KAMPALA, 17 mars (IPS) – Des exportateurs ougandais de produits laitiers vers le Kenya sont amers. Ils accusent leur plus grand voisin d’imposer des barrières commerciales non tarifaires pour empêcher leur produit d’entrer dans des marchés au Kenya et ailleurs.
Les transformateurs du lait ougandais se plaignent que le Kenya maintienne trop de règlements d’importation complexes sur des produits laitiers, qui présentent l’effet de mettre à la porte les produits d’importation laitiers en provenance de l’Ouganda. Cela fait échouer les objectifs de l’Union douanière de l’Afrique de l’est.
'Sameer Agriculture and Livestock Ltd', la plus grande société de fabrication de lait en Ouganda, a déposé des plaintes contre plusieurs barrières non tarifaires qui “méprisent” des directives de la Communauté de l’Afrique de l’est (EAC) et du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA). Le directeur général de cette société, Anup Sharma, a déclaré à IPS que “Les autorités kenyanes continuent d’introduire des barrières non tarifaires utilisant toutes sortes d’excuses, et au mépris des règles de l’EAC. Ils s’accrochent au thé de l’Ouganda et le libèrent seulement après que la vente aux enchères de Mombassa est fermée. Ils ont interdit quatre camions à essieu afin de 'protéger leurs routes'. “Il ont rejeté le lait tanzanien et récemment le Bureau des normes du Kenya a introduit de nouvelles mesures d’évaluation de la conformité (CAI) pour le lait en poudre insistant sur 34 pour cent des niveaux de protéine dans la poudre de lait entier. “Cela est impossible à réaliser parce que lorsque vous séchez le lait brut en poudre, le niveau de protéine que vous pouvez obtenir du lait de vache est de 25 à 26 pour cent. Cela visait la protection des usines laitières kenyanes”, a souligné Sharma. Il a affirmé que le personnel de l’Administration fiscale du Kenya garde le lait ougandais au niveau des frontières pendant longtemps, même lorsque les marchandises ont tous les documents d’exportation requis. “Pendant que je parle, nous avons des marchandises qui sont restées à la frontière pendant deux semaines. Nos transporteurs sont stressés, alors ils ne prennent pas nos produits.
“Et cela n’est pas le premier incident. Dans le passé, il a fallu beaucoup de suivi et de persuasion du gouvernement ougandais avant que les marchandises n’aient été libérées”. Il a ajouté que “comme conséquence, les transporteurs sont perdants parce que les véhicules sont bloqués aux frontières. Nous ne livrons pas aussi les commandes à temps. Alors, d’une manière, cela nous décourage”.
Les produits laitiers devraient circuler sans obstacles au sein des blocs commerciaux régionaux, mais les transformateurs du lait ougandais estiment que l’accès au marché kenyan a été touché par des restrictions imposées par l’Administration fiscale du Kenya.
Sharma a affirmé que ces restrictions ont même affecté des exportations au-delà du marché kenyan. Sa société exporte également du lait en poudre vers le Rwanda, le Burundi, le Congo, la Tanzanie, l’île Maurice, Dubaï et certaines parties d’Europe.
Le président de l’Association des transformateurs de l’Ouganda, Gideon Badagawa, a confirmé que les restrictions des autorités kenyanes ont affecté d’autres produits d’exportation en dehors du lait.
“Si nous devons aller vers une intégration régionale totale, la question des barrières non tarifaires doit être résolue. Nous avons soulevé cela au gouvernement et au secrétariat de l’EAC. L’Ouganda a ouvert ses frontières au Kenya, mais le Kenya n’a pas fait de même.
