AFRIQUE: Des progrès dans la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant

NAIROBI, 6 oct (IPS) – Le nombre de femmes enceintes subissant le test de dépistage du VIH et ayant accès au traitement en Afrique subsaharienne a connu des progrès significatifs, indiquant que l’élimination virtuelle de la transmission du virus de la mère à l’enfant d’ici à 2015 est possible.

Selon un nouveau rapport intitulé 'Towards Universal Access' (Vers l’accès universel), la proportion de femmes enceintes en Afrique subsaharienne qui ont bénéficié d’un test de dépistage du VIH a augmenté de 43 pour cent en 2008 à 51 pour cent en 2009. Le rapport réalisé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA a évalué les progrès du VIH/SIDA dans 144 pays à faible et moyen revenu.

Il a constaté qu’environ 24 pour cent des 125 millions à peu près de femmes enceintes dans ces pays, ont bénéficié du test de dépistage du VIH en 2009, soit une augmentation à partir de 21 pour cent en 2008 et de huit pour cent en 2005.

Cinquante-quatre pour cent des femmes enceintes séropositives en Afrique subsaharienne ont reçu en 2009 des médicaments antirétroviraux pour la prévention de la transmission à leurs enfants, soit une augmentation à partir de 45 pour cent en 2008.

S’adressant à IPS lors du lancement du rapport à Nairobi le 28 septembre, le directeur régional de l’UNICEF, Elhadj As Sy, a déclaré que les progrès réalisés dans la prévention de la transmission de la mère à l’enfant attestent que l’élimination virtuelle d’ici à 2015 est réalisable.

“Ce dont nous avons besoin est un leadership politique fort, un financement, de bons programmes et de l’activisme. Si nous bâtissons sur le progrès et avec un engagement renouvelé, nous sommes bien sur notre chemin vers la réalisation de l’élimination virtuelle d’ici à 2015”, a déclaré Sy. Cependant, malgré les progrès, il y a toujours des défis avec des disparités entre régions et au sein des pays.

Quatre pays de la région annoncent qu’ils fournissent des tests de dépistage du VIH et des conseils à plus de 80 pour cent de femmes enceintes. Ce sont l’Afrique du Sud, la Zambie, la Namibie, et le Botswana. Ces pays ont déjà atteint l’objectif fixé à la Session spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies (SSAGNU). C’est l’objectif selon lequel il faut fournir des médicaments antirétroviraux à 80 pour cent de femmes enceintes dans le besoin de traitement pour réduire la transmission à leurs enfants.

Malgré les progrès faits, les pays de l’Afrique orientale et australe s’en sont mieux tirés que leurs homologues d’Afrique occidentale et centrale. En Afrique orientale et australe, 50 pour cent des femmes enceintes ont bénéficié du dépistage du VIH et des conseils, soit une augmentation à partir de 43 pour cent en 2008. En Afrique occidentale et centrale, la couverture a augmenté de 16 pour cent à 21 pour cent entre 2008 et 2009.

“Pendant que les chiffres en Afrique occidentale et centrale sont faibles, cela ne reflète pas un échec de leur part. Le fardeau du VIH/SIDA a lourdement pesé sur l’Afrique orientale et australe et c’est là que la plupart des interventions ont été dirigées. L’Afrique occidentale et centrale commencent tout juste à prendre le problème et le fardeau de l’épidémie pour eux est moins lourd”, a déclaré Dr. David Okello. Okello est directeur du bureau régional africain pour la lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme.

Sept pays, y compris le Nigeria, l’Angola, la République démocratique du Congo (RDC) et l’Ethiopie ont fourni des tests de dépistage du VIH à moins d’un tiers des femmes enceintes. “Reconnaître le traitement et y accéder est crucial. De plus grands investissements sont nécessaires pour accroître le dépistage du VIH et les conseils parmi les femmes enceintes afin de prévenir efficacement la transmission du VIH de la mère à l’enfant”, a déclaré Okello.

Le Nigeria, la RDC, l’Ethiopie et l’Ouganda sont encore loin d’atteindre l’objectif de la SSAGNU. Ces quatre pays ont contribué à 50 pour cent de l’écart global pour atteindre l’objectif de la SSAGNU. L’écart global est la différence entre le nombre actuel de femmes enceintes dans le besoin, ayant accès aux ARV et le nombre estimatif devant être atteint pour réaliser l’objectif de la SSAGNU. Le Nigeria représente à lui seul un tiers, soit 32 pour cent de l’écart.

Le nombre d’enfants recevant la thérapie antirétrovirale en Afrique subsaharienne a augmenté de 224.100 à 296.000. Cependant, la couverture totale parmi les enfants de la région est encore faible avec 26 pour cent contre 37 pour cent pour les adultes.

“Trop d’enfants meurent encore à cette époque où nous pouvons faire le test et le traitement. Nous devons faire davantage pour atteindre les 10 millions qui ont encore besoin de traitement”, a déclaré Sy.

Parmi les enfants exposés au VIH, l’accès au dépistage précoce, aux soins et au traitement est encore un défi. Plus de 90 pour cent des enfants vivant avec le VIH sont infectés à travers la transmission de la mère à l’enfant pendant la grossesse, au moment de l’accouchement ou à travers l’allaitement. Les défis de l’Afrique subsaharienne comprennent la faible intégration des services, les ruptures continuelles de médicament et le faible suivi des patients mis sous traitement.

“Pour aborder ces défis, les pays doivent renforcer les systèmes de santé, améliorer l’intégration des services et rapprocher les installations de la population”, a déclaré Okello.

L’intégration des services signifie avoir les domaines connexes proches les uns des autres, tels que les services de santé de l’enfant et de la mère, de tuberculose et de santé de la reproduction. “Nous devons élaborer des stratégies pour tendre le bras à chaque femme et enfant, particulièrement ceux qui sont dans les zones marginalisées, les pauvres, et ceux qui vivent dans les régions rurales. Nous devons aller contre la stigmatisation, la discrimination et le risque de violence contre les femmes en particulier”, a déclaré Sy.

Les pays doivent élaborer des mécanismes pour impliquer les communautés comme partenaires et pour établir des liens entre les installations sanitaires et la population locale. Il faut s’attaquer aux défis qui retiennent les gens loin des établissements de santé tels que les obstacles financiers et les frais de consultation.

Des systèmes de suivi fermes sont nécessaires pour contrôler et faire en sorte que les besoins identifiés soient réellement en train d’être satisfaits. Plusieurs nourrissons et femmes enceintes séropositifs sont perdus de vue pour le suivi.

Cependant, l’Afrique subsaharienne qui compte beaucoup sur les donateurs pour ses interventions en matière de VIH, est confrontée à de moments difficiles à l’avenir, avec l’annonce selon laquelle le financement est constamment en baisse.

“Le financement pour le VIH a baissé pour la première fois en 15 ans. En 2009, nous avons eu 8,7 milliards de dollars, maintenant nous avons 7,7 milliards (de dollars), l’écart du financement a augmenté d’environ 10 millions de dollars”, a déclaré Okello.

Les gouvernements africains sont encouragés à accroître l’allocation du budget national pour les soins de santé. “Les pays doivent se conformer à la déclaration d’Abuja selon laquelle 15 pour cent du budget national ira à la santé. Avec des structures de bonne gouvernance et de reddition de compte, ces fonds peuvent être bien utilisés. Les avantages de l’augmentation de l’investissement dans les soins de santé sont immenses”, a-t-il déclaré.

La plateforme, au cours de la conférence sur la reconstitution du fonds mondial à New York en octobre, sera utilisée pour inviter les gouvernements à réduire l’écart du financement.