parviens à habiller mes enfants et à prendre en charge certains frais liés à leur scolarité», dit-elle à IPS. Maïmouna Boubacar, une autre femme de 40 ans, s’est engagée dans l’élevage de petits ruminants. Elle déclare posséder actuellement une vingtaine de têtes dont 13 chèvres et sept moutons ainsi que de la volaille, et être aujourd’hui le pilier central de son foyer pour les charges financières.
Pour Daouda Mounkaïla, un habitant du village de Karey Gorou, l’un des acquis importants de ce programme est la création des comités villageois de gestion des ressources naturelles. «La paille que nous récoltons sur les sites restaurés est vendue, et l’argent placé dans un compte bancaire pour faire face aux besoins en infrastructures du village.

