ZIMBABWE: Faire la part des choses dans le traitement personnel de l’eau

BULAWAYO, 10 fév (IPS) – La ville méridionale zimbabwéenne de Bulawayo n’a pas été épargnée par les fortes pluies tombées à travers l’Afrique australe; l’eau est la bienvenue dans cette partie semi-aride du pays, mais l’arrivée de la saison des pluies a réveillé des souvenirs récents sur le choléra de 2008.

Les infrastructures d’eau et d’assainissement de la ville sont encore en mauvais état. Bien que le maire de Bulawayo, Thaba Moyo, dise en insistant que l’eau souvent brune provenant des robinets de la ville est bonne à boire, la plupart des habitants de Bulawayo se rabattent sur leurs propres ressources pour se protéger contre les maladies hydriques.

Sikhulekile Banda, qui vit à Tshabalala, un township bondé et à faible revenu, utilise des filtres à sable de fortune à la fois pour l’eau de pluie qu’elle collecte et l’eau brune qu’elle obtient sporadiquement de son robinet de cuisine.

“C’est ce que nous avons utilisé au moment où nous grandissions dans les zones rurales, bien avant l’indépendance [en 1980]”, déclare-t-elle, pendant qu’elle remplissait de sable un seau au fond perforé.

Elle verse ensuite dans le seau l’eau qui s’égouttera lentement pendant la nuit dans un autre récipient placé en bas. L’eau précédemment trouble sort étincelante de propreté, mais Banda n’est pas sûre que cela soit suffisant pour protéger la santé de sa famille.

“Ce dont j’ai besoin, c’est de l’eau potable, si elle paraît propre, je suppose qu’elle n’est pas contaminée”, déclare-t-elle.

Jennifer Zvenyika est une autre habitante préoccupée par la qualité de son eau.

Là où Banda compte sur la terre, Zvenyika, 49 ans, se fie au soleil. Elle met l’eau de pluie collectée et l’eau de robinet sans distinction dans un grand récipient métallique qu’elle laisse dehors sous le soleil brûlant, du lever au coucher du soleil.

“Quand l’eau se chauffe, je sais que c’est mieux de l’utiliser que de l’avoir directement du toit ou du robinet”, a-t-elle dit.

La nécessité est la mère de l’invention, mais l’une ou l’autre de ces méthodes offre-t-elle la protection ? Les filtres à sable bien construits peuvent réduire le risque de maladie hydrique, souligne Eric Fewster, de l’ONG 'BioSand Filter'. L’organisation de Fewster promeut l’utilisation de pareils filtres dans les pays en développement.

“[Les filtres à bio-sable] sont formidables et offrent une grande étape intermédiaire entre les personnes qui boivent directement à partir des étangs et certains services meilleurs tels que l’approvisionnement par adduction”, a expliqué Fewster.

Les filtres à sable sont couramment utilisés dans le cadre du processus de traitement pour les installations de grandes quantités d’eau. Les filtres à bio-sable à usage domestique filtrent l’eau beaucoup plus lentement, réduisant le taux d’agents pathogènes potentiellement dangereux par la combinaison de l’action des différents organismes unicellulaires dans les 40 premiers centimètres du filtre et la barrière physique de sable très fin.

“Il y a des études d’impact sanitaires qui indiquent une réduction de la diarrhée grâce à l’utilisation des filtres à bio-sable”, a expliqué Fewster à IPS.

Des recherches en République dominicaine et au Kenya ont révélé que l’incidence de la diarrhée causée par les maladies hydriques a été pratiquement réduite de moitié avec l’utilisation des filtres à bio-sable bien construits.

En comparant le système de Banda aux spécifications de Fewster, une différence très significative serait que la lente filtration à travers le sable est plus efficace s’il y a toujours de l’eau qui y passe; c’est pour permettre la formation et l’entretien de ce qui est appelé schmutzdecke – “couche sale” en allemand – à l’endroit où intervient la plus grande partie de l’action biologique qui nettoie l’eau.

Mavis Chizulu, une infirmière en chef de municipalité, travaillant dans une campagne contre la diarrhée chez les enfants de moins de cinq ans, explique que même si les mères ont d’autres méthodes de traitement de l’eau comme les filtres à sable, elles ne doivent pas négliger de bouillir l’eau.

“Elles doivent faire bouillir l’eau entre trois et cinq minutes rigoureusement pour s’assurer qu’elle est bonne à boire”, a souligné Chizulu. Mais bouillir toute eau buvable peut être difficile dans une ville confrontée à de fréquentes coupures d’électricité: il faut beaucoup de bois de chauffage afin de bouillir l’eau à boire pour une grande famille.

Jusqu’à un milliard de personnes à travers le monde n’ont pas d’accès à l’eau potable et les méthodes de traitement à domicile offrent un moyen important, rentable pour aider à combattre les maladies hydriques. L’ingénieur de l’eau du conseil municipal de Bulawayo, Garfield Nyoni, pense que les technologies de purification de l’eau doivent être rendues disponibles au niveau national.

“Il existe sans doute un besoin d’introduire la purification de l’eau au niveau du ménage puisque les habitants continuent de se plaindre de l’eau impure, et que les pluies n’ont fait qu’empirer cela”, a déclaré Nyoni.

“Les filtres à sable pourraient aider si on enseignait à la population comment les construire”.