RD CONGO: Militaires et groupes armés s’emparent des minerais au Sud-Kivu

BUKAVU, 29 mai (IPS) – Les hommes en armes se sont approprié de nombreux carrés miniers du Sud-Kivu où ils rançonnent des creuseurs artisanaux et entretiennent l'insécurité. Les minerais extraits sont considérés comme des “produits du sang” car ils servent souvent à acheter des armes.

Peu à peu, les creuseurs artisanaux des minerais du Sud-Kivu s’organisent en coopératives “pour réduire l’insécurité et les tracasseries dont nous sommes l'objet de la part des hommes en armes”, déclare Jean Pierre Balagizi, leur porte-parole. En effet, explique Jean Claude Meya, de la société civile du Sud-Kivu, “dans les mines, les hommes armés exigent des creuseurs un pourcentage sur chaque quantité de minerais extraite et le contrôle est sévère. Cela leur permet de moins dépendre financièrement du soutien extérieur parce qu’ils contrôlent des ressources locales”.

Selon Serge Mulenda, le porte-parole des habitants d’Uvira et Fizi qui s'expliquaient aux Journées minières organisées fin janvier 2010 à Bukavu, “les FARDC (Forces armées de la RDC) sont maîtres de certains carrés miniers d’or, de cassitérite, de coltan, de cadmium et de diamant à Fizi et à Misisi”.

“D’autres mines sont sous la houlette des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) et des Maï-Maï”, ajoute Pablo Muke, membre de la Coalition pour la justice transitionnelle. “Dans la mine d’or de Mukungwe, surnommée Maroc, il existe un puits baptisé 10è Région militaire parce qu’appartenant aux Forces armées de la RDC affectées sur les lieux pour la sécurité”, fustige-t-il. “Avant la traque des FDLR, en juillet 2009, ceux-ci occupaient près 40 pour cent des gisements miniers stratégiques de la province”, explique le colonel Delphin Kahimbi, commandant des opérations 'Amani Leo'. Mais, selon les associations qui accompagnent les creuseurs dans leur démarche de regroupement en coopératives, “les autres groupes armés et les FARDC se sont approprié des carrés miniers”, déclare Tibère Kajemba, directeur de l’Observatoire gouvernance et paix. Un rapport des experts des Nations Unies de novembre 2009 qualifie de “produits du sang” les minerais du Sud-Kivu parce qu’ils entretiennent l’insécurité et le trafic d’armes, ce qui a amené des sociétés européennes à en suspendre l’achat.

Remettre de l'ordre En se regroupant, les creuseurs tentent d'échapper aux taxes illicites auxquelles ils sont opposés. Ce que n'apprécient guère les hommes en armes. “Ceux nouvellement affiliés à la Coopérative des creuseurs artisanaux des minerais bruts de Kalehe (COOCAMBKA) sont pourchassés et leurs biens sont souvent ravis par les chefs des groupes armés et même par des chefs coutumiers”, affirment les membres de la coopérative. “A certains endroits, souligne un creuseur de la mine de cassitérite de Nyabibwe à Kalehe, à plus de 100 kilomètres au nord de Bukavu, les creuseurs travaillent deux jours pour eux-mêmes la semaine, deux jours pour les militaires et un jour pour les chefs de la colline où est située la mine”. Pour sortir les artisans de la clandestinité et améliorer leur sécurité, les différents intervenants sur ces questions minières proposent plusieurs solutions. Balagizi estime qu'il faudrait “initier des projets communautaires qui permettraient d’atténuer l’abandon de l’agriculture au profit de la ruée vers l’or, diminuer le taux de déperdition scolaire, les conflits fonciers et la propagation du VIH/SIDA dans les zones minières”.

D’autre part, suggère Cyprien Birhingingwa, président de la société civile, il est indispensable de “renforcer la sécurité des biens et celles des personnes vivant dans les villages avoisinants les mines par la responsabilisation de la police minière, comme c’est le cas au Katanga”. Le Code minier congolais le prévoit, mais il n’est pas respecté. *(Thaddée Hyawe-Hinyi est journaliste à Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).