AFRIQUE DE L’OUEST: Incertitude sur les OMD de l’eau et l’assainissement

OUAGADOUGOU, 18 fév (IPS) – Seule l’implication des collectivités locales pourra permettre d’atteindre le point 7 des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), relatif à l’eau et l’assainissement, estiment des organisations non gouvernementales (ONG) et leurs partenaires œuvrant dans ces secteurs.

L’ONG 'WaterAid' et les autres partenaires dans le secteur de l’eau et de l’assainissement, ainsi que des responsables des collectivités locales de pays d’Afrique de l’ouest, se sont retrouvés à Ouagadougou, au Burkina Faso, dans la deuxième semaine de février. Ils reconnaissent que les pays de la sous-région font des efforts concernant l’eau potable, cependant le volet assainissement est à la traîne et les pays d’Afrique subsaharienne ne pourraient réduire de moitié ceux qui vivent sans latrines qu’en 2076, soit 61 ans après la date butoir de 2015.

«Nous cherchons quel type d’appui nous devons donner aux pays pour atteindre des objectifs au niveau local. La seule façon de réussir, c’est la décentralisation dans laquelle les maires sont les maîtres d’œuvre dans la réalisation de ces ouvrages», déclare à IPS, Kossi Wozuamé, chargé de programme à 'WaterAid' au Burkina.

«Nous devons nous focaliser au niveau de la commune; une fois que les objectifs sont atteints au niveau des communes, on pourra dire qu’ils sont atteints au niveau des pays», ajoute Wozuame.

Selon les ONG, plusieurs pays pourront atteindre les OMD dans le secteur de l’eau où il y a eu des avancées, mais des incertitudes demeurent concernant l’assainissement.

«Au niveau de l’eau potable, il y a eu des avancées. On peut dire que le Burkina Faso et le Ghana s’approchent des objectifs, mais pour l’assainissement, tous les pays sont tellement en retard qu’il faut aider les communautés à comprendre que l’assainissement est une priorité, à comprendre l’utilité de ces ouvrages», martèle Wonuzan. Le Burkina Faso veut porter son taux actuel pour l’assainissement de 10 pour cent à 54 pour cent en 2015 alors que le taux de personnes ayant accès à l’eau a déjà atteint les 80 pour cent exigés par les OMD. Le gouvernement burkinabè a cependant lancé en décembre 2010 une initiative visant la réalisation de 54.000 latrines par an.

Selon Emmanuel Ikpe, chargé de la planification à Birim nord, au Ghana, cette décentralisation des OMD au niveau collectivités a permis d’accroître le niveau de prise de conscience des acteurs de la commune sur ces objectifs au sein des communautés concernées.

«Les communes étant proches et en contact direct avec les populations, la mise en œuvre des interventions en vue de l’atteinte des OMD devient plus facile», affirme Ikpe à IPS.

L’un des acquis de cette décentralisation des OMD est la collecte des données sur les infrastructures réalisées dans les différentes communes et qui ont permis aux techniciens de justifier leur implantation sans trop de pression politique, souligne Ikpe.

«On aurait dû commencer par la gouvernance locale, peut être vers 2025, on aura atteint des chiffres acceptables», déclare à IPS, moins optimiste, Fally Badian, sociologue à 'Enda Tiers Monde', une ONG basée à Dakar, au Sénégal.

Badian, qui estime que les OMD sont un cadre de référence, reste convaincu qu’en dehors des pays d’Afrique du nord, aucun pays d’Afrique subsaharienne n’atteindra les objectifs dans les secteurs d’eau et d’assainissement en raison de la faible participation des populations locales à la sensibilisation et aux prises de décision sur la question.

«Il y a la nécessité de privilégier l’approche participative de faire en sorte que la communauté puisse participer à tous les niveaux pour permettre une véritable prise en charge. Il faut une véritable prise en charge communautaire avec une obligation de rendre compte de ce qui est fait et de ce qui doit être fait», soutient Badian.

En 2010, la directrice de la santé publique et de l’environnement à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Dr Maria Neira, avait mis en garde contre la négligence des questions d'assainissement et d'eau potable, qui pourrait entraver la bataille des communautés contre la pauvreté et les problèmes de santé.

Par ailleurs, la consommation d'eau insalubre, un assainissement inadéquat et le manque d'hygiène sont à l'origine d'un nombre annuel de décès d'enfants de moins de cinq ans estimé à 2,2 millions. Et 1,5 million de ces décès sont dus à la diarrhée, deuxième cause du fardeau mondial de la maladie.

Selon Prince Kreplah, le président du groupe de travail des organisations de la société civile (OSC) pour l’accès à l’eau potable, l’hygiène et l’assainissement du Libéria, le gouvernement libérien a développé le processus d’assainissement total porté par les communautés dans 200 communautés du pays suite à la tenue des forums entre les populations, les ONG et les OSC locales.

L’un des résultats de cette collaboration est la décision du gouvernement libérien d’investir 0,5 pour cent de son produit intérieur brut (PIB) dans l’assainissement, affirme Kreplah à IPS.

En 2008, les taux d’accès à l’eau et à l’assainissement au Libéria étaient de 25 pour cent et 14 pour cent respectivement, et le gouvernement espérait les amener à 50 pour cent et 35 pour cent à la fin de cette année.