DEVELOPPEMENT: La récompense tardive va à l'homme qui la mérite

HELSINKI, 14 oct (IPS) – Les Finlandais avaient attendu le Prix Nobel de la paix pour Martti Ahtisaari un peu trop longtemps. Il est enfin arrivé comme une bonne surprise, en pleine spéculation selon laquelle il irait cette année à l'Asie.

Ahtisaari, qui était président de la Finlande de 1994 à 2000 et a été un activiste infatigable pour la paix mondiale, a reçu la récompense du Prix Nobel de la paix à Oslo vendredi dernier "pour ses efforts importants, sur plusieurs continents et pendant plus de trois décennies, pour régler des conflits internationaux". Dans son premier commentaire relatif au prix à la radio norvégienne, Ahtisaari, qui est membre du Conseil d'administration de IPS, a déclaré qu'il était heureux et reconnaissant. Ahtisaari a dit qu'il espérait que ce Prix de la paix aiderait le travail de l'Initiative de gestion des crises (Crisis Management Initiative, CMI), une organisation qu'il a fondée il y a huit ans et qu'il continue de présider à travers ses longues journées de travail. "J'espère réellement que maintenant que j'ai reçu le prix, il aidera au financement de l'organisation que je préside", a-t-il indiqué. Le financement, a-t-il dit, est avant tout nécessaire pour des réactions rapides dans diverses situations qui surviennent de façon soudaine. Peu de personnes doutent que Ahtisaari ait longtemps mérité cette récompense. "Ahtisaari est certainement l'homme qui mérite ce prix", a déclaré à IPS, la journaliste finlandaise Katri Merikallio, auteur du livre 'Making Peace – Ahtisaari and Aceh' (Faire la paix – Ahtisaari et Aceh). "Son engagement pour la paix non seulement en Namibie, Aceh (Indonésie) et au Kosovo, mais aussi à plusieurs endroits, est remarquable. Il travaille pour la paix depuis des décennies, à plein temps et avec acharnement", a affirmé Merikallio, journaliste lauréate pour le magazine d'actualités hebdomadaire, 'Suomen Kuvalehti'.

A Aceh, a-t-elle dit, Ahtisaari a pu rassembler autour d'une table deux camps qui avaient fait une guerre violente pendant 30 ans, pour discuter en tête-à tête. "Personne d'autre n'avait pu faire cela. Et en l'espace de huit mois, les deux camps ont signé l'accord de paix à Helsinki en août 2005. A peine quelqu'un a-t-il cru que cela aurait pu se produire". Merikallio a visité Aceh depuis, et elle dit avoir vu que la paix règne, que la reconstruction a lieu et les élections approchent. "Et Ahtisaari s'est engagé à être le parrain de la paix à Aceh. Il a encore visité Aceh en mai 2008 pour s'assurer que l'accord était en train d'être respecté par les deux parties". Entre novembre 2005 et février 2008, Ahtisaari a travaillé comme envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies pour le processus de détermination du statut du Kosovo. Dans le cas du Kosovo, Merikallio a indiqué qu'il était clair dès le début que les deux parties ne seraient pas en mesure de trouver un terrain d'entente. "Cependant, Ahtisaari a élaboré un plan dans lequel les droits de la minorité serbe constituent la pierre angulaire, et où les droits religieux, culturels, politiques et linguistiques des Serbes seront hautement protégés. "Le plan de Ahtisaari est en train d'être mis en œuvre aujourd'hui, et la situation au Kosovo est plutôt calme", a déclaré Merikallio, qui suit également les événements au Kosovo. En plus du travail en Namibie, à Aceh et au Kosovo, les campagnes post-présidentielles de Ahtisaari comprennent l'inspection des dépôts d'armes de l'Armée républicaine irlandaise avec le leader syndical sud-africain, Cyril Ramaphosa (2000), un rapport sur les droits de l'Homme et la situation politique en Autriche en tant que membre d'un groupe de 'trois hommes sages' (avec l'ancien ministre espagnol des Affaires étrangères Marcelino Oreja et le grand avocat allemand Jochen Frowein).

Ses campagnes post-présidentielles comprennent également la présidence d'un panel indépendant sur la sécurité et la sûreté du personnel de l'ONU en Irak (2003), des nominations comme envoyé spécial pour l'Asie centrale du président en exercice (CiO) de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE, une organisation paneuropéenne de sécurité) (2003-2004), et envoyé spécial de l'ONU pour la Corne de l'Afrique (2003-2005). Ahtisaari est un membre de la Commission indépendante sur la Turquie, qui examine les défis et les opportunités offerts par la probable adhésion de la Turquie à l'Union européenne. L'année dernière, il est devenu membre du Groupe consultatif indépendant sur le passé recherchant un consensus en Irlande du Nord. Ahtisaari est également actif dans plusieurs organisations non gouvernementales et à but non lucratif. Avant de rejoindre les Nations Unies, Ahtisaari était l'ambassadeur de Finlande en Tanzanie (1973-1976), également accrédité en Zambie, en Somalie et au Mozambique (1975-1976). Il a servi comme membre du Sénat de l'Institut des Nations Unies pour la Namibie entre 1975 et 1976 et ensuite, comme commissaire des Nations Unies pour la Namibie entre 1977 et 1981. Il a été nommé représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour la Namibie en juillet 1978, et a conduit l'opération de l'ONU (UNTAG) en Namibie (1989-1990) qui a débouché sur l'indépendance de ce pays d'Afrique australe vis-à-vis de l'Afrique du Sud alors sous le régime d'apartheid. Ahtisaari a servi comme gouverneur pour la Finlande de la Banque africaine de développement, la Banque asiatique de développement et la Banque inter-américaine de développement, de même que du Fonds international pour le développement de l'agriculture. La liste des nominations et réalisations de Ahtisaari est longue et souvent distinguée. C'est un sujet de peu de surprise, les Finlandais ayant longtemps pensé que ce prix était mérité. Ahitsaari est né le 23 juin 1937, est marié et père d'un fils.