LILONGWE, 16 juil (IPS) – Mable Malinda veut participer aux élections locales, mais cette candidate indépendante, qui utilise ses économies pour financer sa campagne, n’a que 500 dollars dans son compte bancaire.
Elle a déjà dépensé trois fois cette somme dans l’achat de cadeaux pour les électeurs – une exigence officieuse lorsqu’on participe aux élections au Malawi. “Cela ne sera pas suffisant parce que les électeurs veulent de plus en plus de cadeaux. Je pense abandonner complètement la campagne. Elle se révèle être une mission très coûteuse. J'ai déjà dépensé 1.500 dollars depuis que j'ai lancé ma campagne il y a deux mois”, a déclaré à IPS, cette femme de 53 ans du district de Mulanje, dans le sud du pays. Bon nombre des femmes candidates qui ont l'intention de participer aux élections locales de novembre 2010 au Malawi redoutent le pire parce que, comme Malinda, elles n'ont pas assez de ressources financières pour disputer favorablement avec leurs homologues masculins. Et à moins de quatre mois des élections, l'organisation, mise en place pour répartir les fonds de l’Etat et des donateurs aux femmes candidates, n'a pas encore reçu son financement. Au Malawi, les campagnes électorales sont coûteuses parce que les électeurs attendent que les candidats distribuent des cadeaux, tels que des T-shirts, des habits, des produits alimentaires et même de l'argent au cours des meetings et des campagnes de porte à porte, comme un signe de “compassion” envers leurs électeurs. James Khoviwa, un électeur du district de Malinda a dit à IPS que les candidats, qui sont incapables d’offrir des cadeaux pendant les campagnes électorales, ne seront pas élus. Les sentiments de Khoviwa sont généralement partagés par beaucoup d’électeurs au Malawi. “Comment pouvons-nous attendre d'eux qu'ils prennent soin de nous quand ils seront au pouvoir s’ils ne peuvent pas faire preuve de compassion envers leurs électeurs pendant la campagne? Nous ne voulons pas voter pour des dirigeants avares. Nous sommes capables de savoir qui est généreux ou non, sur la base du montant et de la taille des cadeaux qu'ils distribuent dans la perspective des élections”, a affirmé Khoviwa. Malinda a indiqué que les femmes candidates ne peuvent pas répondre seules aux demandes des électeurs. Elle a confié à IPS que les attentes des électeurs ne sont pas loyales, mais que la tendance de la distribution de cadeaux a commencé en 1994 lorsque le pays s’est lancé dans la démocratie. Mais ces attentes ainsi que le défaut de financement ont amené beaucoup de femmes candidates à envisager d'abandonner la course en raison de leur manque de ressources financières. Emma Kaliya, présidente du Réseau de coordination des organisations non gouvernementales (ONG) promotrices du genre, qui est le principal initiateur de la “campagne 50/50 – 2009 et au-delà”, reconnaît que l'argent pour financer les campagnes électorales des femmes candidates n'a pas encore été mis à disposition. Le Malawi a élaboré le programme en 2008 en réponse aux exigences de 50/50 avant l'adoption du Protocole sur le genre et le développement de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). La campagne est coordonnée par le ministère du Développement de la Femme et de l'Enfant avec l'appui des donateurs internationaux, y compris les Nations Unies. Dans les élections législatives de mai 2009 du pays, les femmes candidates avaient bénéficié du matériel de campagne et de l'argent grâce à la campagne 50/50. Un nombre record de 237 candidatures féminines ont participé aux élections et 42 femmes ont gagné. Cela a augmenté la représentation des femmes au parlement qui est passée de 14 à 22 pour cent. La campagne 50/50 était également destinée à aider financièrement les femmes candidates aux prochaines élections locales, mais l'argent n'est pas encore fourni par les bailleurs gouvernementaux. “Il ne reste que trois mois avant les élections et pourtant, nous n'avons pas les fonds en place pour financer les campagnes des femmes candidates. C'est un fait que les campagnes dans ce pays sont si commercialisées et que les femmes sont généralement défavorisées. Nous avons besoin d'argent de toute urgence si nous voulons aider les femmes à participer aux élections”, a indiqué Kaliya à IPS. Elle craignait que la libération tardive des fonds finisse par entraver les chances des femmes de disputer loyalement puisque beaucoup d’hommes candidats ont déjà commencé par faire campagne avec vigueur et distribuer le matériel de campagne. Kaliya a ajouté que le budget pour la campagne 50/50 des élections locales n'est pas élevé. “En fait, je pense que c'est une moquerie pour le processus”, s’est-elle inquiétée. Le budget actuel est seulement d’environ 667.000 dollars pour 443 sections électorales par rapport aux 3,3 millions de dollars qui ont été alloués pour la campagne 50/50 des 189 circonscriptions électorales dans les élections législatives de l'année dernière, selon Kaliya. Le représentant résident adjoint du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Fred Mwathengere, a déclaré aux médias locaux que les fonds pour la campagne 50/50 sont disponibles. “Certaines logistiques dans l’appui financier seront fournies par le PNUD. Nous sommes en discussion avec le ministère des Finances et la Commission électorale du Malawi sur la façon dont cela devrait être géré”, a indiqué Mwathengere. Pendant ce temps, les femmes qui désirent participer aux élections continuent de se battre pour répondre aux demandes des électeurs tout en attendant l'aide de la campagne 50/50. “Nous savons que les élections sont une compétition, mais en tant que femmes, nous sommes déjà dans une situation désavantageuse parce que la plupart d'entre nous n'ont pas le même muscle financier que les hommes”, a souligné Malinda. “Maintenant, les gens sont tellement habitués à recevoir des cadeaux que vous êtes vraiment réputé avare si vous ne distribuez rien aux gens. Je ne crois pas que les cadeaux constituent le meilleur critère pour identifier un bon leader; c'est le développement que vous défendez qui est plus important”, a-t-elle ajouté.

