MALI: L’ignorance, une cause de la mortalité maternelle et infantile

BAMAKO, 26 nov (IPS) – Par ignorance, de nombreuses femmes négligent les consultations prénatales au Mali. Il en résulte un taux élevé de la mortalité maternelle et infantile, malgré les efforts de sensibilisation des agents de santé.

«En octobre 2010, c’est avec une peine infinie que j’ai assisté à la mort d’une jeune fille de 18 ans qui a perdu beaucoup de sang lors de son accouchement», a déclaré Fatoumata Fané, une sage-femme de la maternité d’Hamdallaye, un quartier de Bamako, la capitale malienne. Le bébé était saint et sauf, mais il fallait rapidement faire une perfusion de sang à la patiente. «Malheureusement, elle n’avait pas fait de visites médicales durant toute la grossesse pouvant nous permettre de connaître son groupe sanguin. Alors, il était trop tard quand on pu identifier son groupe», a expliqué Fané à IPS. Pour sa part, Adiaratou Doumbia, une jeune femme enceinte rencontrée à la maternité d’Hamdallaye, a confié à IPS : «Je suis enceinte depuis quatre mois. Mais si je n’étais pas tombée malade, je ne serais pas venue ici. Je ne savais pas qu’on doit se rendre au centre de santé pour éviter des problèmes lors de l’accouchement». Au Mali, les taux de mortalité maternelle et infanto juvénile demeurent élevés malgré les progrès réalisés. «En effet, le taux de mortalité infantile est passé de 113 à 96 pour 1.000 entre 2001 et 2006. Sur la même période, le taux de mortalité maternelle a baissé en passant de 582 à 464 décès pour 100.000 naissances vivantes», souligne le deuxième rapport sur la mise en œuvre des Objectifs du millénaire pour le développement. Ce rapport a été produit par le bureau du Programme des Nations Unies pour le développement au Mali en 2009 et publié en mars 2010. Dr Mariam Diarra, une gynécologue de la clinique Sissmed à Bamako, a affirmé à IPS qu’on peut considérer comme mortalité maternelle le décès d’une femme à la suite d’une quelconque complication survenue à compter du jour de la conception jusqu’au retour des règles après l’accouchement. Pour les spécialistes, cette mortalité n’est pas une fatalité et le meilleur moyen de prévention demeure la sensibilisation. «On peut lutter contre la mortalité maternelle si les femmes enceintes acceptent de suivre les conseils des agents de santé. Il faut encourager les femmes enceintes à aller accoucher dans des structures médicalisées car la première cause de la mortalité maternelle est le saignement qui survient du début des contractions jusqu’à 24 heures après la sortie du placenta (enveloppe qui couvre l’enfant)», explique Fané. Par ailleurs, Dr Diarra affirme que des millions de femmes, qui survivent à l'accouchement à travers le monde, gardent souvent des séquelles, des infections, des maladies ou des handicaps. Mais en dépit de la prolifération des infrastructures sanitaires publiques ou privées, les nombreux cas de décès suite à l’accouchement restent une préoccupation pour les agents de santé qui en sont témoins tous les jours. «De nombreuses femmes meurent dans les hôpitaux à la suite des complications de grossesse dues à la négligence du suivi médical pendant la durée de la grossesse. En réalité, un nombre important de femmes ne sait pas le risque qu’elles courent en n’allant pas consulter», indique Diarra. La maternité d’une femme est répartie entre trois périodes notamment: la période prénatale, l’accouchement et la période post-natale. Mais le bon suivi de la période prénatale permet d’éviter les complications pendant les autres périodes de la maternité. En clair, les consultations prénatales permettent au médecin d’identifier les 90 pour cent des complications éventuelles de maternité pouvant provoquer la mort de la mère et de l’enfant, explique à IPS, Dr Moussa Diakité, de la clinique Acti-Santé à Bamako. Même si la plupart des cas de négligence se rencontrent en milieu rural, beaucoup de femmes qui vivent dans les grandes villes du pays sont aussi concernées. «Lors de ma première grossesse, j’ai commencé à venir au centre de santé tardivement, quand je suis tombée malade. Mais, la sage-femme m’a conseillé de venir désormais au centre de santé pour dépister et prévenir les complications de grossesse dès les premiers jours de la conception», a témoigné à IPS, Kadia Sylla, 23 ans, enceinte de cinq mois vivant à Bamako. Les risques encourus par les femmes peuvent être évités si les femmes avaient accès aux services de protection maternelle et aux soins de santé de base essentiels. Jusqu'à 80 pour cent des décès et maladies maternels pourraient être évités, indique un rapport de 2009 du ministère malien de la Santé. «Les consultations prénatales permettent de faire un bilan initial dans le but de rechercher certaines infections ou maladies pouvant entraver la bonne poursuite de la grossesse», souligne Dr Diakité. Beaucoup de femmes comprennent l’importance du suivi régulier de la grossesse pour leur survie et celle de l’enfant lors des consultations médicales. «Elles permettent de prévoir le mode d’accouchement. Par exemple, si la femme enceinte n’atteint pas 1,5 mètre, elle ne peut pas accoucher; alors, il lui faut faire une césarienne. Ce sont les consultations prénatales qui permettent de prévoir tout ça», a affirmé à IPS, Assan Koné, 20 ans, mère d’un enfant de deux mois. Cette explication est confirmée par Dr Diakité qui indique que le bassin des femmes de courte taille est réduit et que cela représente un risque élevé pour la mère et l’enfant lors de l'accouchement. Selon le rapport du ministère de la Santé, parmi les causes directes de la mortalité maternelle, 77 pour cent sont imputables à des complications qui surviennent soit durant l'accouchement, soit immédiatement après.