LILONGWE, 12 mars (IPS) – Assises côte à côte, habillées en tenue traditionnelle d’une couleur vive complétée par des couvre-chefs, elles ressemblaient à toutes ces femmes qui dansent et hurlent toujours pour des politiciens au cours des meetings.
Mais Loveness Gondwe et Béatrice Mwale sont exceptionnelles : avec leur ‘Rainbow Coalition Party’ (Parti de la coalition arc-en-ciel), nouvellement formé, elles sont en train de rivaliser pour les plus hautes fonctions du pays, respectivement le poste de président et de vice-président, lors des élections présidentielles du Malawi, prévues le 19 mai 2009.
L’actuel président du Malawi, Bingu wa Mutharika, a aussi choisi une femme, Joyce Banda, pour être sa candidate à la vice-présidence au cours de ces élections. Mais il reste, toutefois, à voir si ces femmes parviendront vraiment à accéder au sommet. Ces postes politiques ont été jusque-là un domaine pour les hommes au Malawi – le rôle des femmes a été surtout réduit à la danse et à l’acclamation pour leurs leaders – essentiellement des hommes.
Par exemple, Gondwe, la première femme du pays aspirant aux élections présidentielles, n’a pas eu la tâche facile en politique. Elle a formé le Parti de la coalition arc-en-ciel parce que l’Alliance pour la démocratie (Aford), le parti qu’elle a représenté depuis 1994 – s’élevant plus haut que toute autre femme avant elle à l’Assemblée nationale, où elle a été élue au poste de première vice-présidente – a refusé de la soutenir comme candidate à la présidentielle. “Je suis une gagneuse et capable d’apporter un changement positif dans les vies des gens et je suis qualifiée pour diriger cette nation”, a déclaré Gondwe aux médias locaux en présentant sa lettre de candidature à la Commission électorale du Malawi. Elle a affirmé que si elle était élue, elle aimerait créer plus d’opportunités d’emplois disponibles à la jeunesse, dans un pays où le taux de chômage est de 45,5 pour cent. Gondwe vise également à améliorer les conditions de travail des fonctionnaires qui sont les moins payés et appuyer les petits paysans qui jouent un grand rôle dans l’économie du Malawi, qui est essentiellement agricole.
“J’aimerais également voir le taux de décès maternel baisser afin que les femmes soient capables de participer au travail de développement”, a indiqué Gondwe. La mortalité maternelle au Malawi est l’une des plus élevées dans le continent, avec 807 décès pour 100.000 naissances vivantes. Banda, candidate à la vice-présidence de Mutharika, qui était ministre des Affaires étrangères avant sa nomination, a confié également aux médias qu’elle était en train de lutter contre un environnement hostile en tant qu’une femme politicienne.
“J’ai dû apprendre comment naviguer et trouver mon chemin. Des gens ont vu ma performance en tant que membre du parlement. Je ne suis pas émue, mais sérieuse et réaliste. J’ai fait de mon mieux en tant que ministre du gouvernement et je m’imposerai dans un orage politique, social et économique”, a affirmé Banda.
Toutes les femmes rivalisant pour des postes politiques au Malawi bénéficient de l’appui qu’apporte la Campagne 50:50, un programme national sur l’accroissement de la participation des femmes en politique et aux postes de prise de décisions. Cette campagne est en train d’être coordonnée par le ministère du Développement de la Femme et de l’Enfant, avec le soutien des donateurs internationaux, y compris les Nations Unies. Ce programme fournit des financements et des matériels de campagne aux femmes aspirant aux postes politiques, pour les exposer au public à travers les médias et leur donner une formation dans le développement personnel. Jusqu’à 150 femmes ont présenté leurs demandes de candidature pour disputer les 193 sièges du parlement. Actuellement, il y a seulement 27 femmes sur les 193 députés du Malawi.
La coordinatrice de la Campagne 50:50 au ministère du Développement de la Femme et de l’Enfant, Bertha Sefu, reconnaît que c’est une tâche pénible de parvenir à une participation équitable des femmes aux postes de prise de décisions. Sefu a confié à IPS que la société malawienne favorise plus les hommes que les femmes, mais que la Campagne 50:50 a essayé de bien positionner les femmes et que le pays constate maintenant que les femmes peuvent occuper des postes de prise de décisions. “Nous avons constaté que les femmes candidates pour des postes politiques obtiennent de plus en plus de soutien des hommes et des femmes et nous espérons que cela signifie que la situation est en train de changer. Nous sommes croyons que nous aurons des femmes dans les très hautes fonctions de gouvernement d’ici à mai”, a déclaré Sefu. Au-delà de la sélection de Banda comme candidate à la vice-présidence de Mutharika, les gens doivent attendre les résultats des élections en mai pour voir si effectivement, plus de femmes se voient donner l’opportunité d’être des leaders politiques. Pendant que la situation semble devenir plus favorable aux femmes en politique, c’est une autre histoire dans la fonction publique et dans le secteur privé. Actuellement, seules sept femmes sur 38 sont dans des postes ministériels – seulement quatre sont ministres titulaires et trois sont vice-ministres. Seuls cinq sur 38 secrétaires permanents dans des ministères sont des femmes et seulement 21 pour cent des autres hautes fonctions sont occupées par des femmes. Dans le système judiciaire, les femmes ne sont pas non plus bien représentées, puisqu’il y a seulement quatre femmes juges sur 27. Sur le côté positif, les postes de président de la Commission électorale du Malawi, d’assistant parlementaire, de président de la Commission des droits de l’Homme du Malawi, de procureur général et de rapporteur parlementaire sont actuellement occupés par des femmes. La spécialiste des questions de genre pour les Nations Unies au Malawi, Veronica Njikho, indique que l’attention est maintenant sur les élections prochaines, mais qu’une fois que cela est terminé, il y aura une révision de la Campagne 50:50 pour commencer par se focaliser sur la participation des femmes à tous les niveaux de prise de décisions, y compris le secteur privé. “Nous ferons également pression en vue de la participation des femmes dans les mouvements syndicaux”, a ajouté Njikho.
Dans le même temps, il semble que les femmes du Malawi voudraient toujours continuer par danser pour des leaders politiques; que ce soit un homme ou une femme et Banda, la candidate à la vice-présidence, est l’une d’entre elles. “Parce que je suis une Africaine, nous dansons comme faisant partie de notre culture et de notre identité. Nous dansons lors de la naissance d’un enfant, nous dansons lorsque nous brassons la bière, nous dansons lorsque nous louons Dieu, nous dansons quand il y a un décès, nous dansons lorsque nous installons des chefs. Nous dansons comme une forme d’aspiration et d’expression de nos sentiments”, a déclaré Banda.
Elle a indiqué que la danse fait partie de ce que sont les Malawiens. “Elle n’enlève en personne sa dignité. Je danserai seule en tant qu’une Africaine. J’ai conseillé à mes enfants que quand je mourrai, personne ne devrait pleurer, mais célébrer ma vie. Je veux que les gens dansent en guise de célébration de ma vie. La danse fait partie de ce que nous sommes et nous ne pouvons pas arrêter cela”, a expliqué Banda. Il reste néanmoins à de voir si les hommes constitueront des groupes de danse pour des femmes politiciennes.

