HARARE, 23 nov (IPS) – Le mot “sanctions” figurait parmi les cinq mots mentionnés à l’intention du nouvel ambassadeur de l’Union européenne (UE) au Zimbabwe, Aldo Dell Ariccia, lorsqu’il est arrivé premièrement au Zimbabwe et qu’il a rencontré les responsables du gouvernement il y a quelques mois.
Les politiciens du pays ont essayé de convaincre les Zimbabwéens et les étrangers que les sanctions infligées à 98 individus et sociétés sont directement liées à l’effondrement de l’économie du pays et à la baisse généralisée de la qualité de vie.
En 2002, l’UE a infligé des sanctions ciblées au président Robert Mugabe, aux membres de son parti, l’Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique (ZANU-PF), aux forces armées, à la police, aux juges, aux personnes et aux sociétés ayant des liens avec le parti et ses responsables. Les sanctions représentaient une réponse directe à la détérioration notée dans les droits humains et dans le climat politique du pays.
Les termes de ces sanctions comprennent des interdictions de voyage vers le territoire de l’UE, le gel des avoirs, un embargo sur les armes et matériel connexe ainsi qu’une interdiction sur l’équipement qui pourrait être utilisé pour la répression interne.
Dell Ariccia qualifie ces mesures de “restrictions contre les responsables de la ZANU-PF, leurs entités ainsi que les personnes et entités qui ont des rapports avec eux.
“Les sanctions ne sont pas destinées à faire mal aux personnes ordinaires du Zimbabwe, mais à celles qui sont ciblées et celles qui constituent un pouvoir politique proche. Pour démontrer ce fait, l’UE demeure le deuxième plus grand partenaire commercial du Zimbabwe après l’Afrique du Sud”, indique Dell Ariccia.
Pour étayer son point de vue, il a expliqué à IPS que l’UE est en train de financer un projet de 18 millions de dollars pour appuyer la relance du grand secteur de sucre du pays. L’UE demeure activement impliquée dans plusieurs projets humanitaires dans le pays.
Mais l’historien économiste, Dr Tafataona Mahoso, diffère nettement de l’envoyé de l’UE. “Ces sanctions constituent une guerre économique contre le peuple du Zimbabwe. La vie des gens a été dévaluée et ramenée aux niveaux de 1953”, a indiqué Mahoso.
Il considère les sanctions comme un cheval de Troie utilisé contre le people du Zimbabwe.
Mahoso cite l’exemple de millions de Zimbabwéens qui ont migré vers les pays voisins et des capitales occidentales où ils ont été obligés d’accepter des emplois subalternes qu’ils n’accepteraient pas de retour au pays. C’est un effet des sanctions.
“Nous avons été témoins de la perte des pensions et de la dignité, ce qui explique pourquoi c’est une guerre. Elle touche tout le monde sur son passage.
En indiquant la façon dont l’économie du pays a été touchée par ces sanctions, Mahoso explique que les entreprises zimbabwéennes ne sont pas en mesure de s’approvisionner en équipement de l’étranger parce qu’elles ne peuvent pas accéder aux lignes de crédit. Le gouvernement du pays a du mal à fournir les services de base parce qu’il est obligé d’opérer une économie monétaire.
“Une économie sanctionnée produit un peuple sanctionné. L’économie est comme une rivière et quiconque décide d’infliger une sanction à un pays agit comme s’il mettait du poison dans cette rivière; alors, toutes les personnes qui dépendent de cette rivière sont affectées”, estime Mahoso.
Mais le point de vue de Mahoso n’est pas nécessairement celui qui domine au sein des Zimbabwéens.
“Il n’y a pas de sanctions infligées à l’économie du Zimbabwe et à son peuple par l’UE et d’autres pays occidentaux”, déclare Okay Machisa, le directeur de la 'Zimbabwe Human Rights Association' (Association des droits de l’Homme du Zimbabwe – ZimRights), dans un entretien accordé à IPS.
“Nous savons que les vraies sanctions sont infligées au peuple du Zimbabwe en 2008 par un certain régime qui nous a empêchés de jouir de la liberté d’expression et d’association avec un parti politique de notre choix”, ajoute-il. La ZimRights est une organisation fondée sur l’adhésion qui lutte pour les droits humains des citoyens.
Il est largement admis que les résultats des élections présidentielles de 2008 ont été truqués pour éviter une victoire absolue de Morgan Tsvangirai du Mouvement pour le changement démocratique.
Biko Mutsaurwa, un artiste, a aussi un avis différent. Il a dit à IPS que les difficultés économiques du pays n'ont rien à voir avec les sanctions de l'UE, mais constituent une conséquence directe de mauvaises politiques économiques.
“Cette crise a été déclenchée lorsque le gouvernement a été convaincu d'adopter des politiques néolibérales dans les années 1990 sur la base des recommandations des institutions financières internationales”, affirme Mutsaurwa. Ces institutions financières internationales sont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.
“Le fait que seulement 98 personnes et leurs entreprises soient sanctionnées et que les effets soient ressentis par l'ensemble du pays est révélateur de la corruption et de la ploutocratie des 98 personnes qui contrôlent tout”, estime-t-il.
Mais les sanctions ont-elles atteint leur but visé, qui est de faire pression sur l'élite politique afin qu’elle retourne à la démocratie? “Il y a eu un impact sur les personnes qui sont ciblées. Sinon, elles n'auraient pas lancé cette campagne pour la levée des sanctions”, a déclaré Dell Ariccia.
Cependant, John Chimunhu, un journaliste indépendant, est d'un avis différent: “Rien n'a vraiment changé, la répression se poursuit et les personnes ciblées ont transféré leur butin vers Hong Kong et continuent de piller ici au pays.”

