SWAZILAND: Les femmes parlementaires limitées par le système patriarcal

MBABANE, 14 juil (IPS) – Minah Ndzinisa passe tous les jours à vendre des fruits et légumes à l'extérieur du marché de Mbabane, bravant la pluie, le vent et le froid depuis presque 20 ans. “J'étais dans le même froid, même dans les années 1990 lorsque nous avions l'habitude d'avoir une seule femme députée”.

Ndzinisa regrette qu'elle ait voté deux fois pour une femme candidate qui a finalement obtenu un siège pour la deuxième fois au parlement. Pour elle, cela ne serre à rien de savoir si son représentant de Mbabane East est un homme ou une femme. “Je pensais que la vie s'améliorerait pour des femmes pauvres comme moi si un grand nombre de femmes occupaient plus de sièges au parlement”, a déclaré Ndzinisa. “Je me trompais”. Le nombre de femmes élues au parlement est passé de deux en 1998 à sept en 2008. Grâce à un système de quota, les femmes occupent maintenant 25 pour cent des 106 sièges dans le parlement actuel. Mais malheureusement, estime Ndzinisa, les femmes dans le pays sont toujours dans la même position qu'elles occupaient il y a 20 ans quand il n'y avait aucune femme au parlement. Cette femme de 47 ans, mère de huit enfants, soutient que les femmes députées ne parviennent pas à plaider pour des politiques et des lois qui aideront les femmes à sortir de la pauvreté. “Nous avons besoin de quelqu'un qui garantira que le conseil municipal nous offre un abri comme condition de base pour une autonomisation économique”, a indiqué Ndzinisa. Sizakele Hlatshwayo, une consultante en genre et développement a été accord avec Ndzinisa, ajoutant que les questions de l'autonomisation des femmes sont encore soulevées par des hommes au parlement malgré le nombre croissant de femmes parlementaires. “Exceptées quelques femmes, la plupart des femmes parlementaires demeurent indifférentes”, a affirmé Hlatshwayo. Elle a dit que la plupart des femmes parlementaires ne semblent pas apprécier l’importance de leur mandat pour les femmes parce qu’une fois qu'elles sont au parlement, elles refusent de s'identifier aux femmes pauvres. “Parce que les femmes parlementaires mènent une vie confortable, certaines d'entre elles ont tendance à se dissocier des questions relatives aux droits des femmes”, a souligné Hlatshwayo. La coordinatrice nationale des Femmes juristes d’Afrique australe au Swaziland, Lomcebo Dlamini, a reconnu que la politique et la législation engageant les procédures au Swaziland sont très problématiques parce qu’elles fonctionnent à partir d'un système qui est patriarcal. Bien que Dlamini ait dit que les femmes parlementaires font de gros efforts pour rehausser le niveau des femmes dans le pays, elle a déclaré qu'elles étaient limitées par le système patriarcal dans un pays où le pouvoir est considéré comme une affaire d'hommes. “Nous devons également faire face au système parce que… le fait que nous utilisions un système, où les hommes sont les ultimes décideurs, fait qu’il est difficile pour les femmes de faire une différence”, a averti Dlamini. Elle a observé que la marginalisation inhérente des femmes, même au parlement, est une conséquence de la socialisation où les femmes elles-mêmes manquent de confiance dans l'exercice de leurs fonctions de députées. Dlamini a affirmé que certaines femmes députées perdent les pieds parce que la législation engageant la procédure est très complexe et demande beaucoup de compréhension du langage technique alors que certaines d'entre elles ne sont pas instruites ou prêtes pour des questions des droits des femmes et de l'égalité de genre. “Ici, nous traitons des questions relatives à la faible estime de soi, au manque de confiance, au manque d'éducation et à la socialisation qui constituent certaines des choses qui conduisent à la marginalisation des femmes”, a déclaré Dlamini. Toutefois, la présidente du Bloc parlementaire des femmes, Dladla Thuli, conteste que les femmes soient marginalisées au Swaziland. Elle estime que cette idée est un concept étranger qui ne s'applique pas au Swaziland. Dladla a dit que la raison pour laquelle les femmes swazis ne participaient pas aux élections était qu'elles manquaient de confiance et que personne ne leur avait interdit de faire la politique. “Nous avons juste besoin de travailler sur des activités qui amèneraient les femmes à retrouver l'estime de soi”, a-t-elle indiqué. “Nous ne devrions pas utiliser un instrument occidental parce que les gens ne le comprennent pas”. Par instrument occidental, Dladla faisait référence aux conventions internationales telles que la Convention sur l'élimination de toute forme de discrimination à l’égard des femmes que le Swaziland a ratifiée en 2004. Dladla a dit que le mouvement des femmes devrait utiliser un langage qui est en ligne avec les valeurs et traditions de l'Afrique si elles veulent que plus de femmes entrent au parlement. La contribution des femmes parlementaires est visible au cours des débats relatifs au Projet de loi sur la prévention du trafic des êtres humains, qui a depuis été adopté comme loi, et le Projet de loi sur les agressions sexuelles et les violences conjugales. Tout en reconnaissant la contribution des femmes parlementaires, Dlamini a indiqué que le fait que le parlement n'est pas légalement constitué, parce que le parlement n'a pas respecté l'article 86 de la constitution. Il prévoit que le parlement doit élire quatre femmes, une de chaque région, si les femmes ne forment pas 30 pour cent de l’assemblée au cours de la première session parlementaire. Parce que dans le parlement actuel, les femmes occupent 25 pour cent des sièges, quatre femmes supplémentaires devraient être élues conformément à la constitution. Presque deux ans plus tard après la première session de la neuvième législature, cela n'a pas été fait. “Le gouvernement dit qu'il n'y a pas de place pour les quatre femmes, ce que je trouve être une raison ridicule parce que j'ai été au parlement et je sais qu'il y a assez de sièges pour quatre personnes supplémentaires”, a déclaré Dlamini. Elle a affirmé que cela montrait le manque d'engagement du gouvernement vers l'autonomisation des femmes. Dladla n’a pas été d’accord avec Dlamini, estimant que le pays est toujours aux prises avec la constitution adoptée en 2005. “Beaucoup de pays dans le monde n'ont pas respecté le nombre requis en matière de représentation des femmes au parlement”, a indiqué Dladla. L'élection des femmes est entre les mains de la Commission des élections et des redécoupages, et son président, chef Gija Dlamini, a indiqué qu'ils travaillaient toujours là-dessus. Il avait dit la même chose il y a un an sur la même question.