NAIROBI, 13 oct (IPS) – C'était à la fois une triste occasion et une occasion de réjouissance. Triste, a déclaré Dr Ludeki Chweya, présentant le nouveau livre de Flora Terah, parce que son histoire accablante montre que les abus et tortures physiques constituent une arme de choix pour empêcher la participation des femmes dans la politique électorale au Kenya.
Et c'était osé, a indiqué Dr Chweya, qui est le secrétaire permanent du Kenya pour les affaires intérieures, parce que le livre intitulé, "Ils n'ont jamais tué mon esprit, mais ils ont tué mon seul enfant", représente la fermeté d'une femme qui, le 7 septembre de l'année dernière, a été agressée, clouée au sol, frappée de coups de pied et de poings par trois hommes. Elle devait avaler des boulettes de cheveux rasés de sa tête, mélangées avec des matières fécales. Ses poignets ont été brûlés avec des épines et des cigarettes. Avec un disque déplacé par les coups de pied dans le haut de sa colonne vertébrale, Terah a passé des semaines d'agonie à l'hôpital avant qu'elle ne puisse marcher. Six mois plus tard, le fils unique de Flora, John Mark âgé de 19 ans, a été assassiné à Nairobi. Un jouer de football pour le club de la ligue locale qui rêve de devenir entraîneur, l'assassinat de Mark a été consigné dans le dossier des affaires non résolues. Le crime de Flora Terah a été d'oser se présenter à l'élection législative dans la circonscription électorale du North Imenti, dans le district de Maru, dans l'est du Kenya. Son supplice n'était pas un incident rare. Le bureau d'aide du Centre d'éducation pour les femmes en démocratie, une organisation non gouvernementale basée à Nairobi, s'est occupée de 153 cas de violences électorales à l'encontre des femmes candidates dans la perspective des élections de décembre 2007, et a reçu, via le courrier électronique et le téléphone, 258 plaintes de harcèlement et de torture de femmes.
Selon un rapport du Centre de rétablissement des victimes de violence fondée sur le genre (GVRC) dans l'Hôpital des femmes de Nairobi, le viol et d'autres formes d'agression sexuelle ont été utilisés comme une "arme de la violence ethnique et politique", même avant les élections. Au cours des campagnes d'expulsion après la contestation électorale, la menace du viol était souvent le premier avertissement. Si cela ne marche pas, le viol réel a humilié des communautés rivales et les a obligées à quitter. La plupart de ces femmes et leurs histoires se limitent à de simples effectifs dans des reportages que la presse fait du conflit. Toutefois, Terah, a voulu raconter son histoire pour mobiliser les Kenyans à arrêter la violence basée sur le genre. "Il y avait deux manières de réagir à ce qui m'était arrivé", a-t-elle déclaré à IPS au lancement du livre. "J'aurais pu céder au traumatisme de l'humiliation physique et de la perte de mon seul enfant et abandonner la vie. Ou bien, je pourrais faire quelque chose pour me guérir et pour ne pas laisser mes persécuteurs tuer l'esprit de la vie en moi". Elle a commencé un groupe de campagne, 'Terah Against Terror' (Terah contre la torture), pour mobiliser des femmes et des jeunes hommes contre les violences politiques et conjugales. Dans un entretien avec IPS en mai, deux mois après l'assassinat de son fils, Florah Terah a indiqué qu'elle voulait écrire sur l'expérience tragique d'être une femme dans la politique kenyane. Des bras cassés, des rêves non brisés Au lancement du livre le 2 octobre à Nairobi, Terah était entourée d'autres survivantes des violences électorales. Au nombre de celles-ci, figurait Yvonne Khamati, 21 ans, la candidate la plus jeune au parlement kenyan lorsqu'elle se présentait en 2002. Actuellement, ambassadrice du Kenya au Programme des Nations Unies pour l'habitat (UN-Habitat), Khamati s'est présentée dans la circonscription électorale de Makadara à Nairobi. Elle a été verbalement harcelée, menacée d'être déshabillée en public si elle n'abandonnait pas et ensuite, elle a été agressée par des personnes non identifiées qui ont cassé son bras. A côté d'elles, se trouvait Alice Wahome, une activiste du parti 'National Rainbow Coalition, qui a été battue à une réunion électorale au siège du Parti de l'unité nationale, devant ses collègues hommes, qui n'ont rien fait. Il a fallu deux véhicules de la police pour la sauver, après qu'une collègue femme a demandé de l'aide. Toutes les trois étaient debout là comme des symboles de la fermeté et de la résistance — des femmes qui ont bravé la torture et la douleur physique dans la poursuite de leurs rêves politiques. Et dans tous les trois cas, les agresseurs ne sont pas encore traduits devant la justice. En effet, la plupart des femmes abusées au Kenya ne sont pas en mesure de traduire en justice pour de tels crimes. Le GVRC a rapporté en juin que les procédures légales ont commencé seulement dans 20 des 653 cas de violences sexuelles dont le centre s'était chargé à Nairobi. Jennifer Shamalla, l'éditrice du livre et avocate, a appelé à des réformes policières et judiciaires pour contrôler la culture de la violence à l'encontre des femmes. "La responsabilité de la preuve repose sur la victime. L'enregistrement de l'affaire et les procédures judiciaires, si une affaire atteint jamais cette étape, ne sont pas favorables aux femmes", a observé Shamala. "Et alors, c'est coûteux de poursuivre une affaire par le biais d'un avocat, ce que toutes les femmes survivantes de la violence ne peuvent se permettre. Le système judiciaire lent n'encourage pas également la poursuite judiciaire", a ajouté Shamala. Chweya, qui est secrétaire permanent aux affaires intérieures, a soutenu l'appel à la réforme : "Les politiques nationales sont souvent partiales contre les femmes". Le livre de Flora Terah est écrit du cœur. Il montre les perceptions de la société kenyane du point de vue d'une femme : grandir dans une famille large où des filles peuvent apporter de la richesse à travers leur dot; le supplice d'une jeune femme enceinte en dehors du lien du mariage affrontant sa famille conservatrice et ensuite, élever un enfant en tant que mère célibataire; un agent de développement formant les femmes de la communauté au leadership; et le traumatisme de sa propre blessure et de la mort de son fils. Son histoire est convaincante et racontée avec franchise. Certaines erreurs de correction montrent un manque de ressources et une précipitation dans la publication, mais ne détourneront pas les lecteurs du courage et de la détermination d'une femme qui écrit pour guérir, elle-même, et son pays.

