NIGER: Le composte à base d’ordures est prisé dans le maraîchage

NIAMEY, 13 jan (IPS) – Moussa Oumarou, un maraîcher de Goudel, au Niger, plonge en profondeur sa main dans un monticule de matière granulée grisâtre entassée au bord d’une fosse rectangulaire. Il en extrait une poignée qu’il écrase entre ses doigts et porte la poudre obtenue à ses narines pour sentir l’odeur.

Oumarou, qui est membre d’une coopérative maraîchère dénommée 'Beegué' à Goudel, un village périphérique à l’ouest de Niamey, la capitale nigérienne, déclare à IPS : “Quand le composte est à point, il ne sent pas. Il ne reste plus qu’à conditionner ce tas qui est encore légèrement humide dans des sacs de 50 kilos que nous vendons ici même sur le site de fabrication et dans des points de vente en ville”. La coopérative compte 70 membres dont une cinquantaine de femmes. 'Beegué', qui signifie “attrait” en langue Djerma, est une coopérative dont les membres ont bénéficié d’une formation en fabrication de composte à base d’ordures, dispensée par la Fédération des coopératives maraîchères du Niger, basée à Niamey, selon Maïmouna Hamidou, une technicienne rattachée à la section des coopératives de la capitale. “La Fédération des coopératives maraîchères réunit 127 coopératives et unions de coopératives disséminées sur l’ensemble du territoire, avec plus de 30.000 membres”, indique à IPS, Amadou Ousmane, secrétaire général de la fédération à Niamey. “Le composte est obtenu à base de tiges de mil, de jacinthe d’eau qu’on trouve abondamment dans le fleuve (Niger), d’ordures débarrassées des métaux et autres matières plastiques en provenance de certains marchés de Niamey, d’excréments d’animaux domestiques et de phosphate naturel qui provient de Tahoua (centre du pays)”, explique Chaïbou Garba, un autre membre de Beegué. “Nous le fabriquons dans ces fosses rectangulaires en superposant les ordures sur le mélange de tiges et de jacinthe découpées en morceaux. Ensuite, nous répandons les déjections animales et le phosphate, puis nous aspergeons abondamment la composition avant de fermer le trou avec du plastique pour empêcher l’air d’y pénétrer”, décrit Garba à IPS.

“Au bout de 15 jours, on sort la fermentation pour mélanger les différents éléments avec de l’eau et on remet le mélange obtenu dans la fosse qu’on referme. Un mois plus tard, on ressort ce mélange qui devient du composte prêt pour l’utilisation”, ajoute-t-il.

Selon Amadou Atikou, le technicien qui a analysé le fertilisant à l’Institut national des recherches agronomiques du Niger (INRAN) basé à Niamey, ce composte est très riche en azote et en phosphore indispensables pour une bonne croissance des plantes.

“C’est un fertilisant qui ne présente aucune nocivité, dont la plante se sert aussitôt qu’il est répandu dans le champ contrairement au fumier ou l’engrais chimique qui mettent un temps à se décomposer avant d’être utiles aux cultures”, explique Atikou à IPS. “Mieux, il conserve durablement la productivité du sol qui n’aura plus besoin d’être fertilisé chaque année et permet d’obtenir des produits de qualité avec un goût naturel”, renchérit Hamidou à IPS. “Pour la fertilisation d’une planche de légumes ou de riz, neuf kilogrammes de composte suffisent pour toute la campagne”, indique à IPS, Hadiza Garba, une membre de la coopérative Beegué. Selon Oumarou, en fonction de la grandeur de la fosse, la quantité de composte qu’on peut obtenir varie entre 15 et 40 sacs, vendu à 2.500 francs CFA (environ 5,2 dollars US) l’unité. “Il y a seulement deux ans que nous avons commencé cette activité et cela a permis à notre coopérative de réaliser des recettes de l’ordre de 500.000 FCFA (environ 1.042 dollars)”.

Comme investissement, la coopérative dépense notamment pour l’achat du phosphate naturel vendu à 3.500 FCFA (environ 7,2 dollars) le sac à Niamey, et il faut au moins trois sacs pour une fosse de composte, selon Garba. “Les brouettes, les pioches, les pelles, les râteaux ainsi que les gants, bottes et masques, sont offerts gracieusement à la coopérative par l’ONG internationale Oxfam Québec, par l’entremise de la fédération”, dit-elle. “Cette activité nous facilite l’enlèvement des ordures qui sont directement acheminées sur les sites de production au lieu d’être déversées dans la nature”, déclare à IPS, Djibo Amadou, un agent d’assainissement de la ville de Niamey.

Le fertilisant, dont la fabrication est largement vulgarisée actuellement dans ce pays sahélien d’Afrique de l’ouest, est utilisé sur tous les sites de cultures maraîchères, et même par certains riziculteurs de la capitale, le long de la vallée du fleuve Niger, a constaté IPS.

“Depuis que j’ai découvert ce composte qui me donne entièrement satisfaction du point de vue de la production, je n’utilise plus l’engrais chimique. Les légumes que je produis sont prisés sur le marché à cause de leur goût naturel”, assure Alzouma Halidou, un maraîcher de Saguia, un site de cultures de contre-saison à Niamey.

Selon Douma Abdoulsalam, formateur principal en production de composte à la Fédération des coopératives maraîchères du Niger, l’efficacité du fertilisant s’observe dès la phase de production des plants qui seront ensuite repiqués. “Dans la production d’oignons, l’utilisation du composte amoindrit les pertes qui sont d’environ 10 pour cent seulement lors de la conservation, contre 50 à 60 pour cent avec l’engrais chimique”, souligne Abdoulsalam à IPS.