BURKINA FASO: Le gouvernement incite à l’allaitement maternel exclusif

OUAGADOUGOU, 21 juil (IPS) – Les autorités du Burkina Faso ont voulu prendre les devants pour inciter les femmes à l’allaitement maternel exclusif, en décidant d’associer les leaders religieux et les communautés à la campagne de sensibilisation après l’adoption d’un plan d’action au début de l’année.

La nouvelle campagne a déjà commencé à travers le pays. Le gouvernement burkinabé et ses partenaires estiment en effet que les résultats concernant l’adhésion à l’allaitement maternel exclusif sont restés en deçà des attentes malgré les nombreuses campagnes précédentes de sensibilisation. Selon la direction de la nutrition au ministère de la Santé, après plusieurs années, plus 90 pour cent de femmes allaitent leurs enfants, mais pas de façon optimale car elles sont moins de 20 pour cent à faire l’allaitement exclusif. Selon le gouvernement et ses partenaires, ce taux bas signifie une augmentation des cas de malnutrition.

«Avec l’allaitement maternel, on aura moins d’enfants malnutris au Burkina Faso car ça permet de lutter contre les maladies infectieuses, en permettant, par exemple, à l’enfant sevré convenablement avec cette base qui lui permet de résister aux maladies», explique Sylvana Nzirorera, la représentante adjointe du Fonds des Nations Unies (UNICEF) à Ouagadougou, la capitale burkinabé.

Plusieurs études menées au Burkina situent le taux d’allaitement exclusif entre six et 16 pour cent, selon des sources gouvernementales et onusiennes. «Nous avons failli; en 20 ans, l’allaitement maternel exclusif n’a pas décollé. Pour être optimal, il faut que pendant les six premiers mois, les femmes allaitent exclusivement les enfants», admet Dr Sylvestre Tapsoba, directeur de la nutrition.

Les causes de l’échec, affirme Tapsoba, sont la persistance de pratiques traditionnelles néfastes à l’allaitement maternel exclusif, le manque d’informations justes à l’endroit des populations. «On a une idée sur l’allaitement, mais on n’a pas toute l’information sur les besoins fondamentaux d’un bébé d’être allaité exclusivement, donc tout le monde doit avoir l’information», souligne Nzirerora. «Le lait jaune est le premier vaccin de l’enfant qui contient de l’anticorps, donc c’est un manque d’information qui fait que les gens ne s’y intéressent pas», explique Narcisse Naré, chef du service enfant et adolescent à la direction de la santé et de la famille au Burkina Faso.

Selon Naré, les prestataires de santé, où qu’ils se trouvent, doivent avoir le réflexe d'expliquer cela aux femmes partout, qu’elles aient un bébé ou pas, afin qu’elles servent de relais en sachant les bienfaits et les avantages du lait maternel. «Les femmes qui allaitent de façon exclusive vont recevoir la micro-finance pour mener des activités», ajoute Naré. Des associations et organisations non gouvernementales, qui font la promotion de l'allaitement maternel, financeront ces activités. Hawa Barry, une secrétaire de bureau à Ouagadougou, estime qu’il est difficile de ne pas donner de l’eau à l’enfant quand la température est à 40 degrés. «Dans un tel pays sahélien où il fait très chaud, je ne peux pas ne pas donner de l’eau à mon enfant», dit-elle à IPS, indiquant: «Surtout en saison sèche, on a l’impression qu’il souffre, même avec le lait qui, selon les docteurs, contient 90 pour cent d’eau».

«Autour de moi, je n’ai jamais vu l’allaitement maternel exclusif, donc on est inquiet de s’y engager seule», ajoute Barry, une mère de trois enfants. Selon Elizabeth Sanwidi, institutrice à Ouagadougou, l'allaitement maternel exclusif peut marcher pendant les trois mois que durent les congés de maternité, mais la suite est difficile. “Même si la technologie permet de conserver le lait maternel dans un biberon, on ne peut pas associer la bouillie et d'autres aliments de nourrisson pour nourrir l'enfant quand le lait manque ou la mère s'absente pendant des heures”, explique-t-elle à IPS.

“Cela sera difficile car nous avons grandi avec les tisanes et les bouillies. Je reconnais les bienfaits du lait maternel, mais il sera difficile de donner du lait seulement sans les tisanes à l'enfant malade car on peut être accusée de sorcellerie si l'enfant succombe après”, renchérit Sylvie Kantiono, une autre enseignante de la capitale. “Espérons qu'avec le temps, les mentalités vont changer, mais il faut des années pour qu'on imagine un enfant qui ne boit pas d'eau, ou qui ne prend pas de bouillie jusqu'à six mois”, ajoute-t-elle.

L’offensive récente pour l’allaitement maternel fait suite à l’adoption d’une politique globale de nutrition adoptée en février dernier et qui prend en compte l’allaitement maternel exclusif pour mieux lutter contre la nutrition. Et le plan d’action en faveur de l’allaitement est inclus dans la politique de nutrition.

Selon le ministère de la Santé, le taux de malnutrition aiguë, qui est de 11 pour cent au Burkina, reste encore élevé au regard du seuil de l’Organisation mondiale de la santé qui veut que cet indicateur soit en dessous de 10 pour cent.

L’UNICEF et les autorités du pays espèrent atteindre 30 pour cent d’allaitement exclusif entre 2011 et 2015, et l’organisation onusienne accorde un budget annuel de sept à huit millions de dollars au Burkina Faso pour cet objectif.

«C’est très ambitieux, mais nous pouvons atteindre cet objectif grâce à la volonté du gouvernement qui a accepté d’élaborer un plan d’action», souligne Nzirorera, ajoutant: «A travers l’adoption de cette politique, le Burkina Faso affirme sa volonté de lutter contre la malnutrition de façon officielle et permet aux partenaires d’intervenir dans les priorités du gouvernement».

Depuis 2008, l’UNICEF a conduit un plaidoyer pour l’adoption du plan d’action à cause de la malnutrition très élevée dans la sous-région en affectant un expert en nutrition au bureau de Ouagadougou pour montrer l’importance d’avoir une politique de nutrition.

Mais pour réussir, l’UNICEF et les autorités ont décidé d’impliquer les communautés avec les responsables coutumiers, religieux, les leaders d’opinion et les ministères en charge de la communication, de l’éducation de base et de l’alphabétisation, de la promotion de la femme, de la santé, et de l’action sociale. «La pratique de l’allaitement étant quelque chose de social et de culturel au regard de certaines pratiques comme donner des infusions, des tisanes, de l’eau et des décoctions, il est important d’impliquer tout le monde pour induire dans la durée un changement irréversible de comportements au niveau individuel et au niveau de la population générale», explique Tapsoba.

«Il faut donner l’information pour une alimentation équilibrée, renforcée quand la femme allaite; donc il faut impliquer les hommes afin que les femmes aient une bonne alimentation», ajoute Naré.