AFRIQUE: Définir le fonds vert

CANCUN, 10 déc (IPS) – Le financement des pays en développement pour soutenir la réduction des émissions et l’adaptation aux impacts du changement climatique constituent l’une des tâches qui attendent les négociateurs et les politiciens à la conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Cancún.

Dr Anthony Nyong de la BAD explique la position de l’Afrique concernant le montant nécessaire, son utilisation et l’institution qui doit le gérer. Voici un extrait de l’entretien.

Q: Les négociateurs africains ont mentionné différents montants nécessaires pour l’adaptation du continent au changement climatique. Quel chiffre est, selon vous, le plus crédible? Lorsque vous évaluez le coût de l’adaptation, la plupart des gens calculent le coût de l’adaptation pour inclure le développement de base. Si vous n’avez pas de bonnes routes, vous ne pouvez pas mettre en œuvre votre stratégie de réduction des catastrophes. Si vous n’avez pas de bons hôpitaux, vous ne pouvez pas vous adapter aux impacts sanitaires du changement climatique.

Cela varie donc. Certains intègrent le coût du développement de base dans l’adaptation; d’autres considèrent l’adaptation sans nécessairement inclure le coût des infrastructures de base.

Je soutiens personnellement le modèle qui vous indique que l’adaptation est composée du développement de base et aussi des coûts supplémentaires à engager pour le changement climatique.

La BAD a élaboré une proposition pour avoir un fonds vert pour l'Afrique. Ce fonds a été reconnu dans un rapport réalisé par le comité des experts que le Secrétaire général des Nations Unies a chargé d’examiner le financement à long terme du changement climatique et la manière dont nous pouvons arriver, chaque année et jusqu’à 2020, aux 100 milliards de dollars auxquels les pays développés sont ouverts.

Ce comité a proposé que le fonds vert pour l'Afrique reçoive environ 20 milliards de dollars par an, mais ce n’est pas notre recommandation. La recommandation africaine est de 40 milliards de dollars par an. Le fonds n’est pas seulement une initiative de la Banque, c’est une initiative du continent, nous sommes simplement en train de répondre à cette demande.

Cela aidera à mettre en œuvre des projets en matière d’atténuation, d’adaptation et d’autres domaines d'application comme le renforcement des capacités et le transfert de technologie, toutes les choses qui sont en cours de négociation.

Q : Qui doit gérer un fonds d’adaptation? Les banques régionales de développement doivent gérer les fonds. Ces fonds ne doivent plus être centralisés.

Nous voulons que ces ressources soient décentralisées afin de les rapprocher des populations. Si vous gérez ceci de façon décentralisée, ça va en l’encontre de l’objectif de développement partagé. Mon avis est que les banques régionales de développement, comme la Banque africaine de développement, doivent gérer le fonds.

Q: Vous avez mis en garde les négociateurs africains de ne pas accepter un accord qui ne marchera pas pour l’Afrique et vous avez utilisé l’exemple du Mécanisme de développement propre (MDP). Comment cela a-t-il échoué? Pendant le processus de négociation pour le Mécanisme de développement propre (MDP) à Kyoto, le mécanisme de financement n’a pas été pleinement mis en phase avec les besoins et les priorités de l’Afrique. Nous ne voulons pas que cela se répète.

Les problèmes du MDP sont nombreux, le premier étant que le niveau de développement ne peut pas supporter facilement les projets qui nous aideraient à gagner à partir du marché de carbone tous les crédits-carbone. Nous n’avons pas vu beaucoup de projets de développement durable dans le secteur de l’énergie car nous avons l’énergie renouvelable en grande partie.

Ensuite, le second problème est que les secteurs qui génèrent réellement les émissions à partir de l’Afrique ont été exclus en grande partie, comme l’agriculture et la foresterie.

Le troisième problème est que les coûts de transaction dans les affaires en Afrique sont encore élevés. Cela a conduit aux faibles niveaux de participation dans ce mécanisme pour l’Afrique.

Q: Comment êtes-vous certain que les pays développés vont fournir l’argent, si l’on tient compte des crises économiques actuelles en Europe? D’un côté, il y a les crises, de l’autre, il y a les engagements. Il y a des choses que vous devez faire même quand vous avez une crise. Et un engagement au changement climatique est une de ces choses.

Nous espérons que ces pays vont honorer leurs engagements afin d’assurer qu’il y ait une solution mondiale au changement climatique. Nous passons beaucoup de temps à parler des fonds, mais le meilleur moyen d’adaptation est l’atténuation. Si vous ne réduisez pas votre émission de gaz à effet de serre, Aucune somme ne pourra rien arranger.

Les pays développés ont donc deux choses à faire. D’abord, réduire leurs émissions à des niveaux scientifiquement acceptables et, ensuite, fournir des ressources pour que les pays affectés prennent des mesures.

* Cet article est coproduit par IPS et TerraViva