“Pensez aux cinq vols des compagnies aériennes du Kenya vers Entebbe tous les jours, avec chaque vol rempli de poussins d’un jour qui y entrent. L’Ouganda n’arrête pas ces poussins, mais le Kenya continue de bloquer les poussins ougandais, et maintenant le lait”, a-t-il dit. Badagawa était déçu que les autorités aient attendu si longtemps pour répondre à ces plaintes. “Lorsque nous acceptons au niveau de l’EAC de supprimer des barrières non tarifaires, tous les Etats membres devraient mettre cela en œuvre afin qu’aucun Etat partenaire ne prenne l’avantage de l’autre. “Nous nous sommes plaints au gouvernement de l’Ouganda et au siège de l’EAC à Arusha, mais nous n’avons pas reçu une solution concrète”, a-t-il expliqué. Un membre de l’Association des régulateurs des produits laitiers d’Afrique orientale, Agnes Audax Baguma, a confirmé, dans un entretien avec IPS, que son association a reçu des plaintes de 'Sameer Agricultural Livestock Ltd' et d’autres sociétés de transformation de lait en Ouganda et en Tanzanie.
“Cette question continue de se poser. Avant, nous l’avions réglée au cours de notre réunion à Kigali lorsque la Tanzanie a cité les barrières non tarifaires comme des formalités douanières et administratives excessives. Le Kenya avait aussi annoncé un quota spécifique pour les Tanzaniens”, a-t-elle déclaré. Baguma a ajouté que “le commerce du lait au sein de l’EAC est supposé être hors taxe et que d’autres barrières ne devraient pas être imposées mais, comme (la société de Sharma), la Tanzanie s’est plainte que les autorités du Kenya exigent des tests sur le lait au niveau des frontières avant de l’autoriser à aller vers le marché”. Aucun pays ne doit mener de tels tests si des bureaux des normes ont déjà certifié les produits d’exportation, a expliqué Baguma, qui est la directrice des services de régulation et de qualité de l’Autorité de développement des produits laitiers de l’Ouganda.
“Nous avons convenu qu’une fois que le Bureau des normes de l’Ouganda ou d’autres bureaux de normes des Etats membres ont examiné les marchandises et sont satisfaits de la qualité, aucun autre Etat membre ne devrait remettre en cause cette qualité”. Le président des transformateurs des produits laitiers de l’Ouganda, Tom Opio Oming, a réitéré le problème des barrières non tarifaires dans un entretien avec IPS, ajoutant que les transformateurs des produits laitiers ougandais ont ciblé le marché kenyan, qui a la plus grande consommation de lait dans la région. 'Sameer Agricultural Livestock Limited' a réduit le prix d’achat payé aux vendeurs du lait frais, d’environ un dollar à environ 0,4 dollar. Sharma a déclaré à IPS que “nous n’avons aucune option que de réduire les prix d’achat du lait frais afin que nous continuions par collecter le lait”.
Selon un Sharma désespéré, cette réduction est aussi liée à la crise financière mondiale qui est en train de toucher les produits d’exportation laitiers de l’Ouganda vers d’autres pays en dehors de l’Afrique de l’est. “Lorsque nous avons démarré l’usine l’année dernière, le prix était d’environ six dollars par kilo de lait en poudre. “Aujourd’hui, ce prix est d’environ 1,85 dollar. Le coût du lait seul dans cette poudre est d’environ 2,50 dollars et nous n’avons pas ajouté le coût de la transformation ainsi que d’autres frais. Alors, c’est une question importante. Par conséquent, nous avons été obligés de réduire notre capacité à l’usine de lait. “Nous travaillons seulement de 10 à 20 pour cent de notre capacité. Alors que nous pouvons produire beaucoup plus, les prix ne sont pas vraiment viables”, se plaignait-il. Il y a quelque 2,5 millions de petits producteurs de produits laitiers en Ouganda, qui produisent environ 1,5 million litres de lait quotidiennement. Seulement 20 pour cent de ce rendement sont transformés, conduisant au gaspillage. La demande pour le lait est faible à cause des modes de vie des Ougandais qui n’ont pas une culture de consommation de lait. Le coût du lait met aussi le produit hors de la portée de la population dans certaines parties de l’Ouganda.
Actuellement, une campagne de 70.000 dollars, financée par le département de l’Agriculture des Etats-Unis, fait la promotion de la consommation locale du lait en Ouganda.

