DEVELOPPEMENT: L’heure de l’Afrique a sonné

MADRID, 27 nov (IPS) – Il y a une image de l’Afrique qui est pire que l’Afrique ne l’est, et il y a ensuite l’Afrique dont une grande partie est meilleure que son image. C’est le continent dont l’heure a sonné, ont souligné les responsables africains de la société civile lors d’une rencontre à Madrid, jeudi.

L’image prédominante d’une Afrique en proie à la pauvreté, à la maladie et à des privations de tout genre, révèle une vérité incontestable, a-t-on reconnu, mais cache la réalité d’une Afrique qui est en croissance à un taux de plus de cinq pour cent en moyenne, qui mobilise des ressources sans aide et qui réussit. L’image cachée est celle d’une vérité peu connue et moins reconnue.

Le Malawi est devenu maintenant un donateur de maïs pour les pays qui sont dans le besoin, et il vend ses surplus sur les marchés mondiaux, a déclaré l’archevêque Njongonkulu Ndungane, président de 'African Monitor', une ONG basée au Cap, dans son discours d’ouverture lors de la réunion conjointement organisée par 'Agencia Española de Cooperación Internacional para el Desarrollo' (AECID – Agence espagnole de coopération internationale pour le développement) et Inter Press Service (IPS).

“Cette réussite est arrivée après que le gouvernement malawite a ignoré les recommandations de certains organismes de financement demandant de ne pas subventionner les engrais et autres intrants agricoles”, a ajouté Ndungane.

Cela est un succès parmi tant d’autres. Les histoires mêmes d’échec deviennent des histoires de succès, a déclaré Ndungane. L’Afrique détient encore l’espérance de vie la plus courte et la pauvreté la plus étendue, mais “la bonne nouvelle, c’est que nous sommes en train de renverser la plupart de ces tendances – et c’est pourquoi nous osons affirmer que l’heure de l’Afrique a sonné”.

Ndungane a indiqué plusieurs aspects positifs. Le taux de l’extrême pauvreté a atteint son point culminant, à la fin des années 1990, à plus de 58 pour cent, mais en 2005, il a chuté à moins de 50 pour cent. L’Afrique sub-saharienne va contre les tendances mondiales pour pousser la croissance de 5,3 pour cent cette année à 6,0 pour cent en 2011.

Dans le courant de l’année prochaine, la Banque africaine de développement dépensera 10 milliards de dollars dans des projets infrastructurels, bien que la Banque mondiale déclare que l’Afrique a besoin de 93 milliards de dollars par an pour les routes, l’eau et l’énergie. Là où elle obtient, comme aide, 40 milliards de dollars par an, elle mobilise actuellement 400 milliards de dollars à travers des contrats, des remises et autres mécanismes financiers.

C’est le meilleur, mais ce n’est pas tout. Ndungane a plus que reconnu cette image prédominante et les faits qui la sous-tendent.

D’autre part, les pays africains se sont engagés à dépenser 20 pour cent de leur budget dans l’agriculture, mais seuls 10 respectent cet engagement. Cela n’a pas aidé les donateurs qui n’ont respecté que 60 pour cent de leurs engagements.

Mais il y a presque un accord sur le fait que l’équilibre est en train de changer – et que les médias sont très loin de signaler cette nouvelle mise en équilibre. “Il doit y avoir un changement de paradigme dans les médias parce qu’on ne fait pas de reportage sur les progrès en Afrique”, a déclaré Themba James Maseko, directeur général de l’Agence de communication et d’information gouvernementale (GCIS) en Afrique du Sud, lors de la réunion, devant une salle pleine à craquer.

La plupart des pays européens ont peu de migrants provenant d’Afrique et la seule image qu’ont les enfants qui grandissent dans ces pays est celle d’un continent pauvre en proie aux conflits et à la pauvreté, a-t-il déclaré. D’autre part, l’Afrique doit faire sa part de travail: bâtir le leadership, construire des industries au lieu d’exporter les matières premières, contrôler la fuite des cerveaux, assurer un environnement durable et lutter contre la corruption.

Inévitablement, la rencontre sur l’Afrique en Espagne a révélé la question des sans-papiers africains qui arrivent en Europe.

“A travers l’histoire, il y a toujours eu de migration”, a déclaré Cheriff Sy, président du Forum des éditeurs africains. “Les gens ont toujours migré pour une vie plus heureuse. Et il y a la migration à l’intérieur de l’Afrique aussi”.

Et il a ajouté: “Ne parlons pas de ces gens comme s’ils sont du bétail”.

Plutôt que de compter sur les médias, il pourrait être plus utile de les contourner, a suggéré Javier Bauluz, photojournaliste et lauréat du prix Pulitzer. Les gens ne se connaissent pas, a-t-il déclaré, et plutôt que de compter sur les médias, ils doivent partir pour des programmes d’échange. De telles actions au niveau scolaire entre l’Afrique et l’Europe peuvent conduire à une meilleure compréhension, a-t-il déclaré.

Le but de la rencontre était de communiquer de pareilles idées, a déclaré le directeur général de IPS, Mario Lubetkin dans ses remarques de clôture. Il s’agissait de “prêter attention à la nouvelle réalité africaine, celle qui peut être entendue sous un nouvel angle, avec dignité, sans peur, sans même la crainte de se tromper ou de faire des erreurs”.

C’est maintenant, a-t-il déclaré, “une Afrique qui émerge dans un sud qui émerge, ce n’est pas seulement dans le futur, mais au présent, et à partir de cela, l’Afrique est en train de rejoindre le dynamisme de la Chine, de l’Inde et du Brésil”.

La capacité de l’Afrique et celle de l’Afrique du Sud, a-t-il déclaré, a été démontrée pendant la coupe du monde de football. “Plusieurs personnes avaient déclaré que ce serait un échec, mais la vie s’est révélée être autre chose. Les médias, focalisés sur le football, n’ont pas fait ressortir les dimensions de ce que l’Afrique du Sud et l’Afrique ont accompli dans l’organisation du championnat. C’était un tournant!” Reprenant à son compte l’expression “afro pessimisme” lors de la réunion, Lubetkin a déclaré que les médias aident parfois à accroître cet “afro pessimisme”. La réunion, a-t-il déclaré, a ouvert les esprits à un nouvel “afro optimisme”, non comme un exercice de relations publiques, mais comme une perspective pour comprendre l’Afrique.

Un nouveau site web de IPS Africa a été lancé pendant la réunion. (http://www.ips.org/africa/)